Pass sanitaire: « La discothèque reste le lieu où l'on peut faire la fête en toute sécurité »

INTERVIEW Deux mois après la réouverture des boîtes de nuit avec un protocole sanitaire strict, Christian Jouny, délégué national du Syndicat national des discothèques, dresse un premier bilan  

Propos recueillis par Maureen Songne
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Les boîtes de nuit vont désormais pouvoir ouvrir jusqu'à 7 heures du matin.
Les boîtes de nuit vont désormais pouvoir ouvrir jusqu'à 7 heures du matin. — GHNASSIA ANTHONY/SIPA
  • Les discothèques ont rouvert leurs portes le 9 juillet dernier.
  • Et l’été a permis au secteur de revenir à la vie, comme en témoigne Christian Jouny, délégué national du Syndicat national des discothèques et lieux de loisirs.
  • Selon lui, « les discothèques ont joué le jeu » des règles sanitaires.

Après quinze mois de fermeture à cause de la crise sanitaire, les discothèques ont pu rouvrir leurs portes au public le 9 juillet. Une réouverture qui a dû s’accompagner d’un protocole sanitaire particulier, avec la mise en place du controversé pass sanitaire.

Ce retour à la vie était très attendu par les professionnels. Le monde de la nuit, aux abois, avait en effet  multiplié les alertes auprès des pouvoirs publics. Christian Jouny, délégué national du Syndicat national des discothèques et lieux de loisirs, fait le point sur la situation pour 20 Minutes.

Après tant d’attente, la réouverture des boîtes de nuit s’est-elle bien passée cet été ?

Au moins sur les zones touristiques, on a finalement repris notre activité. Mais nous n’étions que 25 % de la profession à avoir tenté l’expérience. Une grosse partie est restée à l’arrêt, tout simplement parce que les contraintes sanitaires étaient trop importantes. Mais dans les zones touristiques, malgré la jauge de clients, la fréquentation a été là.

Comment s’est déroulée la mise en place des mesures sanitaires ?

Il fallait être en mesure de remédier à l’absence de vaccination. Si vous n’aviez pas la possibilité de faire des tests antigéniques à proximité de la discothèque, vous étiez dans une situation extrêmement délicate. J’ai connu cela trois nuits, jusqu’au moment où j’ai réussi à nouer un partenariat avec des pharmaciens qui ont accepté de se déplacer.

Dans un établissement où nous faisions 130 tests au départ par nuit, nous sommes montés jusqu’à 265. Il y avait donc un réel besoin. Et à la fin de la saison, nous étions à 30 tests par nuit. Ce qui veut dire que globalement, la clientèle qui nous fréquentait s’est tournée vers la vaccination massivement.

Et il n’y a eu que de rares cas de contaminations en discothèques…

On ne pourra pas dire que les discothèques n’ont pas joué le jeu, qu’elles n’ont pas fait preuve de rigueur, ou qu’elles ont été à l’origine d’une multitude de clusters. Les chiffres sont là.

Pourquoi pensez-vous qu’il y a eu tant de craintes concernant la réouverture des discothèques ?

On a été victime d’une image sulfureuse qui nous colle à la peau car on a toujours un peu considéré les discothèques comme un milieu à part. Mais aujourd’hui, à la tête des établissements, il y a des chefs d’entreprise qui savent ce qu’est un chiffre d’affaires, un résultat net, une marge brute. Il y avait une réelle pertinence à rouvrir les discothèques cet été. On n’a pas vu de débordements. 

La réouverture des boîtes de nuit a-t-elle permis de réduire le nombre de soirées clandestines ?

Absolument. Je crois que la crise du Covid-19 a permis de démontrer que les discothèques sont l’un des lieux les plus encadrés, les plus sécurisés. Elles restent le lieu dans lequel on peut faire la fête en toute sécurité.

Au niveau économique, la crise a provoqué de nombreuses fermetures. Où en est le secteur aujourd’hui ?

On a 142 établissements liquidés. Et 243 en grave difficulté. Je croise les doigts pour que cette reprise se fasse dans les meilleures conditions. Malgré les contraintes qu’il nous reste, c’est-à-dire la jauge à 75 %, on a un taux de fréquentation particulièrement élevé. On sent cette envie de faire la fête dans le pays.

Comment dans les mois à venir ?

Quand on a arrêté au mois de mars 2020, on était sur une croissance à deux chiffres. On retrouve un peu ces éléments-là. Le panier moyen a augmenté, la fréquentation est là, et en fonction de la jauge, on doit parfois refuser un certain nombre de clients.

Le problème reste le financement. On a besoin que le gouvernement incite les banques françaises à financer les discothèques car sinon, il y va de la survie d’un grand nombre d’entre nous.