Tourisme : « La clientèle de septembre consomme davantage, elle prend le temps »

INTERVIEW Alors que la rentrée représente pour beaucoup la fin des vacances, certains choisissent septembre pour s’évader. Une clientèle particulière qu’analyse pour « 20 Minutes » Didier Arino, fondateur de Protourisme

Propos recueillis par Maureen Songne
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Des touristes dans le Puy-de-Dôme, en août 2021.
Des touristes dans le Puy-de-Dôme, en août 2021. — imageBROKER.com
  • Selon ADN Tourisme, deux Français sur cinq ont prévu de partir en vacances en septembre.
  • Une clientèle appréciée par les professionnels du secteur, car elle consomme davantage que celle de l’été, selon Didier Arino, fondateur de Protourisme.
  • Après un été positif, la météo sera déterminante pour les prochaines semaines.

C’est la rentrée, mais pas pour tout le monde. Après un été où les Français ont encore une fois été nombreux à privilégier l’Hexagone, certains prolongent le plaisir. Selon un bilan récent établi par  ADN Tourisme, fédération nationale des offices de tourisme, plus de deux Français sur cinq ont prévu de partir (en vacances ou en week-end) en septembre, et autant en octobre.

La saison estivale a été excellente pour le littoral méditerranéen, moins bonne dans les grandes métropoles, et septembre présente les mêmes tendances. Pour 20 Minutes, Didier Arino, fondateur du cabinet  Protourisme, se penche sur l’activité touristique des prochaines semaines.

Septembre est-il, en général, un mois durant lequel les Français partent beaucoup ?

En année classique « pré-Covid », certains pouvaient faire un meilleur chiffre d’affaires en septembre qu’en juillet. C’était par exemple le cas du Pays basque, car il y avait une double clientèle : une d’affaires et une loisirs. Le mois de septembre représente 12 % du chiffre d’affaires du tourisme français, donc c’est un mois important.

Quel est le profil des vacanciers de septembre ?

Il y a des familles avec de très jeunes enfants qui ne sont pas scolarisés. Des parents avec des enfants étudiants, qui ne reprennent pas forcément tout de suite les cours. Mais la grande partie de la clientèle, ce sont des couples sans enfants, avec une surreprésentation des seniors. Et des gens qui ont travaillé pendant l’été et qui profitent de cette période pour partir.

Pourquoi vouloir partir en septembre ?

La première réponse, c’est le prix. Il est moins élevé. Deuxième élément : il y a moins de monde, donc c’est agréable. En septembre, la clientèle est plus gastronome, va plus au restaurant, aime les produits du terroir. Elle est moins « soleil plage » et beaucoup plus « patrimoniale ». Elle visite plus, fait plus d’activités de pleine nature. Elle prend le temps et consomme plus.

Et cette clientèle de septembre a un peu inspiré les autres. Car aujourd’hui, même en juillet et en août, on a des gens qui recherchent davantage un tourisme inclusif, tourné vers le patrimoine. C’est donc la clientèle traditionnelle qui prend les habitudes de celle de septembre.

Quels sont les territoires prisés ?

Auparavant, cette clientèle allait à l’étranger, en Espagne au Maghreb, elle voyageait. Mais elle le fait moins aujourd’hui. Donc les destinations sont assez traditionnelles : de grandes stations balnéaires à forte identité comme la Bretagne, le bassin d’Arcachon, les grandes stations du littoral méditerranéen et atlantique.

Comment s’annonce ce mois de septembre en termes de réservations ?

Bien pour les destinations de villégiature. Il y a une hausse de 15 % des réservations par rapport à l’an dernier. Ce regain « loisirs » ne compense pas toujours la baisse du tourisme d’affaires, mais ça s’annonce bien. Et ce qui peut changer la donne, ce sont ceux qui, en voyant qu’il va faire beau ou pas, décideront de partir en week-end, de s’offrir une escapade de trois jours. Sans compter que le développement du télétravail permet de travailler un jour ailleurs et de prolonger pour le week-end.

Quel bilan faites-vous de l’été écoulé ?

On a eu un record, puisque 37 millions de Français sont partis en vacances cet été. C’est 4 millions de plus qu’une année normale, et 2 millions de plus que l’an dernier. S’est ajouté un accroissement de la durée moyenne de séjour. Davantage de partants qui partent plus longtemps, ça fait forcément davantage de nuitées. Et les grands bénéficiaires ont été les hébergements touristiques : les hôtels, les campings, les locations meublées….

Mais la saison a été plus compliquée dans les zones urbaines…

L’Ile-de-France, notamment Paris, dépend très fortement de la clientèle étrangère, particulièrement long-courrier. Il y a eu un retour de la clientèle traditionnelle européenne, à l’exception des Britanniques. Et ils pèsent lourd, c’était la première clientèle qui venait dans l’Hexagone. Donc ceux qui dépendaient des Français s’en sont très bien sortis, qui ceux qui dépendaient des étrangers un peu moins.