Tourisme : « Ce qui fera la différence en août ? La météo plus que le pass sanitaire », analyse le directeur de Protourisme

INTERVIEW Résurgence de l’épidémie de Covid-19, mis en place du pass sanitaire… Didier Arino, le directeur du cabinet de conseil Protourisme, fait le point à mi-parcours des vacances d’été

Propos recueillis par Maureen Songne
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Ilustration de la plage de Biscarrosse dans les Landes.
Ilustration de la plage de Biscarrosse dans les Landes. — MEHDI FEDOUACH / AFP
  • En France, il s’agit du deuxième été placé sous le signe du Covid-19.
  • Malgré la présence du variant Delta, les chiffres du tourisme se révèlent bons depuis le début de la pause estivale.
  • Et pour le mois d’août ? « Ce qui fera la différence, ce sera la météo », estime Didier Arino, le directeur du cabinet de conseil Protourisme.

Ni la mise en place du pass sanitaire, ni la propagation rapide du variant Delta ne semblent avoir grippé le  secteur du tourisme en ce mois de juillet, malgré des inquiétudes des professionnels du secteur il y a quelques semaines.

Dans un entretien au JDD cette semaine, le secrétaire d’État chargé du Tourisme, Jean-Baptiste Lemoyne, a même annoncé espérer recevoir cet été 50 millions de visiteurs étrangers. Mais avec des touristes essentiellement en provenance d'Europe et une mauvaise météo, les objectifs seront-ils atteints ? Pour 20 Minutes, Didier Arino, directeur du cabinet de conseil Protourisme, analyse la situation.

Malgré la mauvaise météo de ces dernières semaines et le variant Delta, le tourisme semble s’être plutôt bien porté en juillet. Cela vous étonne-t-il ?

C’est miraculeux, mais la situation reste contrastée. Sur 80 % du territoire, ça se passe bien, mais les métropoles subissent une vraie hécatombe en termes de flux touristiques et de dépenses. C’est le cas de Paris, entre autres. Il manque la clientèle lointaine et c’est un vrai problème, car elle dépense en moyenne trois fois plus que les touristes européens. Le secteur du luxe est aussi impacté de manière importante.

Tous ceux qui dépendent du tourisme franco-français - l’espace balnéaire et la montagne – se portent plutôt bien, même si cela aurait pu être exceptionnel sans cette mauvaise météo. Les réservations de dernière minute ont manqué à l’appel, notamment sur le littoral nord-atlantique et une partie de la campagne. Donc globalement, c’est en hausse.

Dans quelles zones cela a-t-il été plus difficile en juillet à cause de la météo ?

La Normandie, qui cumule plusieurs problèmes. Il y existe une forte dépendance à la clientèle britannique, qui est très peu là. Il leur manque aussi les clients américains, qui venaient sur les plages de Normandie, et la clientèle de proximité française, notamment parisienne, qui est allée vers des destinations plus lointaines, vers le Sud.

En termes de taux de remplissage, comment s’est passé le mois de juillet ?

C’est un peu tôt pour le savoir. Mais si l’on veut faire une synthèse, sur le littoral, il y a eu au-delà de 80 % de taux d’occupation, en zone rurale, aux alentours de 60 %, et un peu plus de 30 % à la montagne. Pour les campings, cela s’est bien passé, idem pour les hôtels en station balnéaire, même s’ils dépendent aussi des réservations de dernière minute. Et pour les plateformes d’hébergement, c’est une année record avec les destinations de villégiature en dehors des villes. En revanche, pour la campagne et la montagne, c’est un peu moins bon, même si on est en augmentation par rapport à l’année dernière. Certaines zones de montagne, les vallées par exemple, ont été impactées par la mauvaise météo.

Par rapport à l’été 2020, davantage de Français sont partis à l’étranger. De la même façon, on a eu un retour de la clientèle européenne que ce soit des Belges, les Néerlandais et les Suisses. Ils sont venus en plus grand nombre, notamment vers la Méditerranée.

Peut-on raisonnablement espérer la venue de 50 millions de touristes étrangers cet année, comme l’a annoncé Jean-Baptiste Lemoyne cette semaine ?

Ce sera plus que difficile. Il ne faut pas oublier qu’en 2020, janvier et février avaient été bons, et en juin 2020, on avait déjà 5 millions de touristes de moins par rapport à l’année précédente. Je miserai plus sur 40 à 45 millions de touristes cet année.

Comment pèse l’absence de ces touristes étrangers ?

Il y a un problème de recettes. Un client long courrier, du Moyen-Orient, Asiatique ou Russe, dépense trois fois plus qu’un client européen de proximité. On peut avoir des flux, mais ça ne résoudra pas le problème. On pourrait voir traverser notre pays vers l’Espagne et s’en contenter, c’est ce qu’on a fait pendant des années. En flux, bien évidemment, on est au centre de l’Europe, nous sommes une destination de passage. Mais en termes de recettes, on fait 3,5 fois de moins que les Etats-Unis, 20 % de moins que l’Espagne, moins que la Chine…

Les Asiatiques, les Australiens, la clientèle du Moyen-Orient ne sont pas près de revenir. Les Américains et les Russes en ont la possibilité, mais on est encore loin des chiffres habituels. Toutes ces clientèles à fort pouvoir d’achat et qui remplissaient nos hôtels de luxes ne seront pas au rendez-vous avant de nombreux mois. Ces 20 % de clients pèsent pour plus de 40 % des recettes.

Comment la filière réagit-elle à l’arrivée du pass sanitaire ?

Ils sont inquiets, car ils ne trouvent pas de personnel. Mais ils savent que c’est un moindre mal s’ils ne veulent pas une fermeture. Les plus inquiets sont les parcs de loisirs, il y a la peur d’une baisse de leur chiffre d’affaires. Pour les petits sites, elle peut être de 40 %. Les restaurateurs sont inquiets car ils ne savent pas ce que la mise en place du pass sanitaire va donner sur leur fréquentation.

En revanche, pour les campings, ils avaient des craintes mais ils sont rassurés, car ils se sont rendu compte que ça se passait très bien et ont même vu des clients leur faire des retours positifs. Une fois qu’on a présenté son pass, on vit librement, on va à la piscine et au restaurant. Le pass sanitaire a aussi rassuré la clientèle étrangère, notamment du nord de l’Europe.

Au vu du contexte sanitaire et météorologique, comment s’annonce ce mois d’août ?

Traditionnellement, août est le mois le plus fort. Dans ce contexte, il s’annonce plutôt bon. Mais la question est de savoir s’il sera aussi bon que les années précédentes. C’est très bien réservé dans la location de meublé, via les plateformes, pour les campings, pour les hôtels… Ce qui fera la différence, ça sera la météo plus que le pass sanitaire.