Seine-Saint-Denis : La Tête Dans Les Nuages transforme des montgolfières en poufs

RECYCLAGE A l’origine de cette idée de recyclage, un jeune ingénieur agronome, Louis Lefevre, qui a conçu ces poufs depuis la ferme de ses parents, en Picardie  

Aude Lorriaux
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Louis Lefevre, fondateur de «La Tete dans les nuages», une entreprise qui fabrique des poufs à partir de toile de montgolfières.
Louis Lefevre, fondateur de «La Tete dans les nuages», une entreprise qui fabrique des poufs à partir de toile de montgolfières. — Aude Lorriaux / 20 Minutes
  • La Tête Dans Les Nuages est une entreprise éco-responsable de Seine-Saint-Denis qui fabrique des poufs à partir de toile de montgolfières et de polystyrène recyclé.
  • Son fondateur, Louis Lefevre, a conçu son idée il y a quatre ans dans la ferme de ses parents, en Picardie, avant de lancer une campagne de crowdfunding qui lui a rapporté 40.000 euros.
  • Depuis sa création il y a quatre ans, « LTDLN » ou « LTDN » a fabriqué 4.000 poufs, et vise maintenant le marché néerlandais.
     

C’est un drôle de foutoir coloré, un amas de charpente en bois, d’outils de toutes sortes, de bâches et de planches, de tissus vifs et de machines, de cartons éventrés. Nous voici à L’Île-Saint-Denis, en Seine-Saint-Denis, dans les bureaux de La Tête Dans Les Nuages, qui fabrique des poufs à partir de toile de montgolfière et de polystyrène recyclé. Une marque responsable, qui a recours à des employés et employées en réinsertion.

C’est là, au second étage de son atelier, dans des bureaux sous les toits, que rêvasse Louis Lefevre, 30 ans, le fondateur. Entre des essais pour un roman-photo et différents modèles de logo, le jeune entrepreneur originaire de Picardie nous raconte son aventure, commencée il y a quatre ans. Après une école d’ingénieur agronome spécialisée en gestion des déchets et un stage chez la start-up Phénix où il avait tenté de réutiliser du polystyrène, Louis Lefevre rentre dans la ferme de chez ses parents, et se procure un broyeur.

Un ami lui parle de montgolfières en fin de vie, dont les propriétaires ne savent que faire, et voilà le déclic : et si les 40.000 tonnes de polystyrène produites par an en France servaient in fine à remplir de gros coussins ? « C’est du design inversé : on imagine un produit à partir de la matière qu’on récupère », explique Louis Lefevre. « D’une montgolfière, on peut faire 400 poufs », calcule-t-il.

40 poufs vendus par semaine

L’entrepreneur lance une campagne de crowdfunding qui lui rapporte 40.000 euros, en lui garantissant la production des 450 premiers poufs. Il est difficile de trouver un atelier qui veut bien coudre du matériel recyclé, stocké en vrac, mais Mode Estime, une entreprise de réinsertion de Seine-Saint-Denis, relève le défi, et Louis Lefevre installe ses bureaux-ateliers à côté.

Ensemble, ils vendent 40 poufs par semaine, dont le produit star, le « plouf », s’adapte parfaitement aux piscines, car il flotte et est en mémoire de forme. La Tête Dans Les Nuages regroupe maintenant dix salariés (stagiaires compris), dont deux couturiers, Lancine et Bamoussa, rencontrés dans le quartier. Les voilà justement à quelques mètres de nous, en plein travail, sur des machines à coudre posées sur des planches en bois. Dans une pièce à côté, Julien, en charge de la logistique, devise avec Yonathan, étudiant à l’école des Mines en stage ouvrier, autour d’un nouveau produit qu’un client les a chargés de concocter.

Julien, en charge de la logistique, et Yonathal, étudiant à l’école des Mines en stage ouvrier, travaillent sur un nouveau produit de La Tête dans les nuages.
Julien, en charge de la logistique, et Yonathal, étudiant à l’école des Mines en stage ouvrier, travaillent sur un nouveau produit de La Tête dans les nuages. - Aude Lorriaux / 20 Minutes

Economie circulaire

Car l’entreprise ne s’arrête pas aux poufs, et aime à imaginer tout ce qui peut permettre de ne pas gâcher. Ils ont par exemple fabriqué des emballages réutilisables de fleurs faits avec des bâches de tente de défilés Chanel, pour la marque Fleur d’halage. Et conçu, en pleine crise sanitaire, des masques à partir de bouts de tissus d’une conférence de presse de la Ligue des champions. C’est ce qu’on appelle l’économie circulaire : réutiliser les déchets pour ne plus extraire de matières premières.

Louis Lefevre poursuit son histoire installé sur une chaise en formica, dans la cuisine de son entreprise, où trônent de multiples pots en verre chargés de graines, de céréales, de lentilles. On découvre qu’il vit aussi là, la tête véritablement dans les nuages, sa chambre logée au dernier étage de cet ancien entrepôt. Dans un esprit « Do It Yourself » et sans chichis. « C’est tout le temps en chantier ici », raconte-t-il, chaque année venant améliorer un peu le confort de son habitation spartiate. Ce sont d’ailleurs des amis à lui qui ont construit toute la charpente de son atelier.

Louis Lefevre dans le salon-cuisine de son entreprise, « La Tête dans les nuages».
Louis Lefevre dans le salon-cuisine de son entreprise, « La Tête dans les nuages». - Aude Lorriaux / 20 Minutes

Un canapé-lit en préparation

Les fondateurs de BlaBlaCar et de Meetic ont su reconnaître en lui la marque des entrepreneurs créatifs, car ils l’ont sélectionné, à l’occasion de l’émission sur M6 « qui veut être mon associé ». Et ils ne se sont sans doute pas trompés, car LTDLN a vendu 4.000 poufs depuis sa création.

Prochaine étape en septembre, une levée de fonds participative. Avec pour objectif de concurrencer le pionnier des poufs recyclés, la marque Fatboy, sur son territoire, les Pays-Bas. Et de financer le développement d’un canapé-lit, fait avec des matelas recyclés. Jusqu’à la prochaine idée.