Allocution d'Emmanuel Macron : Une extension du pass sanitaire difficile à avaler pour les bars et restaurants

CORONAVIRUS Certains établissements ont déjà prévu de ne pas respecter la future obligation, qui doit entrer en vigueur début août

Nicolas Raffin
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Une rue piétonne à Lyon.
Une rue piétonne à Lyon. — Laurent Cipriani/AP/SIPA
  • Pour lutter contre la propagation du variant Delta, Emmanuel Macron a annoncé lundi soir l’extension du pass sanitaire aux cafés, restaurants et centre commerciaux à partir de début août.
  • Les exploitants sont partagés entre colère et inquiétude liée à la perte de chiffre d’affaires.
  • Plusieurs syndicats de l’hôtellerie-restauration demandent un report de l’obligation au mois de septembre. Une option écartée par l'exécutif.

Ce mardi, ça ne rigolait pas du tout dans les cuisines des restaurants et derrière les zincs des bars. L’extension du pass sanitaire, annoncée lundi soir par Emmanuel Macron, est vécue par les professionnels comme une injustice. Concrètement, début août – la date exacte n’étant pas fixée – il faudra présenter un QR code justifiant d’une vaccination complète ou un test PCR récent (moins de 48 heures) pour se poser en terrasse ou manger en salle. Et éviter une amende de 135 euros en cas de non-respect.

Les exploitants seront mis à contribution. « C’est bien à eux de vérifier le pass sanitaire […]. Vous savez, ce n’est pas compliqué », a assuré ce mardi la ministre du Travail Elisabeth Borne sur LCI. Un discours qui ne passe pas du tout auprès des restaurateurs contactés par 20 Minutes. « Je suis en colère, explique Nathalie, gérante du Carré d’Eau, à Magné, dans les Deux-Sèvres. Je suis pour le pass sanitaire dans les restaurants. Mais là, on laisse 15 jours aux gens pour se faire vacciner. Et dans notre département, il n’y a quasiment plus de créneaux disponibles. Cela veut dire que nos clients n’auront leur vaccination complète que fin août [en raison du délai de trois semaines entre les deux doses, puis des deux semaines supplémentaires après la dernière injection] ».

« C’est nous qui allons payer »

La gérante craint donc une baisse brutale de son chiffre d’affaires, en pleine saison touristique. « Le week-end, on peut monter jusqu’à 150 couverts. Mais si les clients ne peuvent plus venir parce qu’ils n’ont pas leur vaccin, ça va être compliqué. D’autant plus que les aides versées pendant les derniers confinements ne seront plus là. »

« On va devoir vérifier le pass sanitaire alors que ce n’est pas notre travail, renchérit Héloïse, qui tient un restaurant à Saint-Pierre-la-Garenne (Eure). C’est une contrainte supplémentaire, alors que nous souhaitons pouvoir travailler normalement après des mois de fermeture. » Même si elle est vaccinée, elle regrette le revirement d’Emmanuel Macron : « Il avait dit il y a quelques mois qu’il n’étendrait pas le pass sanitaire aux restaurants. C’est nous qui allons payer ce changement ».

Un report demandé

En plus des clients, les salariés des bars et restaurants devront normalement être vaccinés – ou se faire tester tous les deux jours – pour pouvoir travailler à partir du mois d’août, même si le gouvernement a promis de la « souplesse » pour les employés des secteurs concernés par l’extension du pass sanitaire.

Au regard des difficultés causées par le timing de l’annonce d’Emmanuel Macron, Nathalie s’interroge : « Pourquoi ne pas laisser aux restaurants un délai supplémentaire jusqu’en septembre, comme pour les soignants ? » Selon Le Parisien, cette demande a été soutenue par les principaux syndicats de l’hôtellerie-restauration lors d’une rencontre ce mardi après-midi avec Alain Griset, le ministre chargé des PME. Sans succès, le gouvernement restant sur une application du passe sanitaire début août.

« Près de 60 % des Français ne pourront plus se rendre au restaurant si cette date est maintenue, car ils n’auront pas reçu les deux doses », a affirmé à franceinfo Laurent Frechet, président de la branche nationale des restaurateurs au sein du Groupement national des indépendants (GNI).

« Je suis prête à me mettre hors-la-loi »

Avec ou sans aménagements, une question demeure : les restaurateurs joueront-ils le jeu ? L’exécutif sait déjà que les fameux cahiers de rappel (numériques ou papiers) sont souvent boudés ou ignorés par les gérants comme par les clients… quand ils existent. Désormais, certains professionnels évoquent ouvertement la possibilité d’une fronde contre le pass sanitaire. « Je vais me retrouver avec des clients réguliers pas vaccinés. Est-ce que je les mets dehors alors qu’ils me font vivre ? », s’interroge Nathalie. Avant d’affirmer : « Évidemment que beaucoup de restaurateurs fermeront les yeux et ne feront pas de contrôles. »

C’est notamment le choix de l’établissement « A la fontaine au beurre », installé dans le Morbihan. Virginie, qui y travaille avec son mari, se veut très claire : « J’estime que je n’ai pas à réclamer quoi que ce soit à ma clientèle. Je ne me vois pas demander à des gens s’ils sont vaccinés. » Elle ajoute : « Je suis prête à me mettre hors-la-loi pour respecter les droits fondamentaux. » Une position risquée, le gouvernement ayant prévenu que les restaurants récalcitrants au pass sanitaire s’exposeraient à des « sanctions pénales ». D’après le ministère de l’Intérieur, un « délit spécifique » devrait être créé dans les semaines à venir…