Coronavirus : La crise a-t-elle conduit à une explosion des départs volontaires dans les entreprises ?

PRUDENCE Les dernières données montrent que les salariés ne se précipitent pas vers la sortie

Nicolas Raffin
— 
De nombreux restaurants ont dû faire face aux départs de nombreux salariés.
De nombreux restaurants ont dû faire face aux départs de nombreux salariés. — SYSPEO/SIPA
  • La crise économique et sanitaire a conduit beaucoup de salariés à s’interroger sur le sens de leur travail.
  • Aux Etats-Unis, certains secteurs enregistrent des records de démissions.
  • La France n’est pas encore concernée par le phénomène, notamment du fait d’une situation économique différente.

Merci patron, et au revoir ? Depuis le début de la pandémie, de nombreux salariés placés en activité partielle ou en télétravail forcé ont eu le temps de prendre du recul sur leur carrière, et de se demander s’il n’était pas temps de changer de vie. Selon une étude de Microsoft portant sur une trentaine de pays, 40 % des salariés interrogés envisagent de quitter leur entreprise cette année. Aux Etats-Unis, cela s’est traduit par un mouvement d’ampleur. D'après un article de The Atlantic, plus de 700.000 employés des « services professionnels et commerciaux » ont démissionné en avril, du jamais-vu.

En France, cette envie d’ailleurs s’est concrétisée cet été dans l’hôtellerie-restauration. Les cafés et restaurants sont confrontés à un turn-over très important cette année, avec des vraies difficultés de recrutements dans certaines régions. Mais qu’en est-il plus globalement ? Y a-t-il un mouvement massif de départs volontaires individuels au sein des entreprises, qui traduirait un ras-le-bol général ?

Des démissions qui ne décollent pas

Pour répondre à ces questions, nous avons choisi de nous concentrer sur deux indicateurs : les démissions de salariés en CDI et les ruptures conventionnelles, même si ces dernières peuvent parfois dissimuler des départs contraints *. Les statistiques disponibles à ce jour tendent à montrer que la vague de départs volontaires n’a pas encore atteint la France.

Démissions de CDI entre 2018 et 2020 par 20 Minutes

Si l’on se concentre sur les démissions de salariés en CDI (cf graphique ci-dessus), on observe qu’il y en a eu environ 310.000 au dernier trimestre 2020 (dernières données disponibles). C’est quasiment 20 % de moins qu’à la même période en 2019. La période était néanmoins particulière, avec un confinement d’octobre à décembre et un recours élevé au chômage partiel. Ce contexte a pu jouer sur les intentions des démissionnaires. « Quand vous avez une activité économique qui ne redémarre pas, c’est compliqué de démissionner, car la probabilité de retrouver un job rapidement est très limitée » explique Philippe Waechter, chef économiste chez Ostrum Asset Management. Les prochains chiffres des démissions (1er trimestre 2021), publiés fin juillet, seront donc à scruter de près afin de voir si la tendance change.

Le spectre de la nouvelle vague épidémique

Concernant les ruptures conventionnelles, là aussi, il n’y a pas encore de tendance nette à la hausse. Après un plongeon au printemps 2020 (cf graphique), lié au confinement et à l’arrêt total de certaines entreprises, suivi d’une phase de rattrapage à l’été, la situation s’est stabilisée. En mai 2021, la Dares (le service statistique du ministère du Travail) recensait 36.637 ruptures homologuées : c’est légèrement plus qu’en mai 2019 (35.962 ruptures).

Nombre de ruptures conventionnelles entre 2019 et 2021 par 20 Minutes

Faut-il alors s’attendre à une accélération des démissions et des ruptures conventionnelles dans les prochains mois ? « Depuis le mois de juin, la reprise économique est plus marquée en France. Si l’on poursuit sur cette tendance, certains salariés pourraient juger qu’il est temps de passer de la simple intention de départ au départ réel », juge Philippe Waechter. A condition évidemment qu’une future vague épidémique du Covid-19 ne provoque pas un ralentissement brutal de l’économie et ne vienne doucher les envies d’ailleurs des salariés.

* La rupture conventionnelle requiert normalement le « consentement libre et éclairé » du salarié, qui s’apparente donc à une démarche volontaire. Néanmoins, une étude de 2016 du Centre d’études de l’emploi nuance cette affirmation. Menée auprès de 4.500 salariés partis après une rupture conventionnelle, elle montre que 30 % d’entre eux estimaient avoir été « contraints » de partir.