EXCLUSIF. French Tech : « Si les start-up françaises ont davantage de diversité, elles seront plus fortes », explique Cédric O

INTERVIEW Le secrétaire d’État chargé de la Transition numérique, Cédric O, souhaite intégrer davantage d’entrepreneurs issus de la diversité au sein des incubateurs de start-up

Nicolas Raffin
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Le secrétaire d'Etat chargé de la Transition numérique, Cédric O, lors de l'interview accordée à « 20 Minutes ».
Le secrétaire d'Etat chargé de la Transition numérique, Cédric O, lors de l'interview accordée à « 20 Minutes ». — Jacques Witt/SIPA
  • Lancé en 2019, le programme French Tech Tremplin vise à remédier au manque de diversité parmi les fondateurs de start-up.
  • En exclusivité pour 20 Minutes, le secrétaire d’État Cédric O présente une refonte de ce programme.
  • Il prévoit 300 entrepreneurs incubés début 2022, contre 200 pour la première promotion.

Malgré son image d’innovation et de progrès, le monde de la start-up est encore loin d’être ouvert à tous. Une étude sociologique parue en 2019 montrait en effet que les dirigeants de start-up françaises étaient pour la plupart des hommes, diplômés de grandes écoles, et souvent issus de familles aisées financièrement ou culturellement. C’est ce manque de diversité que le programme French Tech Tremplin, lancé en 2019, cherche à corriger. Il cible les entrepreneurs issus de la diversité – quartiers prioritaires de la ville, boursiers ou demandeurs d’asile, selon les critères du gouvernement – et leur propose une aide financière ainsi qu’une place dans un incubateur (une structure d’accompagnement).

Alors que la première promotion a été constituée début 2021, Cédric O, secrétaire d’État à la Transition numérique, dévoile en exclusivité à 20 Minutes les contours de la deuxième édition du French Tech Tremplin. Il annonce une augmentation des entrepreneurs « incubés » et une refonte de la phase de préparation, qui démarrera à l’automne. L’objectif ? Réussir à faire émerger des entreprises viables, qui pourront servir d’exemple et montrer au monde de la start-up que la diversité est une force.

Vous lancez aujourd’hui la deuxième saison du French Tech Tremplin, qui vise à permettre à des personnes issues de la diversité de pouvoir concrétiser un projet d’entreprise. Quelles sont les nouveautés ?

L’objectif de cette deuxième promotion est double. D’abord, nous allons accompagner davantage d’entrepreneurs : 500 personnes participeront à une phase de préparation, puis 300 d’entre elles intégreront un incubateur, contre seulement 200 pour la première promotion. Ensuite, nous allons personnaliser encore plus les parcours, afin de bien coller à la réalité sociale et économique des gens que l’on souhaite accompagner.

Concrètement, nous allons réduire cette phase initiale. Au lieu de six mois de préparation, puis un an d’incubation, il y aura désormais un « boot camp » de deux semaines pour bien préciser les projets et les réorienter si nécessaire. Il sera suivi d’un travail d’approfondissement de six semaines. Un concours sélectionnera ensuite les projets pour la phase d’incubation. Elle durera toujours un an et se déroulera un peu partout en France, puisqu’une cinquantaine d’incubateurs sont partenaires de l’opération.

Tout le monde n’a pas vocation à être incubé. On peut s’apercevoir au bout de quelques semaines que certains projets d’entreprises n’ont pas le bon positionnement ou doivent être réorientés vers d’autres dispositifs. C’est pour cela qu’il est important de maintenir une phase de sélection, parce que le but, c’est de créer des entreprises viables.

Cédric O lors de l'entretien avec 20 Minutes.
Cédric O lors de l'entretien avec 20 Minutes. - Jacques Witt/SIPA

Quand sera-t-il possible de postuler ?

Dans les prochains jours. Notre objectif, c’est que les premiers « boot camps » aient lieu en octobre 2021, et que l’entrée en incubateur se fasse début 2022. L’inscription pourra se faire sur le site de la Mission French Tech.

Les candidats doivent-ils déjà avoir créé leur entreprise ?

Il peut s’agir d’un projet très mature, d’une start-up qui fait déjà du chiffre d’affaires, mais pas forcément. L’objectif est que les candidats, à la fin de la phase de préparation, aient un projet abouti qu’ils puissent défendre pendant la sélection en incubateur.

Les projets sélectionnés auront-ils un soutien financier de l’État ?

Il n’y aura plus d’aide financière pendant la phase de préparation. En revanche, les projets sélectionnés à la fin de cette phase bénéficieront toujours d’une aide de 30.000 euros en plus de l’accompagnement offert par l’incubateur. Cela représente un budget de 10 millions d’euros par an, contre 7,5 millions d’euros précédemment. C’est une augmentation significative.

Cédric O lors de l'interview accordée à 20 Minutes.
Cédric O lors de l'interview accordée à 20 Minutes. - Jacques Witt/SIPA

Ces nouveaux investissements seront-ils suffisants pour remédier au peu de diversité actuel ? Une étude publiée en 2019 rappelle que la majorité des fondateurs de startups sont des hommes issus de grandes écoles d’ingénieur ou de commerce…

Bien sûr que nous ne sommes pas arrivés au bout de l’histoire pour l’égalité des chances. C’est une entreprise de longue haleine. On ne va pas multiplier par 10 le nombre d’entrepreneurs issus des quartiers en un an. L’objectif du French Tech Tremplin, c’est d’avoir des exemples de réussite. Au-delà de notre action sur les entrepreneurs, je rappelle que nous investissons pour avoir plus de diversité parmi les employés des start-up, qui représentent la plus grosse partie du travail.

Aujourd’hui, le principal obstacle qui empêche un entrepreneur de banlieue ou issu d’un milieu défavorisé de réussir, c’est le réseau. Dans les quartiers, les entrepreneurs ne sont pas moins doués qu’ailleurs. Ils sont parfois même plus débrouillards parce qu’ils ont connu plus de difficultés. Ce qui manque en partie, ce sont les codes sociaux, le carnet d’adresses. C’est ce que nous leur fournissons avec French Tech Tremplin.

Vous parlez « d’exemples de réussite » d’entreprise issus de la diversité. Pourquoi est-ce si important pour vous ?

Si l’écosystème des start-up françaises est plus divers, il sera plus fort. Il n’y a qu’à voir à l’étranger. BioNTech, qui est en train de sauver l’Europe et le monde avec son vaccin (associé à Pfizer), est le fait d’un couple d’immigrés turcs en Allemagne. Google, Microsoft, sont dirigés par des immigrés indiens. La diversité culturelle, la diversité de parcours, la diversité sociale sont des éléments extrêmement importants. Donc ces entreprises que nous voulons faire émerger doivent permettre de montrer à tous ceux qui s’autolimitent qu’ils peuvent aussi être entrepreneurs.