« Le travail à temps partagé devient un véritable choix de carrière »

INTERVIEW De plus en plus de travailleurs se tournent vers ce système, comme l’explique David Bibard, fondateur du Portail du temps partagé

Propos recueillis par Julie Polizzi pour 20 Minutes
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Travailler pour plusieurs employeurs ou clients pour ne jamais s'ennuyer, c'est le pari du travail à temps partagé qui fait de plus en plus d'adeptes.
Travailler pour plusieurs employeurs ou clients pour ne jamais s'ennuyer, c'est le pari du travail à temps partagé qui fait de plus en plus d'adeptes. — IStock / City Presse

Travailler toute sa vie pour la même entreprise semble de plus en plus appartenir au passé. Les actifs ont aujourd’hui envie de liberté, d’autonomie et de diversité. C’est le constat fait par David Bibard, un contrôleur de gestion qui, après avoir changé plusieurs fois de société, a décidé de satisfaire sa bougeotte dès 2010 en se lançant comme prestataire indépendant pour accompagner différents clients à la fois.

Quatre ans plus tard, il lançait le Portail-du-temps-partagé.fr, un média en ligne visant à promouvoir ce mode de travail.

En quoi le travail à temps partagé consiste-t-il ?

C’est la rencontre entre des entreprises, notamment des TPE et PME, qui ont des besoins de profils spécialisés pour des missions ponctuelles mais récurrentes, et des professionnels expérimentés qui souhaitent accompagner des sociétés à taille humaine dans la durée. Il n’y a donc pas de notion de remplacement temporaire, comme pour l’intérim, puisqu’il s’agit d’intervenir de façon régulière et le plus souvent à temps partiel dans les mêmes entreprises.

Quel est le statut juridique applicable ?

Le travail à temps partagé n’est pas un statut juridique, c’est un mode de travail qui regroupe un grand nombre de situations. Vous pouvez être directement salarié en CDI à temps partiel dans plusieurs entreprises. C’est ce qu’on appelle le multisalariat. Autre option : être employé en CDI par un groupement d’employeurs, qui vous fera intervenir auprès de ses sociétés adhérentes en fonction de leurs besoins, ce qui facilite la recherche de missions.

Enfin, vous pouvez vous lancer seul en tant que prestataire à temps partagé en adoptant un statut de freelance, de consultant, de micro-entrepreneur ou encore de portage salarial. Peu importe finalement le cadre juridique, du moment que vous accompagnez les entreprises dans la durée.

Quels travailleurs s’orientent dans cette voie ?

D’après notre baromètre 2021, 40 % des intervenants ont la cinquantaine. Bien souvent, ils ont un profil très expérimenté et sont lassés de l’organisation des grands groupes. Ils souhaitent donc réintégrer de petites entreprises à taille humaine pour préparer leur fin de carrière en douceur. Ceci dit, on constate de plus en plus un rajeunissement des professionnels, puisque 25 % ont la quarantaine et 15 % sont des trentenaires. Cela démontre que le travail à temps partagé devient un véritable choix de carrière.

Quels secteurs sont concernés ?

Étant donné la multitude de formes d’interventions, tous les secteurs d’activité peuvent être concernés. À l’origine, les groupements d’employeurs se sont développés dans le secteur agricole, pour éviter de devoir former chaque année de nouveaux saisonniers. Aujourd’hui, bon nombre de fonctions support peuvent être exercées à temps partagé, notamment dans les ressources humaines, la gestion, les finances ou le marketing. Vous pouvez par exemple faire appel à un DRH, une secrétaire de direction ou même un office manager à temps partagé, qui interviendra chaque mois, à raison de quelques jours ou heures, dans la PME.

Quels sont les avantages et inconvénients pour le travailleur ?

Changer fréquemment d’environnement et de missions permet d’éviter l’ennui, de dynamiser sa carrière et peut être une grande source d’épanouissement personnel. De même, le travail à temps partagé apporte beaucoup de souplesse, et c’est encore plus vrai avec l’essor du télétravail, qui permet parfois de répondre aux besoins de plusieurs clients dans la même journée. Il est toutefois impératif de se rendre physiquement sur place de façon régulière afin de rester intégré et de faire un travail d’animation.

En contrepartie de cette liberté, il faut trouver plusieurs clients ou employeurs pour que ce soit financièrement viable. Lorsque vous intervenez comme prestataire indépendant, vous devez constamment être en veille pour chercher l’entreprise suivante. Mais si les périodes de creux sont inévitables, vous pouvez très bien gagner votre vie une fois votre réseau construit.

En chiffres

En 2021, près de 500.000 professionnels ont opté pour ce mode de travail. D’après le baromètre 2021 du Portail du travail à temps partagé, le profil type est le suivant :

  • Un travailleur d’âge mûr : 40 % ont entre 50 et 59 ans, et 25 % entre 40 et 49 ans
  • Un indépendant : 57 % interviennent avec leur propre structure (SARL, SASU, micro-entrepreneur), au sein ou non d’un réseau, contre 16 % de salariés d’un groupement d’employeurs et 10 % en pluriactivité (avec plusieurs statuts).
  • Un temps très partiel : 44 % effectuent moins de 10 jours par mois dans chaque entreprise.
  • Une fonction support : 23 % travaillent dans les ressources humaines, 23 % dans le commercial et marketing, 13 % dans la finance et la gestion.