Rouen : Le projet de cession de la dernière usine de recyclage du papier en France contesté

RECYCLAGE Si cette usine ferme définitivement, il n’y aura plus d’usine de recyclage de papier en France

20 Minutes avec AFP
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Dans une usine de recyclage ici à Paris. (illustration)
Dans une usine de recyclage ici à Paris. (illustration) — LUCAS BARIOULET / AFP

Une centaine de personnes, dont le secrétaire général de la CGT Philippe Martinez, ont manifesté vendredi près de Rouen contre un projet de cession du dernier site de recyclage de papier en France détenu par le finlandais UPM. Lors d’un CSE extraordinaire, la direction d’UPM a présenté vendredi un « projet de cession » du site, situé à Grand-Couronne, dans l’agglomération de Rouen, à un investisseur qui veut y produire de l’hydrogène, a indiqué sur place Arnaud Dauxerre, représentant des cadres.

Arnaud Dauxerre fait partie des cinq derniers salariés du site, après le licenciement de 228 personnes en 2020. Un accord avait été conclu pour préserver jusqu’en juin 2021 l’outil industriel de ce site baptisé la Chapelle Darblay. Interrogée, la direction d’UPM a juste confirmé être « actuellement en discussion » avec Samfi Invest et « seulement » avec elle. Samfi invest est une société « familiale » d’investissement basée dans l’agglomération de Caen, actionnaire de H2V, une société qui a des projets de sites de production d’hydrogène. Samfi est également présent dans l’immobilier et les transports notamment.

« L’hydrogène aujourd’hui, il n’y a rien de très concret »

Nombre d’élus locaux, la CGT et Greenpeace sont opposés à ce projet de reprise, car ils assurent qu’un autre projet, en cours de finalisation et impliquant notamment Veolia, permettrait de maintenir l’activité recyclage et avec trois fois plus d’emplois (300 à 350) que le projet de Samfi selon le syndicat. Le projet Samfi « manque de cohérence. L’hydrogène aujourd’hui, il n’y a rien de très concret », a renchéri Philippe Martinez. Selon lui, la CGT a réuni Veolia et deux partenaires (Tetu et Fibre excellence) : « Ils sont besoin de trois mois pour finaliser leur offre. Ils se sont engagés à payer pendant trois mois eux-mêmes le coût du maintien en état du site ».

Mais « le gouvernement dit qu’on ne peut plus rien faire », a regretté le syndicaliste, en estimant qu'« UPM, ça ne les intéresse pas que ce soit un projet concurrent qui reprenne le site ». Selon le cabinet de la ministre déléguée à l’Industrie Agnès Pannier-Runacher, « il est réducteur de limiter la reprise à la seule société Samfi comme le font les organisations syndicales ». « L’offre en question émane également de la société Paprec qui développera très rapidement sur le site une activité de tri de papiers et cartons usagés, avec 70 emplois à la clé », précise le cabinet.

Pour François Chartier, chargé de campagne de Greenpeace qui manifestait devant le site, « la fermeture » définitive de l’usine de recyclage serait « une aberration sociale autant qu’environnementale ». Selon Greenpeace, « depuis l’arrêt des machines » à Grand-Couronne, « 480.000 tonnes de papier ont été envoyées à l’étranger, incinérées ou enfouies, et des tonnes d’équivalent CO2 ont été inutilement produites ». Parmi les manifestants, le maire PS de Rouen Nicolas Mayer-Rossignol est de son côté venu soutenir le projet « sérieux » de Veolia.