Vacances : « Un besoin de liberté »… Comment le camping-car est redevenu à la mode avec le Covid-19

TRANSPORTS Ces véhicules aménagés bénéficient d’une image de liberté… qui ne correspond pas toujours à la réalité

Nicolas Raffin
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Le camping-car, accessoire essentiel pour les fans du Tour de France.
Le camping-car, accessoire essentiel pour les fans du Tour de France. — Boris Horvat/AFP
  • Les camping-cars et autres fourgons aménagés sont très demandés depuis l’année dernière.
  • Les clients cherchent une « liberté » et une forme d’assurance de pouvoir voyager malgré les restrictions sanitaires.
  • Les camping-cars ont cependant certaines limites, comme le prix et les restrictions de stationnement.

Cet été, sur la route des vacances, vous risquez d’en croiser beaucoup plus que d’habitude. Les camping-cars sont en effet devenus très prisés depuis l’année dernière. La preuve ? Alors qu’en 2020, les ventes de voitures neuves ont reculé de 24 % en Europe, celles des véhicules de loisirs (incluant camping-cars, fourgons et vans aménagés) ont progressé de 12 %, d’après les chiffres de la Fédération européenne du caravaning.

Romain et sa compagne font partie de ces nouveaux propriétaires. « Nous avons acheté un camping-car vintage en juin 2020, explique-t-il. Personnellement, j’ai toujours eu la volonté de m’orienter vers ce type de vacances. Pour ma compagne, c’est le confinement qui l’a convaincue. L’oppression de notre appartement de 30 m2 lui a donné cette envie de liberté. »

« Nous allons sûrement battre notre record »

Même réflexion pour Cécile : « En mai dernier, nous avons sauté le pas et acheté un camping-car. Nous allons l’utiliser pour les vacances d’été, mais aussi pour les week-ends. C’est un projet qui nous tenait à cœur depuis longtemps déjà. Il est possible que la crise sanitaire ait accéléré notre réflexion, du fait d’un besoin de liberté retrouvée ».

Un « effet pandémie » confirmé par Antoine Guéret, directeur commercial et marketing du groupe Pilote, constructeur de camping-car. « Au sortir du premier confinement, en mai 2020, nous avons tout de suite observé un fort regain d’intérêt. Sur un an (septembre 2020-août 2021), nous allons sûrement battre notre record de production, avec 7.000 camping-cars écoulés ».

Retour à la nature ?

D’après le spécialiste du secteur, deux raisons principales motivent les acheteurs : « La première, c’est que ce type de véhicule permet de s’adapter à une situation sanitaire mouvante, où l’on ne sait quand et comment on peut partir. La seconde, c’est que le confinement a fait prendre du recul à tout le monde. Beaucoup se sont rappelé des voyages en camping-car pendant leur enfance, et cela a pu être une source de motivation ». 

Un autre aspect a également pu jouer. Sur les réseaux sociaux, plusieurs baroudeurs vantent en effet les avantages de la « Van Life », en partageant des clichés ou des vidéos à bord de leurs véhicules aménagés. Sur Instagram, les « stars » de ce mouvement comptent plus de 100.000 abonnés. Les idées promues sont souvent les mêmes : le camping-car (ou le fourgon aménagé) est associé à la liberté et au retour à la nature.

« La liberté n’existe pas »

Une image qui peut s’avérer piégeuse. « Les aménagements intérieurs des camping-cars sont effectivement dignes de petits studios, explique Laurent, qui en a acheté un l’année dernière. Mais la liberté n’existe pas. On est volumineux sur la route et sur les parkings. On est trop gros pour trouver des emplacements secrets. On est chassé presque de partout, car on est beaucoup trop nombreux, et on se retrouve parqués sur des aires de plus en plus chères ». Déçu, Laurent a finalement décidé de revendre son véhicule.

« L’idée d’une mobilité sans barrière est fausse, bien sûr. Le camping-car est dépendant d’infrastructures comme les terrains de camping, des sanitaires et des ressources comme l’électricité et l’eau. Et le camping sauvage est interdit dans de nombreux pays européens. On a souvent accès à une version plutôt « ordonnée » de la nature », complète auprès de l’AFP Hege Hoyer Leivestad, professeure à l’université de Stockholm, et auteure d’un livre sur les camping-cars et les caravanes *.

Par ailleurs, le camping-car reste un bien onéreux et pas forcément accessible à toutes les bourses : les premiers modèles tournent autour de 40.000 euros, le milieu de gamme se situant quant à lui autour de 50.000 à 60.000 euros. Et avec une consommation moyenne de 10 à 12 litres aux 100 km (très variable suivant les modèles), le côté « nature » en prend aussi un coup. Mais pas de quoi détourner les nouveaux fans des camping-cars.

* « Caravanes : la vie sur roues en Europe contemporaine », Bloomsbury, non traduit, 2018.