Soldes d’été : « Il y a tellement de stock que ça va être la valse des étiquettes »

INTERVIEW Les soldes d’été ont démarré mercredi. Mais pour Franck Hoët, vice-président de la Fédération nationale de l’habillement (FNH), les dates choisies et la force de frappe de la grande distribution complexifient les choses pour les indépendants

Propos recueillis par Maureen Songne
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Photo illustration gens et magasin Soldes. Lyon, le 28 fevrier 2021
Photo illustration gens et magasin Soldes. Lyon, le 28 fevrier 2021 — ROMAIN DOUCELIN/SIPA
  • Les soldes d’été ont officiellement démarré ce mercredi.
  • Les Français ont été dépensiers en juin, et la période pourrait offrir un bol d’air au secteur de l’habillement.
  • Mais selon Franck Hoët, de la FNH, ces dates ne sont pas les bonnes.

La consommation des Français est bel et bien repartie. Après la réouverture des commerces et des terrasses, de fin mai à mi-juin, les paiements en carte bancaire ont été supérieurs de 16 % par rapport à la même période en 2019, selon le ministère de l’Economie. Et dans le domaine du textile, un engouement s’est fait sentir, avec une hausse de 33 % de dépenses par rapport à 2019, dont un pic de 70 % dans les premiers jours de réouverture.

Un enthousiasme apprécié par les professionnels du secteur, qui craignent cependant que les soldes d’été, qui ont démarré ce mercredi, ne suffisent à renflouer leur trésorerie après plusieurs mois de fermeture. Franck Hoët, vice-président et trésorier de la Fédération Nationale de l’Habillement (FNH), qui représente les indépendants du secteur, répond à 20 Minutes.

Comment percevez-vous ce début des soldes ?

Il y a beaucoup de marchandises, si bien qu’on risque de voir l’effondrement des tarifs. On va voir du – 50, – 60, – 70 % très vite, dans toutes les chaînes de distribution. Il y a tellement de stocks sur le marché que ça être la valse des étiquettes.

Avec des promotions permanentes tout au long de l’année, les soldes ont-elles encore un intérêt ?

Pour nous, les soldes veulent dire quelque chose : c’est le déstockage de fin de saison, ce n’est pas une stratégie commerciale. Mais entre les centres de marques et les distributeurs qui font du – 50 % tout au long de la saison, le mot solde ne veut plus rien dire. La preuve : nous sommes à peine entrés dans la période d’été, le 21 juin, et on se retrouve en soldes. Alors que les beaux jours sont là, on doit solder des marchandises qu’on a reçues il y a quinze jours.

Si on veut des soldes comme avant, il faudrait que ceux d’été se fassent au mois d’août et ceux d’hiver au mois de février.

Cette différence entre la grande distribution et les travailleurs indépendants, comment se ressent-elle ?

Notre modèle économique est basé sur des coefficients qui ne sont pas ceux de la grande distribution. Si nous faisons du - 50 % , c’est terminé, on ne fait plus de marge. Même en écoulant beaucoup de marchandises pendant les soldes. En tant qu’indépendants, les mois les plus importants sont les deux premiers de la saison : mars-avril et septembre-octobre. Et cela fait deux ans de suite que l’on ferme au même moment. C’est la période où l’on vend au prix juste, et nous n’y avons pas eu droit.

Le e-commerce vous impacte-t-il ?

Beaucoup de commerçants, au sein de la FNH, sont déjà numérisés, ont une boutique en ligne, ce qui fait un point de vente supplémentaire. Il y a encore du travail à faire à ce niveau-là, mais on a su répondre.

Pensez-vous que les Français seront au rendez-vous de ces soldes d’été ?

Ils sont venus au moment de la réouverture, une clientèle frustrée de ne pas avoir pu acheter de mars à mi-mai. On les a vus trois semaines non-stop, et les attentes sont fortes. Nous faisons partie de la Confédération des commerçants de France, et au niveau de l’équipement de la personne, tout le monde a eu des bons résultats. Sauf Paris, par manque de touristes.

D’autres régions ont-elles été touchées ?

Toutes les zones touristiques ont été impactées. Je pense à la montagne, où des adhérents n’ont pas vu beaucoup de monde. La zone côtière n’a pas bien travaillé non plus. Ce sont plutôt les métropoles de province qui ont fonctionné.

Quel impact économique les mesures sanitaires ont-elles eu sur les indépendants ?

Tant que nous sommes sous couvercle, avec le Prêt garanti par l’Etat (PGE), ça va. A partir du 1er avril 2022, on va devoir rembourser. Et c’est là qu’on verra les dégâts. Certains seront en cessation de paiements, d’autres vont réussir. Il y aura une refonte du paysage, et on peut tabler sur 20 % de disparition des indépendants.