« La France va tuer l’innovation dans la blockchain », estime Hasheur, spécialiste des cryptomonnaies

« 20 MINUTES » AVEC L’entrepreneur et influenceur français intervient le 6 juillet aux Assises Ethique et technologies du futur, organisées à Laval par « Ouest France », et dont « 20 Minutes » est partenaire.

Propos recueillis par Laurent Bainier
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Owen Simonin est le fondateur de Just Mining
Owen Simonin est le fondateur de Just Mining — Just Mining
  • Chaque semaine, 20 Minutes propose à une personnalité de commenter un phénomène de société dans son rendez-vous « 20 Minutes avec… ».
  • Hasheur, l’un des plus grands experts français des cryptomonnaies et fondateur de la plateforme d’investissement Just Mining, intervient le 6 juillet aux Assises Ethique et technologies du futur, organisées à Laval par Ouest France, et dont 20 Minutes est partenaire.
  • Il revient pour 20 Minutes sur les grandes manœuvres monétaires entamées partout dans le monde, entre adoption du bitcoin comme devise légale et développement de monnaies numériques de banque centrale.

Le temps, Owen Simonin, n’en a pas beaucoup. A 24 ans, cet entrepreneur à succès dirige Just Mining, la plateforme d’investissement dans les cryptomonnaies qu’il a créée en 2017. Il est aussi, sous le nom  d’Hasheur, l’influenceur le plus écouté de France dans le domaine des cryptomonnaies. Et pourtant, c’est bien de temps qu’il parlera mardi, au cours des Assises Ethique et technologies du futur, organisées à Laval par Ouest France et Laval Virtual, et dont 20 Minutes est partenaire. Le dollar a-t-il fait son temps ? Est-il encore temps de se pencher sur le bitcoin ? Owen Simonin a passé 20 minutes avec nous pour décrypter l’actu du moment…

Votre chaîne YouTube réunit plus de 350.000 abonnés à la recherche d’infos sur les cryptomonnaies. Bitcoin est définitivement sorti de sa niche d’experts…

On est dans un entre-deux. Monsieur Tout-le-monde a effectivement accès facilement aux cryptomonnaies, pourtant c’est encore un marché sur lequel ne se penchent vraiment que ceux qui s’intéressent à l’évolution de notre monde. Mais on a compris que si ce n’était pas encore évident pour tout le monde, ça le sera un jour.

En Amérique centrale, ce jour est proche. Le président salvadorien Nayib Bukele a approuvé le 9 juin le bitcoin comme devise légale. Une étape importante pour les cryptomonnaies ?

Surtout sur le papier, parce qu’à l’échelle de l’humanité, ça ne concerne que 6 millions de personnes, une goutte d’eau. Mais ça montre à ceux qui en doutaient que Bitcoin est une vraie monnaie, qui remplit les trois fonctions définies par Aristote. Bitcoin est un moyen d’échange, une unité de compte et une réserve de valeur.

Une réserve volatile, avec des cours particulièrement instables…

Allez dire ça à ceux qui vivent dans un pays où il y a 30 % d’inflation par semaine. Bitcoin est très, très jeune, donc c’est normal qu’il soit volatil. Mais oui, Bitcoin est une monnaie avec une vraie valeur organique. D’ailleurs, s’il vaut plus de 34.000 dollars à l’instant où je vous parle, c’est parce que des millions de personnes sont d’accord pour dire que ça vaut tant.

Dans le même temps, la Chine suspend le minage de cryptomonnaies dans le Sichuan, l’une des provinces en pointe dans ce domaine. Y a-t-il des raisons de s’inquiéter pour l’avenir de cette cryptomonnaie ?

Je ne peux pas juger pour l’instant. Personne ne sait ce que la Chine a derrière la tête. On a l’impression que ce qui les embête, ce n’est pas le bitcoin en soi mais ce système très libre, cette blockchain qui fonctionne sans Dieu, sans organisme central omnipotent.

Ce n’est pas le coût environnemental du minage qui motive cette décision ?

C’est une excuse. Le bitcoin consomme de l’énergie, c’est vrai, mais c’est à ce jour l’une des rares ressources que l’homme sait générer de façon renouvelable. D’ailleurs, une grande partie de cette énergie est verte. Et le gros des transactions ne passe pas par bitcoin mais par d’autres blockchains qui consomment bien moins. Ce débat est dénué de sens mais il fait parler. Et le bitcoin a besoin de ça pour grandir. Si on n’en parle pas, les gens ne s’y intéressent pas et ne prennent pas le temps de comprendre vraiment ce qu’il y a derrière.

En 2017, les critiques concernaient davantage l’usage du bitcoin par des mafias pour leurs activités illégales…

C’est vrai mais, de nos jours, un média important et sérieux qui dirait que le bitcoin sert à blanchir de l’argent se ferait traîner dans la boue par sa communauté. Avec Bitcoin, on n’est pas anonyme mais pseudonyme, caché derrière des adresses. Quand les plateformes de vente ont mis en place des mesures antiblanchiment et établi qui se trouve derrière chaque adresse, on a vu rapidement de gros sites pédopornographiques tomber. Pas parce qu’ils utilisaient Bitcoin. Non, c’était fini depuis très, très longtemps. Mais parce qu’ils l’avaient utilisé des années auparavant, en pensant qu’ils n’étaient pas traçables. Se servir du bitcoin pour ce type d’activité, c’est graver sa date de décès dans le marbre. On ne sait pas quand ni comment, mais on sait que ça va nous tomber dessus. C’est idiot.

On peut imaginer que cette capacité à traquer des transactions motive les pays qui, comme la Chine, veulent créer leur propre monnaie numérique de banque centrale…

La blockchain est comme une pioche : un outil merveilleux, qu’on peut aussi enfoncer dans le crâne de son voisin. Ce que je veux dire, c’est qu’à travers son projet de e-yuan la Chine peut faire une cryptomonnaie neutre, gouvernée par le monde entier, transparente pour le peuple et pour l’Etat mais on aura sans doute un e-yuan très différent. Avec des citoyens qui ne pourront rien voir dans la blockchain, un État qui saura qui détient quoi, pourra prélever l’impôt à la source et décider de transformer un billet de 10 en un billet de 8 en un clic s’il le souhaite. A ce stade, il faut reconnaître qu’on n’en sait rien…

De son côté, la BCE réfléchit à sa propre version numérique de l’Euro. Version qui mettra, assure-t-elle, la protection de la vie privée au centre de ses préoccupations. C’est crédible ?

Pour moi, ce sera quand même une restriction. Moins grave qu’en Chine, parce qu’ici on protège la liberté de penser. Mais on peut imaginer que, grâce à cette version numérique de l’euro, les gouvernements auront une visibilité sur tout, pourront récupérer la TVA facilement, lutter contre le travail au noir. Ils vont balayer un pan de l’économie qu’ils ne maîtrisaient pas jusque-là.

Ces projets sont-ils encore compatibles avec l’esprit originel des cryptos ?

En créant Bitcoin, on a voulu faire technologiquement ce que personne n’avait réussi à faire : incarner la confiance. Si vous et moi, on ne se connaît pas, on va pouvoir, grâce à cette technologie, se faire confiance lors d’une transaction parce que l’algorithme, transparent et agnostique, encadre cet échange. L’algorithme s’en fout de notre couleur de peau, de notre sexe ou de notre religion. Et il était temps !

Et aujourd’hui, vous avez l’impression que le grand public a confiance ?

Non, parce qu’on n’a confiance en Bitcoin que lorsqu’on comprend son fonctionnement. Beaucoup de personnes associent malheureusement confiance et stabilité. Le bitcoin peut très bien perdre 50 % de sa valeur ce soir, sa technologie n’en sera pas moins fiable et sécurisée. Une personne qui a compris ce mécanisme financier va savoir que la confiance qu’on a en Bitcoin ne doit pas venir de l’argent qu’on a gagné ou perdu avec lui. Elle vient du protocole et de sa nature, du fait qu’il soit inviolable.

Votre entreprise Just Mining est l’une des premières du secteur à avoir obtenu le statut PSAN délivré par l’autorité des marchés financiers et qui garantit le sérieux des plateformes enregistrées. Ce type d’agrément officiel, délivré par un organisme centralisé, c’est aussi cela qui donne confiance au grand public…

Le PSAN tue tout l’écosystème. Parce que pour réussir à l’avoir, il faut de gros moyens, une équipe complète, nombreuse. Pour ceux qui l’ont, c’est très gratifiant. Ça a encouragé des grosses institutions à venir vers nous. C’est une preuve de sérieux qui montre également à quel point la France est rigoureuse. Mais l’entrepreneur que j’étais il y a cinq ans qui, grâce à un parcours incrémental, a pris le temps de faire des erreurs, n’a strictement plus aucune chance de réussir en France. Je connais cinq ou six génies de la cryptomonnaie en France. Ils sont tous partis et ils ont raison. Ce pays va tuer l’innovation dans la blockchain. On veut protéger tout le monde, c’est normal. Mais on ne peut pas avoir l’innovation et la sécurité. C’est une question de curseur : ça ne peut pas être « 0 ou 1 ». Et la France, malheureusement, fait du « 1 »…

Si vous souhaitez assister gratuitement (à Laval ou en virtuel) à E-thique, les Assises Éthique et technologies du futur, vous pouvez vous inscrire en ligne. Au programme de cette journée de débats, tables rondes et conférences, une réflexion tous azimuts sur le temps et son rapport au numérique. La tech nous permet de dompter le temps.  Va-t-elle changer notre rapport aux heures qui passent. Sur scène, pour répondre aux questions du public, Yves Coppens, Cécile Dejoux, Étienne Klein, Hervé Le Tellier, Serge Tisseron, Owen Simonin et bien d'autres... De 8h30 à  18h, à l'Espace Mayenne
de Laval.