Bretagne : Avec la pénurie de matériaux et l’envolée des prix, le secteur du bâtiment va droit dans le mur

CRISE POST-COVID Environ 30% des chantiers pourraient être mis à l’arrêt dans les prochaines semaines

Jérôme Gicquel
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Illustration d'un chantier de construction dans le quartier Beauregard à Rennes.
Illustration d'un chantier de construction dans le quartier Beauregard à Rennes. — J. Gicquel / 20 Minutes
  • En raison d’une forte demande venue des Etats-Unis et de Chine, le marché des matières premières est sous tension partout dans la planète.
  • Dans le secteur du bâtiment, la pénurie de matériaux guette et les prix s’envolent.
  • En Bretagne, cette situation pourrait entraîneur l’arrêt de 30 % des chantiers dans les prochaines semaines.

En Bretagne comme ailleurs, le secteur du bâtiment se retrouve depuis plusieurs semaines dans une situation pour le moins paradoxale. A l’arrêt lors du premier confinement, la filière a depuis retrouvé des couleurs avec une forte reprise de l’activité et des carnets de commandes qui débordent. Mais cette embellie est menacée par l’ombre d’une pénurie de matériaux qui plane sur les chantiers. Elle s’explique notamment par le boom des constructions en Chine et aux États-Unis, où la relance a été plus précoce qu’en Europe. Les deux géants se sont ainsi rués sur les stocks mondiaux de matières premières, entraînant de facto une pénurie et une envolée des prix.

« La situation est grave et très inquiétante avec une hausse des prix des matériaux de 30 à 150 % », s’alarme Stéphane Le Teuff, président de l’antenne bretonne de la Fédération française du bâtiment (FFB). Très utilisé dans la construction, le bois voit ainsi son cours flamber. Avant que la crise n’éclate, le mètre cube se négociait à environ 300 euros. Les professionnels doivent désormais débourser entre 800 et 1.000 euros pour s’approvisionner. « Presque tout le bois français part en Chine, déplore Rachel Denis-Lucas, présidente de l’Union régionale des négociants de matériaux de Bretagne. On se retrouve donc dans une situation de pénurie qui nous oblige à en importer au prix fort. »

Les entreprises incapables de chiffrer les devis

Le bois n’est pas une exception et tous les matériaux de construction deviennent une denrée rare et précieuse. « Un morceau de PVC s’achetait 1,50 euro avant, c’est deux euros maintenant. Et c’est pareil pour l’acier ou le contreplaqué », souligne Bruno Catros, vice-président de la FFB dans les Côtes-d’Armor. Dans cette situation, difficile pour les professionnels de s’en sortir. « Les entreprises perdent de l’argent avant même de mettre les pieds sur un chantier car les devis ont été signés il y a plusieurs mois. On doit donc assumer seuls cette hausse des prix », s’inquiète Stéphane Le Teuff.

Même si la demande est forte, les professionnels du secteur ne s’aventurent même plus à établir des devis « car ils sont incapables de les chiffrer tellement les prix sont volatiles et varient de jour en jour », selon Marie-Laure Le Priol, présidente de la fédération du Morbihan. Si la situation perdure, c’est donc toute une filière qui risque d’aller droit dans le mur. « Environ 30 % des chantiers vont bientôt devoir être mis à l’arrêt », indique Stéphane Le Teuff, craignant de la casse au niveau de l’emploi.

Une hausse du prix des logements est à craindre

A moyen terme, ce sont également les futurs acheteurs qui devraient trinquer avec une hausse des coûts de construction qui est à craindre. « Quelle sera la réaction d’un jeune ménage quand on lui dira que son extension coûte 30.000 euros de plus ? », s’interroge Yves-Marie Maurer, président de l’Ordre régional des architectes.

Dans ce marasme, la filière du bâtiment en appelle au gouvernement pour tenter de sauver les meubles. Mi-juin, l’État s’était ainsi engagée à ne pas appliquer de pénalités aux entreprises en cas de retard dans la livraison de marchés publics. Un premier pas mais qui reste insuffisant, selon Stéphane Le Teuff. « Il faut aussi geler toutes les pénalités dans le secteur privé et que l’État prenne en charge le chômage partiel à 100 % si les chantiers devaient être arrêtés », détaille-t-il.