Restauration, informatique…. En attendant le début des soldes, la consommation est déjà bien repartie en France

ACHATS Après des mois moroses, les dépenses se sont envolées ces dernières semaines

Nicolas Raffin
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Illustration des soldes d'été.
Illustration des soldes d'été. — ALLILI Mourad/SIPA
  • Depuis quelques semaines, certains secteurs enregistrent une forte hausse de la consommation.
  • Mais il s’agit surtout d’un effet de rattrapage, après des semaines de restrictions.
  • La France est donc encore loin d’avoir retrouvé son niveau de PIB d’avant crise.

Alors que le démarrage des soldes d’été, ce mercredi, devrait donner un petit coup de boost à la consommation, cette dernière est déjà bien repartie depuis quelques semaines. Ainsi, de fin mai à la mi-juin, les paiements en carte bancaire ont été supérieurs de 16 % par rapport à la même période en 2019, selon le ministère de l’Economie. Un fort rebond qui coïncide avec la réouverture des commerces et des terrasses le 19 mai dernier.

De nombreux domaines profitent de cet engouement : les dépenses en biens électroniques et informatiques (+ 40 % mi-juin par rapport à 2019), l’habillement-textile (+ 33 % vs 2019, après un pic à 70 % dans les premiers jours de réouverture), mais aussi les activités récréatives (musées, équipements sportifs…). « Même dans les secteurs qui restent déprimés, comme le transport de voyageurs, les parcs d’attractions, les expositions touristiques ou les théâtres, l’activité s’inscrit en hausse marquée », souligne Bercy.

De l’épargne en stock

« Ce rebond était attendu après des semaines de confinement, explique à 20 Minutes Anne-Sophie Alsif, chef économiste au Bureau d’informations et de prévisions économiques (Bipe). C’est un phénomène que l’on avait déjà observé l’année dernière. Entre mai et juin 2020, la consommation des ménages avait déjà été largement supérieure (+20 %) au niveau de 2019. Le rebond devrait se poursuivre cet été ».

L’économiste rappelle en effet que « les Français ont globalement vu leur pouvoir d’achat préservé grâce aux aides de l’État, par exemple avec le financement du chômage partiel. Et avec la vaccination, l’horizon des prochains mois se dégage un peu et pourrait donc inciter à utiliser un peu plus son épargne ».

Les hôteliers inégaux

Reste que l’horizon peine à se dégager dans certains secteurs, et notamment l’hôtellerie-restauration. Il aura par exemple fallu attendre la deuxième semaine de juin – qui coïncidait avec la possibilité de prendre un repas en intérieur – pour que les dépenses dans les restaurants dépassent enfin leur niveau d’avant-crise (+11 % par rapport à la même période de 2019).

Pour les hôtels, la reprise est très inégale suivant les régions. « Celles qui enregistrent les taux de remplissage les plus élevés sont : Pays de la Loire (58 % depuis le 9 juin), Bretagne (57 %), Centre-Val-de-Loire (54 %), Nouvelle-Aquitaine (54 %) et Normandie (52 %) », indique Bercy. A l’opposé, les hôtels d’Ile-de-France ne sont remplis qu’à 36 %, notamment en raison de la faible fréquentation de la clientèle internationale.

Il reste des incertitudes

Malgré un constat plutôt optimiste au global, certains économistes appellent à la prudence sur l’analyse de cette consommation des dernières semaines. « Certains chiffres sont impressionnants, mais c’est parce que l’on est dans un effet de rattrapage », rappelle Anne-Sophie Alsif. En effet, le gouvernement vante régulièrement la forte croissance du PIB attendue cette année (+5 %)… mais qui ne suffira pas à compenser la baisse historique de 2020 (- 8,3 %). Autrement dit, l’économie française n’a pas encore retrouvé son niveau d’avant-crise, et ne le fera qu’en 2022, voire 2023, selon les différentes prévisions.

Bien sûr, Bercy joue sa partition en insistant sur les chiffres les plus « positifs », mais il ne faut pas oublier que le pays reste soumis à de nombreux aléas. Que va-t-il se passer, par exemple, lorsque l’État fermera le robinet des aides aux entreprises, et que certaines se retrouveront en grande difficulté, et devront licencier ? « Cela pourrait contribuer à limiter le rebond de la consommation », en affectant la confiance des ménages dans l’avenir, affirme Hélène Baudchon, économiste chez BNP Paribas interrogée par l’AFP. Sans compter que les prévisions de croissance réalisées par le ministère de l’Economie ne tiennent pas compte d’une potentielle quatrième vague de contamination, qui pourrait survenir à la rentrée. Si elle survenait, le rebond de la consommation attendu cet été pourrait alors être stoppé net.