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CHAUD DEVANTLe rapport Tirole-Blanchard va-t-il relancer la réforme des retraites ?

Retraites : Système à points, petits aménagements… Le rapport Tirole-Blanchard va-t-il relancer la réforme ?

CHAUD DEVANTLes économistes consultés par le président poussent pour la retraite à points
Emmanuel Macron reçoit le rapport de la commission dirigée par Olivier Blanchard et Jean Tirole.
Emmanuel Macron reçoit le rapport de la commission dirigée par Olivier Blanchard et Jean Tirole.  - Michel Euler/AP/SIPA / SIPA
Nicolas Raffin

Nicolas Raffin

L'essentiel

  • Une commission d’économistes dirigée par Olivier Blanchard et Jean Tirole a rendu un rapport cette semaine sur les « défis économiques » du pays.
  • Ils préconisent de mettre en œuvre la réforme des retraites, avec un système par points.
  • Sollicité par 20 Minutes, Michael Zemmour, économiste spécialiste des retraites, se montre critique sur certains aspects du rapport.

Elle était loin des projecteurs, mais elle retourne peu à peu dans la lumière. La réforme des retraites, portée disparue pendant plusieurs mois à cause de la crise sanitaire, vient de remonter sur scène. Début juin, Emmanuel Macron avait déjà fait passer un frisson dans le dos des syndicats en expliquant que « rien n’[était] exclu » quant à l’avenir de la réforme, même si elle ne pouvait pas être « reprise en l’état ».

Cette semaine, c’est le rapport piloté par les économistes Olivier Blanchard et Jean Tirole qui a remis ce débat inflammable au goût du jour. Commandé par Emmanuel Macron lui-même, le document – de 500 pages – s’intéresse aux grands « défis économiques » de la France, parmi lesquels « le vieillissement de la population ». La réforme des retraites y est présentée comme nécessaire, les auteurs relevant même que le projet gouvernemental est « un excellent point de départ ».

Vers la retraite à points ?

Le rapport Blanchard-Tirole valide donc le principe d’une retraite par points, et non plus par trimestres. En fonction de son revenu, chacun cumulerait des points, convertis ensuite en euros au moment de son départ à la retraite.

Les auteurs donnent l’exemple d’un salarié qui serait payé toute sa vie au salaire moyen. « Une carrière moyenne de quarante-trois ans permettrait d’acquérir 4.300 points [soit 100 points par an]. La valeur de service initiale [permettant de convertir les points en euros] pourrait être fixée à 4 euros, soit une retraite de 17.200 euros par an ou 1.435 euros par mois ».

« Points gratuits » et « lettres d’information »

En revanche, préviennent les économistes, des aménagements sont indispensables afin d’éviter un rejet massif par la population : « Certaines mesures impopulaires comme (…) un recul de l’âge effectif de départ à la retraite doivent s’inscrire, pour être acceptées, dans une approche globale, un ensemble plus large de mesures ». Entre 2019 et début 2020, de nombreuses grèves et manifestations avaient en effet montré l’existence d’une forte opposition à cette réforme. Le gouvernement avait finalement décidé d’avoir recours au 49-3 pour abréger le débat, quelques semaines avant le premier confinement, qui avait figé la situation.

Pour que la réforme suscite plus d’adhésion, les auteurs préconisent par exemple d’accorder des « points gratuits » aux travailleurs ayant les plus bas salaires. Le but étant d’éviter que ces derniers ne se retrouvent avec une pension de retraite trop basse. Autre idée : ne plus se focaliser sur un « âge pivot » universel (âge en dessous duquel la pension serait diminuée), mais proposer plutôt une « fenêtre de départ », plus individualisée. Les actifs seraient alors informés – via des « lettres d’information » – du montant de leur pension suivant leur âge de départ à la retraite.

« Il faut agir vite »

Malgré ces aménagements, le cœur de la réforme, à savoir l’allongement des carrières, n’est pas remis en question. « Il convient de réformer le système de retraite en relevant l’âge moyen de départ à la retraite, en renforçant les incitations à travailler au-delà de l’âge minimum de départ », écrivent les auteurs. Qui préviennent : « aucune réforme du système de retraite ne peut se faire sans qu’il y ait des perdants ». « Il faut agir vite, avant que les difficultés financières ne mettent totalement sous pression le système de retraite et les finances publiques » implorent-ils.

Ce constat alarmiste ne fait pas l’unanimité parmi les économistes. « Tout le rapport file la métaphore de la bombe à retardement, ce qui est en contradiction avec les analyses du conseil d’orientation des retraites (COR), estime Michael Zemmour, enseignant chercheur en économie à l’université Paris-I et chercheur associé à Sciences-Po (Liepp). Il n’y a pas de danger imminent de faillite du système. Si demain, on veut équilibrer le système des retraites, il faudrait augmenter le taux de cotisation de moins d’un point ».

Or, poursuit l’enseignant, « l’argumentation des auteurs du rapport est à sens unique. L’augmentation des recettes du système (via les cotisations) est exclue d’emblée du champ des solutions, alors que c’est un choix politique possible. Et sans recettes supplémentaires, les pensions baisseront, même avec un départ à la retraite plus tardif. Donc tout l’enjeu du rapport, finalement, est de savoir comment rendre ce constat acceptable par les citoyens ».

« En mode écoute »

Reste à savoir ce que va en faire Emmanuel Macron. Du côté de l’Elysée, on explique prudemment que le rapport est « une contribution au débat public » et que le président de la République n’avait pas fixé à l’avance les thèmes abordés par les économistes.

« Il est en mode écoute » poursuit la même source, qui refuse de s’avancer sur un éventuel calendrier de la réforme des retraites. A en croire Le Parisien, Emmanuel Macron pourrait néanmoins prendre la parole sur le sujet avant le 14-Juillet. A moins d’un an de l’élection présidentielle, l’exécutif sait qu’il n’a plus beaucoup de temps s’il veut changer les règles du jeu.

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