Episode de gel : Les prix des cerises et abricots de Provence s’envolent, les grossistes se tournent vers l’Espagne

AGRICULTURE Après les gelées tardives de ce printemps, les grossistes se tournent vers l’Espagne alors que les arboriculteurs s'inquiètent « des soucis climatiques récurrents »

Alexandre Vella

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Le prix des cerises origine Provence a presque doublé cette année
Le prix des cerises origine Provence a presque doublé cette année — Alexandre Vella / 20 Minutes
  • Les gelées tardives de ce printemps ont très fortement affecté les récoltes de fruits d’été. Un phénomène récurrent ces dix dernières années, constatent les agriculteurs.
  • Alors que les prix s’envolent, les grossistes se tournent vers l’Espagne.
  • Pour les abricots, la plus faible production de ces quarante-six dernières années est attendue.

Du pays d’Arles aux Alpes du Sud en passant par le Val de Durance, un froid soudain et durable s’était abattu sur la Provence début avril. Trois mois plus tard, agriculteurs et consommateurs constatent les dégâts. « C’est la catastrophe pour tout le monde », résume Nicolas Savier, arboriculteur installé à Mazan, au pied du Mont Ventoux. Sur ses 20 hectares de cerisiers, il enregistre 95 % de pertes. « On est descendu à -6,5 degrés en avril pendant quelques nuits », rappelle-t-il. Et après avoir brûlé pour 10.000 euros de bougies, il a décidé « d’arrêter les frais. ​Dans ces conditions, en dessous de -5, il n’y a rien à faire ». Comme lui, Mendy Montolin, sa voisine d’exploitation, qui cultive également des abricots et des figues sur 17,5 hectares, « a tout perdu ». Pour alimenter son magasin de vente directe, elle achète les quelques cerises restantes à ses voisins pour les vendre à 8 euros le kilo, « contre 4 euros d’ordinaire ».

Dans tous les magasins, le prix des fruits d’été s’envole. Stéphane Guy travaille pour Jeanningros, un grossiste du marché d’intérêt national des Arnavaux à Marseille, sorte de Rungis version locale. « C’est très compliqué de vendre du produit français. Les prix sont très hauts, environ 30 % plus chers et il y a peu de volume ». Sans surprise, cette année encore davantage, « les gens se tournent vers l’Espagne pour l’approvisionnement », remarque ce grossiste dont le chiffre d’affaires annuel dépasse les 30 millions d’euros.

A catégorie équivalente, les prix varient du simple au double. Ainsi, par exemple, le kilo de cerises espagnoles de catégorie 1, calibre 26 millimètres, se vend à prix grossistes à 3,71 euros hors taxes contre 8,28 euros pour les françaises, selon des données de FranceAgrimer, établissement public rattaché au ministère de l’agriculture. En 2020, à pareille époque, ces mêmes cerises se négociaient à 4,12 euros.

« Des soucis climatiques récurrents depuis 10 ans »

Dans une étude publiée mi-juin, Agrest, le service des études statistiques du ministère de l’Agriculture fait un gros plan sur la production d’abricots. La production de cette année s’annonce pour la France comme « la plus faible depuis au moins quarante-six ans », prévoit les auteurs de l’étude. Une mauvaise récolte naturellement expliquée par « les gelées printanières historiques, notamment en Vallée du Rhône et en Provence ». Avec 6.400 tonnes estimées, la région Paca enregistre une chute de 59 % de sa production d’abricots par rapport à la moyenne quinquennale. La région Auvergne-Rhône-Alpes, notamment la Drome provençale, est, elle, plus durement touchée encore avec une perte de 73 % pour 15.700 tonnes attendues.

Dans ce contexte, la France devrait voir sa balance commerciale de ce marché continuer à se creuser, elle qui avait déjà importé plus de 19.000 tonnes d’abricots espagnols en 2020.

Après les gelées, politiques et représentants des pouvoirs publics s’étaient déplacés sur différentes exploitations pour apporter soutien et promesses. Déjà touchée par le gel l’an dernier, Christine Chaix, installée du côté de Manosque dit « avoir reçu ce mois 40 % du montant de l’aide accordée pour l’an dernier ». « C’est très long, vous avez le temps de ne plus respirer. Il ne faut pas attendre ça pour manger », a compris cette paysanne de toujours qui constate « des soucis climatiques récurrents depuis dix ans. Il fait chaud en février et mars, ça bourgeonne, puis on a un retour du froid ». Les dégâts sont là. En Provence, cerises et abricots n’ont plus la pêche.