« Il faut en faire au moins une fois dans sa vie ! »… Pourquoi le bilan de compétences cartonne depuis la crise sanitaire

VIE PROFESSIONNELLE La crise du Covid-19 a poussé les Français à s’interroger davantage sur la suite qu’ils aimeraient donner à leur carrière

Delphine Bancaud

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Le bilan de compétences a été boosté par la crise sanitaire.
Le bilan de compétences a été boosté par la crise sanitaire. — Pixabay
  • Avec la crise du Covid-19, de plus en plus de Français semblent tentés par une reconversion. Mais avant de se lancer, ils ont besoin de faire le point sur leur profil professionnel et leurs aspirations.
  • D’où un recours plus massif au bilan de compétences, comme le constate le ministère du Travail.
  • Une démarche passionnante qui porte généralement ses fruits, et qui incite les personnes à se former pour franchir un nouveau cap.

« Je travaillais dans le domaine du tourisme depuis douze ans. Avec le Covid-19, je me suis retrouvée au chômage partiel et le reste du temps, j’essayais de trouver des solutions pour rapatrier mes clients qui étaient à l’étranger. Ça a été très compliqué et j’avais du mal à voir le bout du tunnel. D’où ma décision de faire un bilan de compétences pour me reconvertir », témoigne Sophie. Comme elle, de plus en plus de Français ont effectué un bilan de compétences depuis le début de la crise sanitaire, ou s’apprêtent à le faire. « En 2020, 50.000 bilans ont été financés via le  compte personnel de formation (CPF), contre 33.000 en 2019. Et depuis le début de l’année 2021, 30.000 l’ont déjà été. Ce qui en fait la troisième formation la plus demandée », indique le ministère du Travail à 20 Minutes.

Un engouement qu’explique Sandrine Beaulieu, à la tête d’Acerola, un centre de bilan de compétences : « Cette période a donné plus de temps aux salariés pour réfléchir à leur vie, à leurs conditions de travail, à leurs aspirations. Surtout ceux qui sont en deuxième partie de carrière. Ce qui a conduit certains à vouloir changer de voie, et le bilan est la première étape pour cela ». « L’activité partielle et le télétravail ont permis aux actifs de se poser la question du sens de leur métier », complète l’entourage d’Elisabeth Borne, la ministre du Travail. Un déclic qu’a eu Alphonsine : « Cela fait dix ans que je suis garde d’enfants à domicile. Puis est venue la période du confinement. Je me suis remise en question plusieurs fois. J’ai fait un bilan de compétences pour avoir des réponses à ces questions et voir si, éventuellement, un autre métier en ressortait », répond-elle à notre appel à témoins.

« Le besoin de faire le point pour s’orienter vers un secteur en meilleure forme »

Cette remise en cause, certains y ont été contraints : « Les salariés dont le secteur d’activité a été fortement touché par la crise, comme l’aérien, l’hôtellerie-restauration, l’événementiel ou le commerce, ont ressenti le besoin de faire le point pour s’orienter vers un secteur en meilleure forme. Sans oublier ceux qui ont subi un licenciement économique », constate Sandrine Beaulieu. C’est le cas de Dorothée : « Je travaille actuellement dans la grande distribution. Mes rayons (maison/loisirs) ont été fragilisés par la crise. Par ailleurs, je n’ai aucune perspective d’évolution dans ma société et je ne suis plus en accord avec les décisions d’organisation de l’enseigne (automatisation des caisses, ouvertures les jours fériés et dimanches….). J’approche de la quarantaine et l’heure était venue pour moi de faire un bilan de compétences ».

Si les Français n’hésitent plus à effectuer cette démarche, c’est aussi qu’elle est plus facile qu’il y a quelques années, analyse Bernard Monteil, membre du bureau de la Fédération de la formation professionnelle : « Depuis la loi "Avenir professionnel 2018", les salariés peuvent utiliser leur compte personnel de formation (CPF) sans intermédiaire. Ils peuvent effectuer un bilan sans en parler à leur employeur et se sentent beaucoup plus libres de le faire ». D’autant qu’ils peuvent facilement se l’offrir : « Un bilan coûte en moyenne 2.000 euros, et les salariés ont généralement assez d’argent sur le CPF pour le financer », observe Jérémy Plasseraud, responsable de Maformation.fr, plateforme de mises en relation entre candidats et organismes de formation. 

« J’ai pu faire le point et découvrir que les ressources humaines m’attiraient énormément »

Mais pour que la démarche soit utile, encore faut-il y consacrer du temps, insiste Bernard Monteil : « Le bilan s’étale sur deux à quatre mois. Car pour qu’il soit efficace, il faut laisser un temps de maturation entre deux entretiens entre le consultant et son client ». « Ce dernier doit aussi effectuer des travaux de recherches, répondre à des tests psychotechniques, prendre des contacts… », complète Sandrine Beaulieu. Il faut aussi que la relation entre le consultant et son client fonctionne : « Car généralement, les personnes qui effectuent un bilan ont perdu confiance en elles. Elles ont l’impression d’être nulles, et que leur expérience ne leur servira pas pour se reconvertir. Le consultant doit leur faire prendre conscience que leurs compétences sont transférables à d’autres métiers », poursuit Sandrine Beaulieu.

Dans la majorité des cas, l’alchimie a lieu et le travail porte ses fruits : « Les gens se connaissent mieux après, savent ce qu’ils attendent de leur emploi et ont un vrai projet pour les années à venir », constate Jérémy Plasseraud. « Dans les trois quarts des cas, le bilan conduit à se former, soit pour évoluer dans son métier, soit pour en changer. Et dans un quart des cas, les gens sont confortés dans leur métier, mais envisagent de changer d’environnement (de service ou d’entreprise) », ajoute Bernard Monteil. Une satisfaction dont peut témoigner Dorothée : « J’ai pu faire le point et découvrir que les ressources humaines m’attiraient énormément. Un projet de reconversion confirmé, notamment par des tests de personnalité pendant mon bilan. J’ai déposé un dossier de transition professionnelle, afin de financer une formation sur mon temps de travail. Pour mettre toutes les chances de mon côté, j’entame également une formation de gestionnaire de paie à distance grâce à mon CPF ».

Sophie a elle aussi trouvé une nouvelle voie : « Aujourd’hui, je suis une formation pour devenir assistante ressources humaines. Ça me plaît beaucoup et je pense que ce métier ne risque pas de connaître la même crise que celui que j’exerçais avant… » A Alphonsine aussi, le bilan a donné des ailes : « Il en est ressorti que j’avais les compétences pour manager dans le secteur de la petite enfance. Je souhaite donc ouvrir une structure type micro crèche. La formatrice m’a donné pleins d’infos concernant les aides à la création, c’est vraiment top ! Il faut faire un bilan de compétences au moins une fois dans sa vie ! », recommande-t-elle.