Montpellier : La ville régule les locations sur Airbnb (et les autres plateformes)

TOURISME Les propriétaires devront bientôt s'enregistrer pour proposer un logement à la location

Nicolas Bonzom

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En 2019, les locations de meublés de tourisme se sont envolées, avec un bond de + 37 %, dans la métropole de Montpellier (illustration)
En 2019, les locations de meublés de tourisme se sont envolées, avec un bond de + 37 %, dans la métropole de Montpellier (illustration) — LODI Franck/SIPA
  • Le conseil municipal de Montpellier a voté à l’unanimité ce lundi une série de mesures pour réguler la location d’appartements meublés, notamment sur Airbnb.
  • Un propriétaire devra désormais s’enregistrer pour mettre un appartement meublé à la location : la ville pourra vérifier qu’il ne le loue pas plus de 120 jours par an.
  • La métropole de Montpellier a également entériné une hausse de la taxe de séjour pour les meublés de tourisme de 3 à 5 %, la même que pour les hôteliers.

A Montpellier (Hérault), comme ailleurs, les meublés de tourisme font fureur. Rien que sur Airbnb, plus de 5.000 logements sont proposés à la location. Presque autant que le nombre de chambres proposées par les hôtels du coin (4.566). En 2019, les locations se sont envolées, avec un bond de + 37 %, dans la métropole, soit plus d’un million de nuitées par an. Alors comme d’autres avant elle, la ville de Montpellier, qui pointe une « concurrence déloyale » envers les hôtels, s’attaque à ces plates-formes.

Le conseil municipal a voté à l’unanimité ce lundi une série de mesures pour réguler la location d’appartements meublés à des touristes. Afin de « soutenir nos hôteliers, limiter les conflits de voisinage, lutter contre les spéculateurs immobiliers et réduire la pression sur le marché locatif de Montpellier », pointe le maire, Michaël Delafosse (PS), qui estime à « au moins 400 » le nombre de logements qui auraient pu bénéficier à des familles, mais qui ne sont voués qu’à être loués sur des plateformes spécialisées.

Une « compensation » en cas de dépassement des limites

Tout logement devra, à partir de septembre (si le conseil municipal, prévu ce mois-là, entérine le dispositif) être enregistré préalablement auprès des services de la ville. Ils pourront ainsi vérifier qu’un propriétaire ne loue pas son logement principal plus de 120 jours par an. Quant aux logements secondaires, les mises en location sont limitées à « une par foyer fiscal », et « durant une période limitée à six ans ».

« Au-delà, le changement d’usage d’un logement pour une activité strictement commerciale de meublé de tourisme devra faire l’objet d’une compensation : pour un logement sorti du parc immobilier à la location de longue durée, un nouveau logement devra être créé par le porteur de projet », indique la ville de Montpellier. « Pour ne pas déshabiller le corps de logements à la disposition de la population », pointe Maryse Faye (PS), élue à l’urbanisme durable, qui rappelle qu’il y a « 25.000 demandes de logements sociaux chaque année à Montpellier », qui ont du mal à être honorées.

La taxe de séjour revue à la hausse

La métropole a aussi entériné, le 7 juin, une hausse de la taxe de séjour pour les meublés de tourisme de 3 à 5 %, la même que les hôteliers. Cette mesure interroge Dominique Debuire, président de l’Union nationale pour la promotion de la location de vacances (UNPLV) et vice-président de Clévacances. « Est-ce que l’on considère que lorsqu’on augmente la taxe de séjour pour les locations de meublés touristiques, cela va dans le sens recherché ? La taxe de séjour, c’est le touriste qui la paie, cela va augmenter le coût pour le voyageur », rappelle ce professionnel, sollicité par 20 Minutes.

Quant à la limite de 120 jours par an, « l’UNPLV a été partie prenante, en s’engageant à bloquer les annonces des propriétaires, dans le cas d’une résidence principale, qui dépassent » le maximum autorisé par la loi, confie Dominique Debuire. « On ne nie pas le fait que sur certaines villes, il y a des tensions liées au logement, qui nécessitent des mesures, poursuit-il. Mais il faut le faire à partir d’un constat précis et objectif. »

« Il faut que l’offre soit multiple »

Et le président de l’UNPLV n’est pas tout à fait d’accord lorsqu’il entend qu’Airbnb et les autres plateformes exercent une « concurrence déloyale » sur les hôteliers. « Il y a des tas de communes en France, à vocation touristique, qui, sans les locations de meublés touristiques, ne pourraient accueillir autant de touristes, poursuit-il. Certains touristes, par ailleurs, prendront une location meublée, et n’auront peut-être pas les moyens de prendre un hôtel-restaurant en pension complète. Il faut que l’offre soit multiple. »

Jacques Mestre, le président de l’Union des métiers et des industries de l’hôtellerie (Umih) de l’Hérault, est, de son côté, pleinement satisfait des mesures mises en place par la ville pour réguler ces locations de meublés. « C’est ce que l’on demandait depuis deux ou trois ans, résume-t-il. Il faut que les gens soient enregistrés. »

Et pour les contrevenants, les amendes seront salées, rappelle la ville de Montpellier : jusqu’à 50.000 euros pour non-respect de la procédure de changement d’usage, et jusqu’à un an d’emprisonnement et 80.000 euros d’amende pour fausses déclarations et manœuvres frauduleuses. Les mesures votées ce lundi par le conseil municipal seront toutefois soumises à l’approbation du conseil métropolitain, le 28 juillet.