Le Sénat vote le ticket-restaurant pour les étudiants

A TABLE Ces tickets ont pour but de combler les « zones blanches »

Romarik Le Dourneuf

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Les tickets-resto étudiants doivent combler le manque de restaurants Crous.
Les tickets-resto étudiants doivent combler le manque de restaurants Crous. — Jeanne Accorsini

Le Sénat, à majorité de droite, a voté ce jeudi en première lecture une proposition de loi centriste visant à créer un «  ticket-restaurant étudiant », qui a reçu un avis réservé de la ministre de l’Enseignement supérieur, Frédérique Vidal. « Quel que soit son sort, elle aura eu le mérite de mettre le doigt sur les inégalités du système de restauration étudiante », a souligné son auteur, Pierre-Antoine Levi.
Si le texte doit encore aller à l’Assemblée nationale, le dispositif a déjà été resserré en commission pour cibler uniquement les étudiants des « zones blanches ». Ces étudiants qui n’ont pas de possibilité d’accès à un restaurant universitaire, le système viendrait ainsi « en complément » de l’offre de restauration universitaire gérée par les Crous, sans la « concurrencer », selon le rapporteur centriste Jean Hingray.

Socialistes et écologistes ont dénoncé « une fausse bonne idée ». Dans des communiqués distincts, l’Unef a brandi la menace d’une « destruction du service public des Crous », tandis que la Fage a soulevé « la problématique de la "malbouffe" ». Il ne s’agit « en aucun cas d’une attaque contre les Crous comme certains ont voulu le faire croire avec mauvaise foi », a rétorqué Pierre-Antoine Levi dans l’hémicycle. Le texte « permet tout simplement de combler des trous dans la raquette de l’offre actuelle des Crous », a-t-il ajouté.

Près de 600.000 étudiants concernés

Le nombre d’étudiants concernés est évalué entre 500.000 et 600.000. Ils pourraient bénéficier d’un ticket-restaurant au tarif social étudiant (3,30 euros, prix d’un repas complet pour l’étudiant au restaurant universitaire) qui aurait une valeur du double.

De son côté Frédérique Vidal a rappelé les mesures prises par le gouvernement « pour faire refluer la précarité alimentaire » des étudiants, aggravée par la crise sanitaire, dont les repas à un euro dans les restaurants universitaires. « A ce jour plus de 10 millions de repas à un euro ont été servis », a-t-elle indiqué, sans répondre aux demandes de pérennisation formulées par Pierre Ouzoulias (CRCE à majorité communiste) et Bernard Fialaire (RDSE à majorité radicale). Pierre Ouzoulias, qui préside la mission d’information sénatoriale sur « les conditions de la vie étudiante », aurait préféré que « l’attachement au service public soit davantage marqué » dans le texte, a-t-il précisé.

Une concurrence pour le Crous ?

La ministre a rendu un hommage appuyé aux Crous, qui avec « plus de 750 implantations réparties dans 221 villes, maillent déjà l’essentiel du territoire ». « En l’état je ne suis pas convaincue que le ticket-restaurant soit à lui seul une réponse suffisante », a-t-elle déclaré. « Mais il doit pouvoir s’inscrire comme un outil envisageable dans le cadre d’une solution plus globale lorsqu’il n’est pas possible de construire une offre sociale assumée directement par l’Etat ou assurée avec le soutien des collectivités », a-t-elle poursuivi, promettant « une nouvelle vague de partenariats développés par les Crous d’ici la rentrée ».

La mission d’information doit rendre ses conclusions début juillet.