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INTERVIEWLe télétravail, « un vrai changement de culture » pour les entreprises

Télétravail : « C’est un vrai changement de culture », explique Audrey Richard, présidente de l’ANDRH

INTERVIEWAlors que ce 9 juin marque le retour progressif du présentiel dans les entreprises, la présidente de l’association nationale des DRH évoque pour « 20 Minutes» les défis qui attendent salariés et employeurs dans les prochains mois
Le parvis de la Défense, le quartier d'affaires de Paris.
Le parvis de la Défense, le quartier d'affaires de Paris.  - Xavier Francolon/SIPA / SIPA
Nicolas Raffin

Propos recueillis par Nicolas Raffin

L'essentiel

  • Ce mercredi 9 juin marque le retour progressif des salariés en présentiel.
  • Mais l’exécutif, comme beaucoup de travailleurs, souhaite conserver une part de télétravail.
  • Une nouvelle forme de travail « hybride » qui doit être assimilée par les entreprises, comme le note Audrey Richard, la présidente de l’ANDRH.

Depuis le premier confinement de 2020, un nouveau marronnier médiatique a poussé : celui qui consiste à dire que « rien ne sera plus comme avant ». Si cette affirmation a montré ses limites – notamment sur la revalorisation toujours attendue des métiers « essentiels » –, elle reste pertinente en ce qui concerne l’évolution du télétravail.

Si ce mercredi 9 juin marque en effet un retour progressif dans les bureaux, le protocole édicté par le ministère du Travail conseille aux entreprises de garder « un nombre minimal de jours de télétravail par semaine ». Une organisation hybride – moitié au bureau, moitié à la maison – qui semble amenée à durer. Selon une enquête menée auprès de 270 responsables des ressources humaines par l’association nationale des DRH (ANDRH), 68 % d’entre eux prévoient d’instaurer au moins deux jours de télétravail par semaine après le 9 juin. Audrey Richard, présidente de l’ANDRH, qui compte plus de 5.000 membres, revient pour 20 Minutes sur les défis des prochains mois.

A partir de ce mercredi 9 juin, la règle du « 100 % télétravail » disparaît. Quels sont vos conseils pour accompagner la reprise progressive du travail en présentiel ?

Audrey Richard, présidente de l'ANDRH
Audrey Richard, présidente de l'ANDRH - Andrh

L’important, c’est la communication. Le gouvernement a fixé depuis un moment cette date de 9 juin, donc les entreprises ont pu se préparer avec les partenaires sociaux et informer tous les salariés.

La période de juin à août sera une période de transition. Elle va permettre de traiter les cas individuels, en identifiant par exemple les salariés qui craindraient de revenir pour raisons sanitaires. Il faudra aussi prévoir des projets de collaboration, des moments de convivialité sur site, car ça ne sert à rien que les salariés reviennent s’ils se retrouvent seuls. La majorité d’entre eux souhaite d’ailleurs alterner entre présentiel et télétravail.

Cette forme de travail hybride est-elle devenue la nouvelle norme ?

Pour les fonctions « télétravaillables », c’est ce qui est attendu désormais par les salariés, par les partenaires sociaux, par les candidats. Notamment en termes de qualité de vie. Ce qui est recommandé par les DRH, c’est deux jours à la maison et trois jours au travail par semaine, pour garder l’engagement et éviter le décrochage.

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Le télétravail est-il devenu l’arme de séduction parfaite pour recruter des salariés ?

Les salariés voient que ça facilite leur organisation personnelle. Les entreprises qui voudraient revenir au monde d’avant, en interdisant totalement le télétravail, prennent le risque de perdre des candidats, voire des salariés qui iront vers des entreprises plus flexibles. Les entreprises en ont pris conscience : en 2020, environ 24.000 accords d’entreprises portant sur le télétravail ont été signés.

Comment les managers doivent-ils s’adapter à cette nouvelle façon de travailler ?

Beaucoup d’entreprises ont déjà profité des aides offertes par l’État pour payer des formations sur le management à distance. Le management hiérarchique, c’est fini. Les salariés attendent un management qui va faire confiance, qui va être basé sur l’autonomie. C’est un vrai changement de culture.

Y a-t-il encore une crainte des DRH sur la productivité en télétravail ?

Nous avons tous constaté que la productivité avait été plus importante en télétravail, avec un point d’attention sur les horaires. Les gens oublient de déjeuner, de se déconnecter le soir, avec le risque d’impact négatif sur la santé.

Selon l’ANDRH, 30 % des DRH interrogés ont dû gérer le déménagement impromptu d’un salarié dans une autre région. Ces salariés peuvent-ils avoir des sanctions ?

Non, à partir du moment où le salarié peut toujours se rendre sur son lieu de travail. Mais la vraie question, c’est : pourra-t-il vraiment le faire ? Pourra-t-il être à l’heure tous les jours s’il vient travailler à Paris en habitant à Marseille ? Les salariés concernés assurent qu’ils vont se débrouiller. Pour nous, ce n’est pas réaliste.

Par ailleurs, si on autorise ça pour quelqu’un, le collègue va nous demander la même chose et après, c’est compliqué. Si l’accord d’entreprise ne prévoit pas du « 100 % télétravail », alors oui, il peut y avoir faute.

Va-t-on vers une démocratisation du télétravail depuis une autre ville ?

Pour certains métiers, cela pourrait se faire. Mais nous sommes contre le télétravail cinq jours sur cinq, on en a vu toutes les limites : surtravail, problèmes de santé, de sommeil, d’engagement. Si le « 100 % télétravail » se met en place, ce ne sera pas le cas pour la majorité des entreprises ou des secteurs.

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