Abeille, gonette, bou’sol, soNantes, eusko… Tout comprendre aux monnaies locales

ARGENT Rien n’empêche une association ou une collectivité d’inventer un autre support que l’euro

J.P. pour 20 Minutes

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À l'image de la gonette, plus de 80 monnaies locales sont utilisées en France dans une démarche solidaire et responsable.
À l'image de la gonette, plus de 80 monnaies locales sont utilisées en France dans une démarche solidaire et responsable. — La Gonette

Alors que dix-neuf États membres de l'Union européenne utilisent aujourd’hui l' euro, les initiatives privées de monnaies locales se multiplient un peu partout.

Un circuit fermé

Il ne faut pas se tromper : le code monétaire et financier établit que seule la Banque de France est habilitée à émettre les billets ayant cours légal, autrement dit les euros. Conséquence logique : tout commerçant ou entreprise sur le territoire national est obligé d’accepter cette monnaie, et seulement celle-ci.

Mais rien n’empêche une association ou une collectivité d’inventer un autre support à même de servir de mesure des valeurs pour les échanges commerciaux de proximité. Depuis 2014, la loi reconnaît en effet ces monnaies locales comme un moyen de paiement légal, dès lors que des structures de l’économie sociale et solidaire en sont à l’initiative.

En revanche, elles ne peuvent être utilisées que dans le cadre d’un accord entre les différents utilisateurs et évoluer en circuit fermé. En pratique, il s’agit donc de les employer pour des achats spécifiques et sur un territoire déterminé, le plus souvent une commune ou un regroupement de communes. Vous ne pourrez donc pas déposer ces fonds auprès de votre banque et ils n’intégreront jamais les rouages du système bancaire mondial.

Une démarche solidaire

Loin de constituer un inconvénient, c’est même le principal argument avancé par les adeptes de ces monnaies, conçues pour soutenir une démarche sociale, solidaire, environnementale et responsable. En effet, ne pouvant être échangé que dans une zone déterminée, cet argent se met par essence au service du commerce de proximité. Un bon moyen pour redynamiser l’économie d’un territoire et développer des circuits courts de consommation.

Très en vogue, ces initiatives locales ont ainsi pris la forme d’une démarche militante et citoyenne. D’autant que tous les euros échangés en unités de monnaies locales sont investis dans la finance éthique à travers La Nef, le Crédit coopératif ou le Crédit municipal.

En pratique, cet argent est employé de façon complémentaire à la devise officielle. Des bureaux de change sont mis en place, le plus souvent dans des commerces où professionnels et particuliers peuvent troquer des euros contre des titres de paiement locaux de même valeur, afin d’éviter la fastidieuse étape de la conversion. Dans cette même optique de simplicité, les centimes sont également rendus en euros.

Une multitude de monnaies

La France recenserait plus de 80 monnaies locales, tandis que quelques milliers circuleraient au niveau mondial. Pionnière sur le territoire national, l’association Agir pour le vivant a créé l’abeille en janvier 2010, à Villeneuve-sur-Lot. En l’occurrence, les entreprises participantes signent une charte de qualité qui les engage dans le respect de l’environnement, des conditions de travail ou encore de l’utilité de leurs biens et services. À Toulouse, la sol-violette connaît un très beau succès depuis son lancement en mai 2011 en tant que « monnaie complémentaire et solidaire ».

L’Eusko a été lancé la même année dans le Pays basque et connaît depuis une croissance fulgurante, avec plus de 2 millions d’unités en circulation. Citons encore la doume dans le Puy-de-Dôme, la luciole en Ardèche ou encore la gonette à Lyon, qui recensait plus de 251.000 unités en circulation en 2020. Et, développement des paiements dématérialisés oblige, plusieurs de ces monnaies proposent également une version numérique.