Cinq mois de grève pour du boulot... légal

— 

Dans l'agence d'intérim VediorBis de l'avenue Daumesnil, à Paris, la lumière reste allumée jusque très tard le soir. Et pour cause : une vingtaine d'intérimaires sans papiers, soutenus par la CGT, occupe les lieux jour et nuit depuis le 30 septembre 2008. Ils sont couvreurs, aides-cuisiniers ou agents d'entretien, et souhaitent tous obtenir leur régularisation par le travail.

Déjà difficile en temps normal, leur lutte se complique sur fond de crise économique. « On a aussi occupé des agences Manpower, qui a ouvert des procédures de régularisation depuis, et on occupe une agence Adecco, ailleurs dans Paris, pour mettre la pression sur tout le secteur, explique Yannick Poulain, de l'Union syndicale de l'intérim CGT, qui encadre la grève.

Un Sénégalais d'une quarantaine d'années, vêtu d'une veste de costume et de tongs, témoigne sous couvert d'anonymat : « Je travaille depuis sept ans dans la restauration. Je sais faire la plonge, les croissants, les baguettes, les sauces... Mais je vis dans un foyer, on est à deux dans une chambre simple. »

Poseur de voies pour la RATP et la SNCF, un Malien confirme : « On est là pour travailler, on n'est pas là pour voler ou faire des problèmes. On m'a proposé 5 000 eur pour rentrer au Mali, mais je n'ai pas voulu. C'est ce que je gagne en quatre mois en France. » « C'est dur, on est fatigués, on dort mal et il fait froid, commente un compatriote, de Bamako. Mon frère, qui a des papiers, m'aide car cela fait neuf mois que je ne travaille pas. »

Les grèves ont permis d'engager des discussions avec les patrons de l'intérim (le Prisme) et le ministère de l'Immigration pour obtenir des conditions de régularisation plus souples. « Au départ, les critères étaient complètement inadaptés, estime Yannick Poulain. Il fallait avoir passé un an dans la même boîte d'intérim et dans la même entreprise utilisatrice. » A présent, les dossiers sont examinés au cas par cas par le préfet, qui vérifie d'autres critères : ancienneté de séjour en France de cinq ans, emploi dans un métier en tension, promesse d'embauche ferme ou d'au moins douze mois de missions, etc. Le frein le plus souvent évoqué est l'obligation de paiement par l'employeur d'une taxe à l'Agence nationale d'accueil des étrangers et des migrations (Anaem), qui s'élève à 893 eur dans le cas d'un salarié touchant moins d'un smic et demi. Certains sans-papiers ont même proposé à leur patron de la payer de leur poche, sans succès. Mais la fin est peut-être proche : après cinq mois d'occupation, Vediorbis et Adecco ont accepté, il y a deux semaines, d'ouvrir des négociations. ■L. M.