« J’ai trouvé ma voie »… A l’Afpa, les jeunes « décrocheurs » scolaires redécouvrent leur potentiel

REPORTAGE Environ 3.000 jeunes sont déjà inscrits dans ce programme national

Nicolas Raffin

— 

Une sortie de lycée à Sophia-Antipolis (Illustration).
Une sortie de lycée à Sophia-Antipolis (Illustration). — SYSPEO/SIPA
  • Depuis quelques mois, l’Afpa a lancé la « Promo 16-18 », pour aider les jeunes de 16 à 18 ans éloignés de toute formation à retrouver le milieu scolaire ou professionnel. 20 Minutes est allé à leur rencontre.
  • Les formateurs misent sur la responsabilisation et l’esprit de groupe pour faire progresser ces « décrocheurs ».
  • Les premiers résultats de ce programme financé par l’Etat montrent que 60 % des participants trouvent un débouché à la sortie.

Une salle de cours dans le 11e arrondissement de Paris. Des jeunes de 16-17 ans assis. Un adulte au tableau. Malgré les apparences, nous ne sommes pas dans un lycée mais dans un centre de l’Afpa, organisme de formation professionnelle. Depuis quelques mois, il accueille, un peu partout en France, un nouveau public : des jeunes « décrocheurs », des ados qui ne sont ni scolarisés, ni en formation professionnelle. Le but étant de les remotiver et de les aider à concrétiser un projet d’emploi ou de formation.

Depuis septembre 2020, toute personne âgée de 16 à 18 ans a en effet une « obligation de formation ». Les missions locales ont donc été chargées d’identifier les jeunes en difficulté (absences prolongées au lycée, départ brutal d’un centre de formation d’apprentis, mineurs étrangers…) et de les diriger ensuite vers le dispositif de l’Afpa, baptisé «  Promo 16-18 ». Depuis son démarrage, fin 2020, environ 3.000 jeunes ont été inclus dans le programme, financé par l’État, qui doit former 35.000 décrocheurs d’ici à 2022.

Motivation et responsabilisation

Ce mercredi, ils sont une quinzaine assis autour de la table dans ces locaux parisiens de l’Afpa. Certains sont là depuis peu, d’autres arrivent presque au bout du programme de 13 semaines. L’exercice du jour est le même pour tous : apprendre à se valoriser. Devant le tableau, Eugénie, la formatrice, indique la règle du jeu : « Vous allez compléter la phrase suivante : "je suis quelqu’un qui…" en expliquant votre talent ».

Après quelques minutes de réflexion, les jeunes se lancent. « Je suis quelqu’un qui est sociable, affirme Mamadou. Là, par exemple, on est en groupe. Si quelqu’un est à l’écart, je vais venir le voir ». « Je suis quelqu’un qui aime la réussite, assure de son côté Abdallah. Quand je dois faire un truc, si ça ne marche pas, je deviens fou. Je ne lâche jamais ce que j’entreprends ».

« Apprendre autrement qu’avec des notes »

Attentive, Eugénie écoute chaque réponse et motive son petit groupe : « Toutes ces qualités – courage, persévérance, sociabilité – vont vous aider dans votre vie de tous les jours, mais aussi quand vous ferez votre CV ». L’ambiance est loin d’être celle d’une salle de cours classique, où un professeur viendrait dérouler son exposé. Ici, chacun est responsabilisé et invité à se prendre en main.

« Nous n’avons pas un rapport professeur-élève avec eux, confirme Vincent Cristia, directeur général délégué de l’Afpa. Nous les traitons comme des adultes, et c’est quelque chose qui est énormément apprécié ». « Au début, ils ont l’impression qu’il n’y a que l’Education nationale qui peut transmettre des connaissances, appuie Aurore Dardol, responsable de la "Promo 16-18". Mais peu à peu, ils se rendent comptent qu’ils peuvent apprendre autrement qu’avec des notes et des sonneries de classe. »

60 % de « sortie positive » du programme

Pendant les 13 semaines du programme, l’Afpa leur propose en effet des ateliers « à la carte », en fonction des envies ou des goûts de chaque jeune : élaboration d’un CV, simulation d’entretien, renforcement de certaines compétences. Ils peuvent aussi bénéficier des plateaux techniques de l’organisme pour découvrir la réalité de plusieurs métiers : hôtellerie-restauration, petite enfance, métiers de la fibre, informatique… Les seules exigences sont le respect des horaires et du groupe dans lequel chaque « décrocheur » se trouve.

Les résultats de cette méthode ? Plutôt bons, selon Vincent Cristia. « Sur 600 jeunes qui ont déjà bouclé le parcours, 360 (soit 60 %) ont connu une sortie positive, c’est-à-dire qu’ils ont trouvé un emploi, une place en apprentissage, un service civique ou encore un contrat aidé. 120 jeunes (20 %) ont suivi tous les ateliers mais n’ont pas encore de débouché. Et 120 autres ont abandonné en cours de route ».

« C’est à nous de travailler »

El Hadj fait partie des « bons élèves ». Arrivé seul de Guinée-Conakry il y a quelques mois avec le projet d’être footballeur, il a vite déchanté et s’est retrouvé sans rien. « J’ai été repéré par une association qui m’a aidé et dirigé vers l’Afpa, raconte-t-il. Je me suis intéressé au métier de boulanger, et j’ai trouvé un patron qui va m’accueillir à partir de septembre ».

Pour Andrea, âgée de 17 ans, ce sera un apprentissage dans le secrétariat médico-social. Elle avait quitté son lycée l’année dernière « parce que ma religion – l’adventisme – ne me permettait pas d’aller en cours le samedi et mon établissement ne voulait pas le prendre en compte ». Avec l’Afpa, « j’ai trouvé ma voie, se réjouit-elle. Ici, on ne nous oblige pas à faire. C’est à nous de travailler, de postuler ».