« Il y a un vrai côté psychologique avec la déclaration d’impôts, toujours la peur de se tromper »

INTERVIEW Avec « Allo-Impôt », l’Ordre des experts-comptables aide les contribuables à remplir leur déclaration de revenus, explique son président, Lionel Canesi

Propos recueillis par Maureen Songne
Illustration impôts
Illustration impôts — ROMAIN DOUCELIN/SIPA
  • Pour les habitants des départements allant du 01 au 19, la date limite pour déclarer ses revenus en ligne, c’est ce mercredi, le 26 mai. Pour les autres, le délai court jusqu’aux 1er et 8 juin.
  • Jusqu’à vendredi, l’Ordre des experts-comptables aide gratuitement par téléphone les Français à remplir leur déclaration.
  • « Ils ont besoin d’explications sur la fiscalité et ce n’est pas simple », note Lionel Canesi, le président de l’Ordre des experts-comptables.

Le compte à rebours est lancé. Les habitants des départements allant du 01 au 19 ont jusqu’à demain mercredi, le 26 mai, pour faire leur déclaration de revenus en ligne. Et pour les autres, le délai court jusqu’aux 1er juin et au 8 juin. Mais comment faire en cas de doute ? Puisque tout le monde n’est pas forcément très à l’aise avec la fiscalité, les  experts-comptables proposent leur aide. Chaque année depuis dix ans, ils sont un millier à participer à l’opération « Allo-Impôt », pour aider gratuitement quiconque s’arrache les cheveux face à sa déclaration.

De ce mardi à vendredi, de 9 à 18h, un numéro vert (0 8000 65432) est ouvert. Il y a même deux nocturnes de prévues, ce soir et jeudi, jusqu’à 21h. Lionel Canesi, le président de l’Ordre des experts-comptables, explique à 20 Minutes en quoi cette aide peut être utile, notamment avec les nouveautés de cette année liées au Covid-19.

En quoi cette mobilisation des experts-comptables est-elle nécessaire selon vous ?

L’idée est d’accompagner les particuliers dans leur déclaration lorsqu’ils rencontrent des problèmes. Nous avons une expérience et une compétence fiscale, nous faisons beaucoup de déclarations pour nos clients. Donc on s’est dit que faire une opération citoyenne pour les particuliers qui avaient des difficultés, cela faisait sens.

Le constat qu’on a eu, et qui est encore vrai, c’est la difficulté à remplir sa déclaration dans certains cas. Lorsqu’on est salarié, généralement, il n’y a pas de soucis, il faut juste entrer son salaire. Mais dès qu’on commence à avoir des plus-values, des déductions particulières, cela complique le calcul.

En quoi la fiscalité peut-elle faire « peur »  ?

Les particuliers ont besoin d’explication sur la fiscalité, et ce n’est pas simple. Un exemple : la nouveauté sur le télétravail avec la pandémie. Il y a la possibilité de déduire 2,50 euros par jour télétravaillé dans la limite de 550 euros annuels. La question est : « Est-ce que je choisis ces frais réels et j’intègre ces 550 euros ou est-ce que je choisis l’abattement de 10 % ? ». Il y a des calculs à faire sur ce qui est le plus intéressant.

Ce rôle de pédagogie ne devrait-il pas incomber à l’Etat plutôt qu’à des bénévoles ?

Il le fait aussi. Mais on ne va pas voir la police pour dire que l’on est passé au feu orange et demander conseil. C’est compliqué d’aller aux impôts et de demander des explications. Aller voir un expert-comptable qui explique la loi, c’est plus simple. En termes de pédagogie, l’expert est plus libre.

Parmi les nouveautés cette année, il y a donc le télétravail…

Oui, essentiellement le télétravail. Avec des questions comme : « Peut-on déduire son loyer de sa déclaration des revenus étant donné que l’on a travaillé chez soi cette année ? » La réponse est non. Mais il y a aussi la fin du crédit d’impôts de transition énergétique, la possibilité de déduire une certaine somme quand on fait des travaux chez soi.

Cette année, il y a par ailleurs le formulaire 2042, la déclaration des revenus sociaux des travailleurs indépendants, qui est désormais fusionnée avec la déclaration d’impôts sur les revenus. C’est une source de complexité.

Quelles questions reviennent le plus souvent ?

Il y en a beaucoup par rapport aux enfants. « Doit-on déclarer les revenus que nos enfants gagnent ? », « mes enfants sont étudiants, je les rattache au foyer fiscal ou ils font une déclaration à part ? ». Là encore, il y a des calculs à faire. « J’ai touché des dividendes, est-ce que je choisis l’abattement de 40 % ou est-ce que j’opte pour la taxe de 30 % » ? Il y a aussi souvent des interrogations sur ce qu’il est possible de déduire ou pas lorsque l’on achète une fenêtre ou une chaudière. Dans tous les cas, il existe des interprétations.

Quels retours avez-vous des contribuables ?

Ce sont souvent les personnes âgées qui nous remercient car elles n’arrivaient pas à s’en sortir. Il y a un vrai côté psychologique avec la déclaration d’impôts, qui reste fort. Toujours cette peur de se tromper et de se faire contrôler derrière. Les experts-comptables, nous, on rend l’impôt facile.