Grasse : Le coronavirus a-t-il changé la façon de créer le parfum ?

ODEURS L’anosmie ou perte de l’odorat est l’un des symptômes du coronavirus qui peut affecter directement les parfumeurs dans leur travail

Elise Martin

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L'usine historique de Fragonard, à Grasse
L'usine historique de Fragonard, à Grasse — Fragonard Parfumeur
  • Les parfumeurs ont continué de travailler, parfois à distance, malgré la peur de perte de « leur outil de travail ».
  • Les demandes les plus importantes des clients concernent depuis le premier confinement, les « ambiances », bougies parfumées et diffuseurs.
  • En ce qui concerne les odeurs, les fragrances qui ont du succès sont celles qui se rapprochent du naturel et du floral et non pas « des choses complexes », indique la directrice communication de Fragonard Parfumeur.

Le Covid-19 a fait naître des craintes inattendues dans tous les secteurs d’activité, notamment dans celui de la création de parfums. « Le nez est l’outil de travail des parfumeurs, indique Charlotte Urbain, directrice culture et communication chez Fragonard Parfumeur. Beaucoup avaient peur d’attraper ce virus et de perdre l’odorat, l’un des symptômes du Covid-19. Mais il n’y avait pas que l’anosmie. Ils étaient aussi angoissés de sentir de manière erronée et de ne plus avoir la même perception des odeurs que le reste de la population. »

A Grasse, la capitale du parfum, les créateurs de fragrances connaissent depuis un an des changements dans leur façon de travailler. La responsable développe : « Pour ne pas prendre de risque, les parfumeurs composent, de chez eux, par ordinateur la formule qu’ils envoient au laboratoire, là où le mélange est fait. Ensuite, le laboratoire renvoie l’échantillon par courrier ».

« On a tendance à sous-estimer le rôle et le pouvoir de notre nez »

Attractive Scent, une plus petite entreprise de la région, a fait autrement. « On ne peut pas dématérialiser le sens. La partie olfactive, comme le contrôle qualité des produits, nécessite une présence dans notre usine. On a alors accentué les mesures de sécurité et dédié un bureau à nos parfumeurs. On ne voulait pas perdre notre main-d’œuvre qualifiée qui crée. C’est très difficile à remplacer », explique l’un des créateurs, Marc Langasque.

« L’orgue du parfumeur » dans une usine de Fragonard Parfumeur
« L’orgue du parfumeur » dans une usine de Fragonard Parfumeur - Fragonard Parfumeur

Si la présence du parfumeur est préférable pour la confection du produit, pour l’achat aussi les clients se déplacent majoritairement avant de faire leur choix. « C’est dommage de ne pas avoir été considéré "essentiel", regrette Charlotte Urbain. Heureusement, on a une clientèle fidèle qui commande en ligne. Mais elle a besoin de conseils et de venir en boutique pour tester. On a tendance à sous-estimer le rôle et le pouvoir de notre nez sur nos humeurs. On a besoin de bonnes odeurs pour se sentir bien ».

Revenir au naturel et à l’essentiel

Un constat que fait aussi le responsable d’Attractive Scent. Depuis la crise sanitaire, les demandes « d’ambiances » pour la maison sont importantes. « Mais ce qui fonctionne le mieux, c’est la détergence parce que les gens se lavent beaucoup plus les mains et veulent des choses différentes. »

Chez Fragonard aussi, des tendances en termes de goûts se sont démarquées depuis le premier confinement. « On a beaucoup de demandes pour des bougies ou des diffuseurs. Et les fragrances plus naturelles et florales récoltent plus de succès que des choses complexes avec 150 composantes. On sent que la population a besoin de revenir à l’essentiel. » Le groupe mise alors sur sa gamme « Les fleurs du parfumeur » pour attirer « les citadins privés de nature » vers des parfums « ensoleillés et frais qui représentent le sud de la France ».