Les voitures électriques moins chères que les véhicules essence ou diesel ? C’est pour bientôt

AUTOMOBILE Une étude publiée ce lundi montre que l’électrique pourrait devenir plus abordable d’ici à quelques années

Nicolas Raffin
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Un véhicule électrique branché sur une prise (Illustration).
Un véhicule électrique branché sur une prise (Illustration). — ROMUALD MEIGNEUX/SIPA
  • Selon une étude de BloombergNEF, le prix des véhicules électriques – hors subventions de l’Etat – atteindra celui des véhicules essence et diesel dans six à sept ans.
  • Cette parité de prix est liée à la diminution du coût des batteries et au réaménagement des chaînes de production.
  • Pour accélérer ce cercle vertueux, certains plaident pour des incitations financières, d’autres pour un durcissement des normes d’émission de CO2.

D’ici à quelques années, le prix des voitures électriques neuves ne devrait plus être un frein à l’achat. Selon une étude de BloombergNEF parue ce lundi et réalisée pour l’ONG Transport et Environnement (T & E), elles vont devenir progressivement moins chères que les voitures « thermiques » (à moteur essence ou diesel) entre 2025 et 2027, selon les modèles.

Actuellement, à véhicule identique, l’électrique est jusqu’à 30 % plus cher à l’achat. Alors pourquoi le prix va-t-il baisser ? Selon Bloomberg, le gain principal viendra des batteries, dont le coût est en baisse constante depuis 2010. Une tendance qui devrait se poursuivre dans les prochaines années. En 2024, grâce aux évolutions technologiques, une batterie pourrait coûter 30 % moins cher qu’aujourd’hui.

Concrètement, pour une Renault Zoé (une des voitures électriques les plus vendues), cela représenterait une économie d’environ 2.300 euros par voiture produite. « C’est un scénario plutôt optimiste, puisqu’il prévoit une baisse continue du prix des batteries, nuance Joseph Beretta, expert dans le domaine de la mobilité électrique. Or, des pénuries temporaires de certains composants ne sont pas à exclure dans les prochaines années, ce qui freinerait cette baisse des coûts ».

L’horizon 2026

Des voitures électriques « bon marché », cela passe aussi par du changement dans les usines automobiles. Actuellement, elles sont souvent assemblées à partir d’une base pensée pour les véhicules thermiques, qui n’est donc pas optimale (par exemple pour installer les batteries). D’après Bloomberg, les constructeurs, poussés par le développement des normes antipollution et les prix des batteries en baisse, vont privilégier des plateformes (le « squelette » du véhicule) pensées spécialement pour l’électrique, ce qui fera diminuer leur coût de production.

De nombreux pays ont en effet prévu d’interdire dans les prochaines années la vente de voitures neuves équipées de moteur thermiques : 2025 pour la Norvège, 2030 pour le Danemark et les Pays-Bas, et 2040 pour la France, par exemple. A cela pourraient s’ajouter des normes environnementales encore plus contraignantes, et des dispositifs fiscaux pénalisants pour les voitures très polluantes. Tout cela devrait inciter les constructeurs à se tourner massivement vers l’électrique.

Ces différents gains économiques, accompagnés de choix politiques, devraient permettre aux voitures électriques d’être moins chères et plus attractives que leurs homologues essence ou diesel, en ôtant de l’équation les incitations mises en place par l’Etat. Selon Bloomberg, dans la catégorie C (berlines compactes type Peugeot 308, Renault Mégane ou Golf), l’électrique aura le même prix que le thermique en 2026 (voir graphique ci-dessous), puis deviendra moins cher ensuite. Pour les citadines de la catégorie B (Clio, Citroën C3, Peugeot 208), le point de bascule sera atteint en 2027.

Selon Bloomberg, les berlines compactes électriques (segment C) vont voir leur prix baisser fortement dans les prochaines années.
Selon Bloomberg, les berlines compactes électriques (segment C) vont voir leur prix baisser fortement dans les prochaines années. - ONG T&E/Rapport Bloomberg

« Une bonne nouvelle pour le climat », mais…

Ce mouvement aura un effet sur les consommateurs. L’étude prévoit une croissance rapide des achats de voitures 100 % électriques (hors hybrides) : en Europe de l’Ouest (France, Allemagne, Royaume-Uni), leur part de marché devrait tripler d’ici à 2025, passant de 5 à 15 % du total des voitures neuves vendues. En 2030, Bloomberg estime même que sur dix véhicules neufs achetés, sept seront des modèles électriques.

« C’est une bonne nouvelle pour le climat, estime dans un communiqué Diane Strauss, directrice de T & E en France. Une voiture électrique émet quatre fois moins de CO2 que son homologue thermique, même en comptant la fabrication de la batterie ». Interrogée par 20 Minutes, elle précise : « le mouvement vers la fin du thermique est enclenché. La question porte maintenant sur la vitesse de cette transition. Pour nous, il faut un renforcement des normes antipollution dès maintenant, afin de pousser les constructeurs à massifier la production en électrique, ce qui fera baisser les prix. Sans cela, il pourrait y avoir une stagnation des ventes pendant quelques années, avant l’interdiction définitive des voitures essence et diesel ».

Trouver une borne sans faire vingt bornes

De son côté, Arnaud Aymé, spécialiste des transports chez Sia Partners, soulève un autre problème fondamental. « Même si la majorité des trajets se font sur de courtes distances, il faudra rassurer le conducteur sur le fait qu’il pourra utiliser son véhicule électrique pour partir en vacances. Cela passe par le développement massif d’un réseau de bornes de recharges partout sur le territoire ».

Or d’après le spécialiste, l’ambition actuelle du gouvernement, qui vise 100.000 bornes fin 2021, nécessite des actes forts. « Le problème des bornes sur la voie publique, c’est qu’il n’y en a pas assez et qu’actuellement, ce n’est pas forcément rentable, poursuit-il. Pour amortir le coût d’installation, il faut qu’elle soit souvent utilisée. Aujourd’hui, certaines ne voient passer que deux voitures par jour. Donc pour que les investisseurs en construisent massivement, il faudrait que l’État leur garantisse un revenu minimal au départ, puis qu’il diminue cette aide au fur et à mesure du déploiement des véhicules électriques ». Vous voilà désormais au courant des défis du secteur pour les prochaines années.