Coronavirus : Quelles solutions seraient efficaces pour lutter contre la pauvreté des 18-25 ans ?

CRISE L’association France Urbaine, qui regroupe les grandes villes françaises, propose au gouvernement quatre expérimentations pour lutter contre la précarité des jeunes

Delphine Bancaud

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Illustration de la pauvreté chez les jeunes
Illustration de la pauvreté chez les jeunes — Pixabay
  • Les grandes villes veulent apporter des réponses à la précarité croissante des 18-25 ans, encore aggravée par la crise du coronavirus.
  • L’association France Urbaine, qui regroupe les grandes villes du pays, propose au gouvernement quatre expérimentations.
  • Celles-ci consistent en des aides matérielles, un accompagnement financier de leur recherche d’emploi…

La France est l’un des pays de la zone euro où le chômage des jeunes atteint les niveaux les plus alarmants. Près d’une personne de moins de 25 ans sur cinq en France (18,4 %) ne travaillait pas en janvier dernier, selon les statistiques Eurostat rendues publiques en mars. Et les moins de 25 ans représentent désormais près de la moitié des bénéficiaires des Restos du cœur.  Une précarité qui a crû avec la crise du coronavirus, et « les maires ont été en première ligne pour constater leur détresse », souligne Johanna Rolland, l’édile (PS) de Nantes et présidente de France Urbaine, qui regroupe les plus grandes villes françaises.

Impossible alors pour les maires des métropoles de rester de marbre devant ces difficultés, d’autant que 75 % des 18-24 ans vivent en zone urbaine. Même si chaque municipalité possède son lot d’aides sociales à destination des plus fragiles, les maires des grandes villes estiment qu’il est possible de leur donner un coup de pouce supplémentaire. A condition que l’Etat les aide dans cette voie. Du coup, France urbaine suggère que quatre expérimentations différentes – à destination des jeunes – soient menées dans douze grandes villes volontaires dès 2022. Une même expérimentation serait menée dans trois villes et durerait deux ans, permettant à 1. 000 jeunes par territoire d’en bénéficier. Un bon moyen d’adapter les aides à la problématique de chaque territoire et d’évaluer ensuite celles qui s’avéreront les plus efficaces.

« Coup de pouce financier » ou aide à la recherche d’emploi

La première expérimentation répondrait à la « logique du coup de pouce financier ». Elle consisterait à faciliter l’accès des 18-24 ans aux biens et services essentiels via une plateforme. Celle-ci détaillerait toutes les aides qui leur seraient proposées localement : paniers alimentaires, aide au permis de conduire, accompagnement financier pour des soins, tarification sociale pour l’eau et l’électricité, équipement informatique…

Deuxième idée : proposer un « accompagnement financier sécurisant la recherche du premier emploi pour chaque jeune de moins de 30 ans », suggère Mathieu Klein, le maire (PS) de Nancy, rapporteur de l’étude de France urbaine sur le déploiement des expérimentations. « Il s’agirait d’une aide financière qui leur serait accordée en contrepartie d’une inscription au service public de l’emploi », explique-t-il. Cette aide mensuelle serait de 495 euros pour les jeunes habitants seuls et de 300 pour les jeunes vivant dans leur famille. La durée de versement serait adaptée aux difficultés d’insertion (liées au niveau de diplôme) : de 4 mois (bac +5) à 15 mois (non diplômé). En parallèle, le jeune serait accompagné dans sa recherche d’emploi par un référent unique, ce qui permettrait un suivi plus qualitatif.

Le gouvernement financera-t-il ces expérimentations ?

La troisième expérimentation vise à généraliser la Garantie jeunes, qui consiste en une allocation mensuelle et un accompagnement renforcé du jeune en mission locale. « Car actuellement, elle exclut les travailleurs précaires, les jeunes sortant d’études… », indique Mathieu Klein. Enfin, la quatrième initiative consisterait à « un revenu de solidarité jeunesse ». « Il serait versé sous condition de ressources, réservé aux actifs et ne concernerait pas les étudiants. Et son montant mensuel (565,34 euros) diminuerait en fonction des revenus du jeune bénéficiaire », explique Mathieu Klein.

Reste à savoir si le gouvernement décidera ou non de mettre la main à la poche pour lancer ces expérimentations. Pour répondre aux conséquences de la crise sanitaire sur les moins de 30 ans, il a déjà mis en place le plan « un jeune, une solution ». Mais refuse l’idée d’un RSA pour les moins de 25 ans, alors que les associations humanitaires le demandent régulièrement.

Le coût de ces expérimentations s’élèverait à un peu plus de 50 millions d’euros pour les 12.000 jeunes qui y prendraient part. « Nous proposons que l’Etat prenne en charge la partie allocations monétaires et que les métropoles financent l’ingénierie et l’accompagnement humain », précise Johanna Rolland. « Le gouvernement a déjà montré son intérêt significatif pour notre démarche », indique de son côté Mathieu Klein. Et selon lui, « l’échéance électorale de 2022 ne devrait pas être un obstacle ». Elle pourrait même inciter le gouvernement à s’intéresser davantage à l’électorat jeune…