À qui va profiter la « justice sociale » ?

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Le sommet social de mercredi, qui a réuni les partenaires sociaux à l'Elysée, a débouché sur des « mesures de justice pour ceux qui n'ont jamais droit à rien », a assuré hier le Premier ministre, François Fillon, sur RTL. Décryptage.

Combien représente cet argent ?

Les 2,6 milliards d'euros lâchés représentent moins que les exonérations de cotisations sociales sur les heures supplémentaires en 2008 (2,8 milliards). Ils sont aussi inférieurs d'un milliard au « bouclier fiscal » - la baisse d'impôts consentie, notamment, aux redevables de l'impôt de solidarité sur la fortune.

Baisse des impôts Six millions de foyers fiscaux, sur un total de 33 millions, bénéficieront d'une baisse de 66 % de leur impôt sur le revenu ou d'un chèque de restitution. En théorie, cela concerne deux millions de foyers à bas salaires (entre 5 853 euros et 11 673 euros par an après déduction des 10 %). En fait, avec le quotient familial, une personne seule déclarant 11 200 euros par an, comme un couple avec trois enfants déclarant 45 000 euros, fait partie de cette « première tranche » imposée à 5 %. Or, le célibataire fera une économie de 23,30 euros contre 816 euros pour la famille, selon un calcul réalisé hier par Les Echos. Le mécanisme s'appliquera également à deux millions de foyers non imposables (sur 17 millions) du fait de réductions ou de crédits d'impôts, de même qu'à deux millions de foyers déclarant jusqu'à 12 000 euros environ (après déduction des 10 %).

Les chômeurs indemnisés davantage Une prime de 500 euros est créée pour les salariés ayant cotisé entre deux et quatre mois à l'assurance-chômage sur 28 mois. Bercy table sur 234 000 bénéficiaires (surtout des jeunes, des intérimaires et des CDD), alors que 2,8 millions de salariés occupent un emploi précaire.

Par ailleurs, après avoir relevé de 800 à 1 000 heures par an le contingent légal de chômage partiel, l'Etat est prêt à financer la moitié d'une hausse de l'indemnisation de 60 à 75 % du salaire brut. La mesure est prévue pour 300 000 salariés. L'an dernier, l'Etat a dépensé 50,5 millions d'euros pour financer le chômage partiel.

Des cadeaux pour les familles Le chef d'Etat a ciblé la moitié des 6,6 millions de bénéficiaires de prestations familiales, qui perçoivent l'allocation de rentrée scolaire (ARS). Ces foyers comptent au moins un enfant de 6 à 18 ans et ne gagnent pas plus de 1 860 euros brut par mois (2 300 euros pour deux enfants). Quel que soit le nombre d'enfants, ils recevront 150 euros. Le chèque emploi-service de 200 euros, lui, concerne 660 000 personnes âgées recevant l'allocation personnalisée d'autonomie (sans conditions de ressources), 140 000 foyers avec un enfant handicapé et 470 000 familles employant une assistante maternelle ou garde à domicile jusqu'à 43 000 euros de revenus bruts annuels. ■ A. Benoit et C. Fournier