Air France-KLM : Un milliard d’euros d’argent levés pour faire face à la crise

AVIATION La compagnie aérienne française regagne un nouveau souffle malgré les perturbations toujours générées par la crise du coronavirus

20 Minutes avec AFP

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(Illustration) Le Boeing A318 de la compagnie Air France.
(Illustration) Le Boeing A318 de la compagnie Air France. — Massimo Insabato/Mondadori Portf/SIPA

Un milliard d’euros d’argent frais, après 3 milliards de dette épongée :  Air France-KLM a annoncé ce lundi le succès de son augmentation de capital, une étape dans le plan de soutien au groupe aérien accablé par la crise du Covid-19.

Sur le 1,036 milliard d’euros levés, plus de 593 millions proviendront de l’Etat français, qui va voir sa participation doubler à 28,6 %, selon les chiffres diffusés dans un communiqué par la société franco-néerlandaise. Le 6 avril, le gouvernement français avait déjà accepté de convertir 3 milliards d’euros de prêts directs – consentis au début de la crise sanitaire – en quasi-fonds propres pour réduire la dette d’Air France-KLM et lui permettre de revenir à terme se financer sur les marchés.

Une année sombre dans le ciel

La pandémie et son cortège de fermetures de frontières et autres restrictions aux déplacements ont privé l’entreprise des deux tiers de ses clients en 2020. Le groupe a perdu 7,1 milliards d'euros l'année dernière​, tandis que sa dette a presque doublé à 11 milliards.

Conformément au plan annoncé il y a deux semaines, l’un des autres importants actionnaires, la compagnie chinoise China Eastern, a souscrit à l’augmentation de capital, sa participation passant de 8,8 % à 9,6 %. Ses nouvelles actions équivalent à un investissement de 115,9 millions d’euros. En revanche, l’Etat néerlandais, qui détenait 14 % d’Air France-KLM avant l’augmentation de capital, a décidé de ne pas y participer et va donc se retrouver mathématiquement dilué, à 9,3 % des parts.

Même conséquence pour Delta Air Lines : le géant américain contrôlait la même proportion de capital que China Eastern avant l’opération clôturée ce lundi, mais la réglementation de son pays d’origine lui interdisait d’y participer en tant que récipiendaire d’aide publique. La compagnie d’Atlanta va tomber à 5,8 % de l’ensemble franco-néerlandais.

« Le produit de l’augmentation de capital sera affecté au renforcement des fonds propres d’Air France. Air France utilisera le montant affecté pour conforter ses liquidités et financer ses besoins généraux dans le contexte de la crise Covid-19 », a précisé Air France-KLM.

Confiance en l’avenir

L’Etat néerlandais mène séparément des discussions avec la Commission européenne sur une aide à KLM, mais celles-ci n’ont pas encore abouti, dans le contexte de négociations houleuses pour former un nouveau gouvernement après les élections législatives du mois dernier.

« Le succès de notre augmentation de capital et le soutien renouvelé de nos principaux actionnaires témoignent de la confiance des investisseurs dans les perspectives du groupe, dont la solidité financière est renforcée grâce à ces premières mesures de recapitalisation », s’est félicité le directeur général d’Air France-KLM, Benjamin Smith, cité dans le communiqué.

Plus tôt ce lundi, Benjamin Smith, malgré la crise sanitaire, s’est dit optimiste à moyen et long terme pour son activité. L’intérêt des investisseurs pour l’augmentation de capital montre qu'« il est évident que notre secteur d’activité sera toujours là à l’avenir », a-t-il affirmé lors d’un symposium en ligne, le World Aviation Festival.

De nouvelles pertes attendues en 2021

Air France-KLM a dit s’attendre à une nouvelle perte d’exploitation de 1,3 milliard d’euros au premier trimestre 2021, ses compagnies (Air France, KLM, Transavia) restant grevées par d’importants coûts fixes, dont leur flotte d’appareils.

La conversion d’une partie de la dette et la recapitalisation ne constitueront qu’une « première étape » sur le chemin d’un rétablissement, avait concédé le groupe début avril. A l’époque, le ministre français de l’Economie Bruno Le Maire avait évoqué une nouvelle aide à l’avenir : « nous verrons bien quelle sera la situation du secteur aérien dans les prochains mois, mais je ne dirai pas que c’est la dernière aide que nous octroyons à Air France », avait-il déclaré à Bloomberg TV.

Toutes ces opérations s’effectuent sous l’œil de la Commission européenne, qui y a mis plusieurs conditions. L’Etat français s’est engagé à réduire sa participation à terme, et Air France a accepté de céder 18 créneaux de décollage et d’atterrissage à l’aéroport parisien d’Orly, très convoités par la concurrence. L’entreprise sera limitée dans ses acquisitions et ne versera pas de dividende tant que les aides ne seront pas remboursées.