«L'impôt sur le revenu n'est pas le meilleur outil pour soutenir le pouvoir d'achat des classes moyennes»

INTERVIEW Vincent Drezet, porte-parole du Syndical national unifié des impôts (Snui), analyse les mesures fiscales envisagées par l'Elysée...

Recueilli par Angeline Benoit

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Après avoir conquis l'administration, les logiciels libres attirent de plus en plus les entreprises françaises, un succès motivé par des économies de coût et une plus grande indépendance sur le plan technique.
Après avoir conquis l'administration, les logiciels libres attirent de plus en plus les entreprises françaises, un succès motivé par des économies de coût et une plus grande indépendance sur le plan technique. — Thomas Coëx AFP/Archives
Que signifie «supprimer la première tranche de l'impôt sur le revenu», comme l'envisage l'Elysée?

Cela voudrait dire que l'impôt ne serait plus calculé à partir de 5.853 euros de revenus imposables par an mais à partir de 11.673 euros. Et les 2,1 millions de foyers fiscaux situés dans cette tranche ne paieraient plus d'impôt, soit une économie de 330 euros en moyenne. En théorie, les 16 autres millions de contribuables imposés (sur 35 millions) qui sont au-dessus de la première tranche devraient y gagner aussi car une partie moins importante de leurs revenus serait taxée (à partir de 11 673 euros seulement). Reste que cela coûterait 3 à 5 milliards d'euros à l'Etat, ce qui semble peu probable à un moment où chaque milliard compte.

Et la suppression du deuxième tiers provisionnel?

Quelles que soient les modalités (mensualités en moins ou avis allégé à l'automne), cela veut dire que l'impôt serait diminué d'un tiers pour les foyers dans la première tranche, soit une économie de 110 euros en moyenne. En réalité, cela aboutirait surtout à une hausse de la prime pour l'emploi (PPE), perçue par la majorité de ces contribuables. Le gain serait de 16 euros pour un célibataire déclarant 13.000 euros au fisc (contre 50 euros avec la suppression de la première tranche) et de 176 euros pour un couple sans enfants déclarant 26.000 euros (contre 530 euros avec le scénario le plus coûteux). Le manque à gagner serait de 240 millions d'euros pour l'Etat.

Les classes moyennes seraient-t-elles favorisées?

On ne peut pas contester que ces 2,1 millions de foyers fassent partie de la classe moyenne. Mais ceux qui sont au-dessus et en-dessous de la première tranche aussi. En ciblant cette catégorie, l'Etat procèderait à un saupoudrage symbolique peu coûteux au regard des dépenses totales de l'Etat (185 milliards d'euros). Mais les gains seraient faibles pour les bénéficiaires et feraient beaucoup d'exclus. L'impôt sur le revenu n'est pas le meilleur outil pour soutenir le pouvoir d'achat des classes moyennes. Mieux vaudrait agir sur la taxe d'habitation, la TVA ou les prestations sociales.

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