Les enjeux du sommet social de mercredi

DECRYPTAGE 20minutes.fr fait le point sur les pistes de l'Elysée et les attentes des syndicats, sur fond de vives tensions sociales...

Catherine Fournier et Angeline Benoît

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Le président Nicolas Sarkozy, rencontrant mercredi des syndicats plutôt critiques sur sa politique en matière de protection sociale, leur a annoncé une prime de 200 euros pour le minimum vieillesse et la mise en place en 2009 d'un "cinquième risque" pour les personnes dépendantes.
Le président Nicolas Sarkozy, rencontrant mercredi des syndicats plutôt critiques sur sa politique en matière de protection sociale, leur a annoncé une prime de 200 euros pour le minimum vieillesse et la mise en place en 2009 d'un "cinquième risque" pour les personnes dépendantes. — Patrick Hertzog AFP

Comme il l'avait annoncé lors de son intervention télévisée le 5 février, Nicolas Sarkozy recevra les partenaires sociaux ce mercredi à 15h, en réponse à la forte journée de mobilisation du 29 janvier. Après ce sommet, le président fera une «déclaration» qui sera retransmise au journal télévisé, a indiqué l’Elysée.

Qui sera présent?
Seuls cinq syndicats ont été conviés (CGT, CFDT, FO, CFE-CGC, CFTC), la FSU, l'Unsa, et Sud n'étant pas légalement représentatifs. Le patronat sera aussi de la partie (Medef, CGPME, UPA), ainsi que plusieurs membres du gouvernement, qui ont mené les consultations préalables à ce sommet (Christine Lagarde à l'Economie, Brice Hortefeux aux Affaires sociales, Eric Woerth au Budget, Laurent Wauquiez à l'Emploi, André Santini à la Fonction publique et Martin Hirsh aux Solidarités actives et à la Jeunesse).

Le contexte
Nicolas Sarkozy va tenter de répondre aux nombreuses voix qui s'élèvent pour demander une relance par la consommation et le pouvoir d'achat, sans toutefois donner l'impression de changer de cap. Depuis le 5 février, les conflits sociaux autour des réformes à l'université et de la vie chère en Guadeloupe ont pris de l'ampleur. Les chiffres du chômage explosent et des plans sociaux sont annoncés en cascade. La crise est bien là et une nouvelle journée de revendication est déjà au programme le 19 mars prochain, pour maintenir la pression sur le gouvernement et l'Elysée. Le Président, dont la cote de popularité est en chute libre, n'a pas le droit à l'erreur.

Les pistes
Le Président a donc mis sur la table des négociations un certain nombre de mesures sociales destinées aux premières victimes de la crise, selon lui: les jeunes et le bas des classes moyennes. Objectif: «introduire dans le système plus de justice», après les critiques sur le paquet fiscal en faveur des plus riches et sur les aides accordées aux banques et aux constructeurs automobiles. Signe de cette «justice», la totalité des intérêts perçus par l'Etat dans le cadre des prêts aux banques en difficulté (1,4 milliard d'euros) seront réinvestis dans ces mesures sociales.

Parmi les pistes évoquées, figurent des mesures fiscales: la suppression de la première tranche de l’impôt sur le revenu (IR) ou du deuxième tiers provisionnel. La deuxième option, moins avantageuse pour les 2,1 millions bénéficiaires mais moins coûteuse pour l’Etat, est défendue par Bercy et par les députés de la majorité. (>> à lire, l'interview de Vincent Drezet, porte-parole du Syndical national unifié des impôts)

Mais Nicolas Sarkozy pourrait préférer une «augmentation des allocations familiales», et «pour les personnes âgées qui vivent seules ou les mères de famille seules» un «chèque emploi-service payé par l'Etat».

D’autres mesures fortes sont attendues sur le front de l'emploi. Une nouvelle augmentation du montant d'indemnisation du chômage partiel (60% du salaire brut) est envisagée pour inciter les entreprises à conserver leurs salariés. Quant aux chômeurs, une prime de 200 à 300 euros est envisagée pour les jeunes n’ayant pas encore l’âge du RMI (25 ans) ou pour les salariés n’ayant pas assez cotisé (quatre mois) pour toucher des allocations.

Toujours dans le sens d'une réduction des inégalités, Nicolas Sarkozy a prôné une réflexion sur un meilleur «partage du profit» entre les salariés et les actionnaires, se disant favorable à la règle des trois tiers: un tiers des bénéfices aux salariés, un tiers aux actionnaires et un tiers réinvestis dans l'entreprise.

Les attentes des syndicats
Plusieurs organisations, dont la CFDT, la CGT et FO demandent une revalorisation du smic, l'abandon de certaines dispositions de la loi «paquet fiscal», comme les heures supplémentaires défiscalisées, et l’arrêt du non remplacement d’un fonctionnaire sur deux partant à la retraite. Les syndicats ne se font toutefois guère d'illusions. Au vu de ses contacts avec l’Elysée et le gouvernement, Jean-Claude Mailly (FO) ne s’attend à «aucune réponse sur tout ce qui tourne autour du pouvoir d'achat». Toutefois, selon le quotidien «Les Echos», le Président pourrait avancer du 1er juillet au 1er avril la traditionnelle revalorisation annuelle du smic. Par ailleurs, la ministre de l’Economie Christine Lagarde a jugé «intéressante» l'idée de François Chérèque (CFDT) de créer «un fonds d'investissement social» permettant aux salariés privés d'emploi de se former en échange d'un revenu. Mais elle n’a formulé aucune proposition pour assurer son financement, chiffré à 5 à 6 milliards d’euros par la CFDT. Sans surprise, puisque Bercy reconnaît désormais que le déficit public «dépassera forcément 4,4% du produit intérieur brut (PIB) en 2009», loin des 3 % autorisés par Bruxelles.

Le rendez-vous du 18 février n'est qu'une étape. Toutes ces propositions doivent aboutir à «des décisions» mais aussi à des «processus de négociation», a rappelé Raymond Soubie, le conseiller social de Nicolas Sarkozy. Certains risquent bien de durer plusieurs mois.