Coronavirus dans le Nord-Pas-de-Calais : Les grands ports ont moins souffert du Brexit que de l’épidémie

BREXIT Plus de peur que de mal pour les acteurs Transmanche trois mois après la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne

Mikaël Libert

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Le port de Dunkerque, dans le Nord.
Le port de Dunkerque, dans le Nord. — Dunkerque port
  • Trois mois après le Brexit, les flux de fret et de passagers sont toujours en baisse entre les ports du Nord-Pas-de-Calais et la Grande-Bretagne.
  • Si le trafic lié au tourisme est à un niveau historiquement bas, c’est davantage lié à l’épidémie de coronavirus qu’au Brexit.
  • Néanmoins, les acteurs du transmanche ont trouvé des opportunités, notamment dans le développement des échanges directs avec l’Irlande.

L’effet dévastateur du tant redouté Brexit n’aura finalement pas eu lieu. Certes, la sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne n’est pas sans conséquences pour les acteurs du trafic transmanche que sont les ports de Dunkerque, Boulogne, Calais et Getlink (Eurotunnel). Pour autant, notamment en ce qui concerne les flux de passagers, c’est l’épidémie de coronavirus plutôt que le Brexit qui fait le plus de mal à ces infrastructures.

Que ce soit pour les ports ou le tunnel sous la Manche, la fin d’année 2020 a été marquée par une très nette augmentation des flux de marchandises entre l’Angleterre et la France. L’accord tardif entre l’Union européenne et le gouvernement britannique avait fait planer le spectre d’un divorce à la dure et les entreprises d’outre Manche avaient anticipé, générant un « phénomène de surstockage », assure-t-on au port de Dunkerque. L’infrastructure nordiste avait alors enregistré une augmentation du trafic fret de 30 % en novembre et décembre 2020. Une intensification des flux de marchandises ressentie aussi, dans une moindre mesure chez Getlink avec +11 % en novembre et +8 % en décembre.

Le trafic passagers au plus mal

En revanche, ce fut la chute libre dès le premier janvier 2021. Dunkerque a aussitôt perdu les 30 % gagnés grâce à la fièvre du Brexit. Même constat, en pire, du côté du tunnel sous la Manche avec une baisse du trafic camions de 37 % par rapport au mois de janvier 2020. Mais tout n’est pas à mettre sur le dos du Brexit. « Les trois éléments impactant sur le marché sont le stockage réalisé avant l’accord du Brexit trouvé, l’adaptation aux nouvelles réglementations administratives des frontières post-Brexit, ainsi que les contraintes liées à la crise sanitaire », explique-t-on chez Getlink. D’accord avec cette analyse, le port de Dunkerque y voit un point positif : « Le ralentissement des flux transmanche en ce début d’année 2021 a pu faciliter la mise en place effective des nouvelles procédures ».

Là où ça coince véritablement, c’est au niveau du trafic passagers. « Sur l’année 2020, le port aura subi une perte de plus de cinq millions de voyageurs, soit une chute de 61 %. Le trafic des autocars aura lui aussi connu une chute encore plus importante de 84 % », déplore-t-on au port de Boulogne-Calais. Chez Getlink aussi la chute est importante et n’a rien à voir avec le Brexit, mais plutôt avec le coronavirus : « Le marché passagers est toujours fortement affecté par les restrictions de voyage mises en place par les gouvernements britannique et français en raison de la pandémie », explique le gestionnaire du tunnel.

Malgré tout, les acteurs du transmanche ne broient pas du noir et trouvent même des opportunités post-Brexit. Ainsi, plusieurs lignes de fret par bateau ont été créées pour relier Dunkerque à l’Irlande en évitant aux camions de transiter par la Grande-Bretagne et de se plier aux formalités douanières. Le succès de fréquentation rencontré par l’initiative de DFDS a même poussé l’opérateur de ferries à passer d’un à quatre le nombre de navires assurant les rotations. « Le taux de remplissage est aujourd’hui supérieur à 90 % », assure Aidan Coffey, le directeur de la ligne chez DFDS. L’opérateur affirme aussi qu’il existe une forte demande touristique pour cette ligne malgré un temps de traversée de 20 heures. Il est donc prévu d’ouvrir ces ferries aux passagers, mais seulement une fois la crise sanitaire passée.