Canal de Suez : Quelles sont les routes alternatives pour le commerce mondial ?

AU FEU, A DROITE Alors que le passage est bloqué, plusieurs autres itinéraires sont possibles entre l’Asie et l’Europe

Nicolas Raffin
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Un cargo s'est mis en travers du canal de Suez, le 24 mars 2021.
Un cargo s'est mis en travers du canal de Suez, le 24 mars 2021. — AP/SIPA
  • Un porte-conteneurs géant bloque le canal de Suez depuis plusieurs jours, créant un embouteillage parmi les paquebots transitant dans la région.
  • D’autres routes, maritimes ou non, existent entre l’Europe et l’Asie.
  • Certaines peuvent représenter un gain économique, au détriment du temps.

Même Bison Futé ne l’avait pas vu venir. Depuis mardi soir, un embouteillage géant s’est formé dans le canal de Suez, une artère maritime vitale de la mondialisation, qui enregistre en temps normal 19.000 passages annuels de navires. Un porte-conteneurs géant, long de 400 mètres, s’est mis en travers et bloque entièrement la navigation. Alors que les experts peinent à s’accorder sur le temps nécessaire pour dégager le bateau, 20 Minutes a sorti sa carte et étudié les autres trajets possibles entre l’Asie et l’Europe.

On passe par où alors ?

Si le canal de Suez reste bloqué longtemps, les porte-conteneurs qui arrivent des grands ports d’Asie (Singapour, Hong-Kong) et qui se trouvent au large de l’Afrique n’auront pas le choix. Il faudra prendre la direction du Sud, faire le tour du continent, en passant par le cap de Bonne-Espérance. Le Danois Maersk, le plus grand armateur au monde, et l’Allemand Hapag-Lloyd ont d’ailleurs annoncé ce jeudi qu’ils étudiaient cette possibilité.

Pour les marchandises qui ne sont pas encore parties d’Asie, et surtout de Chine, d’autres options sont possibles. « Vous pouvez passer par le canal de Panama (Amérique centrale), ou utiliser le fret ferroviaire » indique Paul Tourret, directeur de l’Institut supérieur d’économie maritime (Isemar). Certaines entreprises comme Decathlon ont d’ailleurs fait ce choix du train depuis plusieurs années. La dernière solution maritime, encore peu exploitée aujourd’hui, reste la « route du Nord », en longeant les côtes nord de la Russie. Enfin, les entreprises les plus pressées peuvent toujours affréter des avions.

Alternatives au canal de Suez par 20 Minutes

Pourquoi cela peut être compliqué ?

Comme souvent, tout est question d’argent et/ou de temps. Par rapport au contournement de l’Afrique, le canal de Suez est privilégié car il permet d’économiser 6.000 kilomètres de trajet (une à deux semaines de navigation) et autant de carburant. « Néanmoins, vous n’aurez pas à payer le prix du canal, donc ça ne reviendra pas forcément plus cher », note Paul Tourret. Le « péage » peut en effet dépasser les 500.000 dollars pour les plus gros navires.

Concernant le transport ferroviaire entre la Chine et l’Europe, via la Russie, c’est le moyen le plus rapide (une vingtaine de jours en fonction des destinations, soit 10 à 20 jours de moins que par bateau). « La contrainte va ici être la capacité du fret ferroviaire », explique Paul Tourret. En effet, à l’heure actuelle, le train représente seulement 1,6 % des flux de conteneurs entre l’Europe et l’Asie. Passer à la vitesse supérieure nécessiterait donc de multiplier les trains et les convois.

Quant à la « route du Nord », elle est plus courte… seulement dans certains cas. « Les routes polaires ne sont réellement intéressantes en distance que si les transits envisagés sont réalisés à partir de la Chine du Nord, de la Corée du Sud, à destination des ports de l’Europe du Nord. Pour le trafic à conteneurs à partir de Singapour, un des plus grands ports du monde, vers la Méditerranée, le transit par le canal de Suez demeure le plus court », explique dans une longue analyse Hervé Baudu, professeur de Sciences nautiques à l’École nationale supérieure maritime de Marseille.

Par ailleurs, toujours en passant par le Nord, les gains de temps (environ 30 % de moins par rapport au trajet par Suez) « ne sont valables que pour une période de moindre glace, de 3 à 4 mois de l’année unique­ment ». Le reste du temps, le passage est en effet quasi-impossible sans navire spécialisé (brise-glace). Enfin, concernant le transport par avion, « il faudra compter environ 25 euros par kilo de marchandise, contre 5 euros pour un transport par conteneur », rappelle Paul Tourret. Un surcoût non négligeable.

L’échouage du porte-conteneurs peut-il pousser les compagnies à délaisser le canal de Suez à long terme ?

On l’a dit, le choix du trajet dépend de la distance, mais aussi du prix. En 2016, alors que les prix du carburant étaient bas, plusieurs armateurs de porte-conteneurs avaient décidé de bouder le canal de Suez, dont les droits de péage étaient jugés trop chers. Ils préféraient contourner l’Afrique, un trajet plus long qui leur permettait cependant d’économiser des dizaines de milliers d’euros.

C’est notamment pour cette raison que les autorités égyptiennes avaient alors décidé d’accorder de larges réductions de tarifs, pour attirer le chaland. La même politique a d’ailleurs été relancée début 2020, avec des remises pouvant aller jusqu’à -75 % pour certains navires. Il faut dire que l’Egypte a intérêt à garder son canal attractif, ce dernier rapportant environ 6 milliards de dollars par an au pays. Quand il n’est pas bloqué.