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STOP PUB, OU ENCORE ?Les commerçants accros à leurs écrans... derrière leurs vitrines

« C’est pas ça qui va sauver la planète »… Les commerçants enragent contre la possible réglementation des écrans dans leurs vitrines

STOP PUB, OU ENCORE ?Le projet de loi « Climat et résilience » prévoit de donner aux maires la faculté d’encadrer les publicités lumineuses des commerces
Un écran publicitaire dans la vitrine d'une pharmacie (Illustration).
Un écran publicitaire dans la vitrine d'une pharmacie (Illustration).  - Nicolas Raffin/20 Minutes / 20 Minutes
Nicolas Raffin

Nicolas Raffin

L'essentiel

  • Le projet de loi « Climat et résilience » prévoit d’accorder aux maires la possibilité de contrôler l’implantation d’écrans dans les vitrines.
  • Les représentants des commerçants dénoncent cette proposition et y voient une atteinte à la liberté d’entreprendre.
  • La majorité LREM affirme qu’il n’est pas question d’interdiction totale, ce que les écologistes regrettent.

«Colère », « mesure vexatoire », « on est en absurdie »… Les représentants des commerçants ne se sont pas privés, ce jeudi, pour pilonner le projet de loi « Climat et résilience », qui doit être débattu la semaine prochaine en séance plénière à l’Assemblée. Leur « incompréhension » se focalise sur l’article 7 du texte, qui s’inspire en partie des propositions de la Convention citoyenne pour le climat.

Il prévoit de permettre aux maires d’encadrer les publicités et les enseignes lumineuses présentes à l’intérieur des magasins et visibles depuis la rue. Concrètement, les édiles pourront définir des critères « d’emplacement, de surface, de hauteur, de consommation énergétique » et de « prévention des nuisances lumineuses » pour les écrans installés dans les vitrines. Le but étant de réduire leur impact environnemental.

« On emmerde les gens pour pas grand-chose »

Pour les professionnels concernés, ce texte va beaucoup trop loin et doit tout simplement être retiré. « Les maires vont se mêler de la relation entre les commerçants et leurs clients, en intervenant sur des dispositifs installés dans les magasins. C’est une atteinte à la propriété privée », dénonce Guillaume Simonin, directeur des affaires économiques et juridiques de l’Alliance du commerce (représentant 450 enseignes réparties dans 27.000 points de vente).

« La consommation électrique de ce type de produits [écrans, enseignes lumineuses] est marginale par rapport à la consommation totale d’énergie au sein d’un magasin », renchérit Emmanuel Le Roch, délégué général de Procos (260 enseignes). Jean-Pierre Lehmann, président de la Fédération nationale des centres-villes (FNCV), va encore plus loin : « on emmerde les gens pour pas grand-chose. Ce ne sont pas quelques écrans en moins dans les vitrines qui vont sauver la planète, arrêtons un peu ! ».

Une interdiction impossible ?

Les commerçants sont d’autant plus remontés qu’il y a une semaine, treize élus écologistes ont pris la plume dans le JDD pour réclamer un durcissement de la future loi. Les maires de Grenoble, Lyon, ou encore Bordeaux souhaitent qu’elle leur donne, clairement, la possibilité d’interdire totalement les écrans dans les vitrines commerçantes. « La prolifération des écrans vidéo publicitaires dans le paysage urbain soumet les citoyens à des formats de plus en plus agressifs, en incohérence avec les enjeux écologiques et de santé publique (gaspillage d’énergie et de ressources, pollution lumineuse impactant la biodiversité, surexposition aux écrans…) » précisaient-ils.

« La rédaction du texte est déjà suffisamment large pour que les maires puissent interdire les écrans dans leurs communes », s’inquiète Guillaume Simonin. Un avis pourtant contredit par les récentes déclarations de la majorité LREM lors des débats en commission à l’Assemblée. « Le maire ne peut pas interdire [les écrans dans les vitrines] – je n’ai d’ailleurs jamais dit qu’il pourrait le faire (…) Nous faisons confiance au maire pour déterminer ce qui est le plus pertinent pour son territoire et ses commerces », expliquait par exemple Aurore Bergé, corapporteure du texte de loi, le 11 mars dernier.

Trop dur, trop mou

« [Ce] n’est pas une interdiction générale et absolue des publicités installées à l’intérieur des vitrines des commerces, mais simplement un encadrement », avait renchéri la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili. De quoi rassurer les commerçants tout en désespérant les écologistes, qui espéraient une loi beaucoup plus ambitieuse.

« Les dispositions de l’article 7 (…) auront très peu d’impact, a ainsi regretté la députée Delphine Batho lors de la même réunion. Elles ne s’appliqueront pas là où sont massivement déployés ces écrans vidéos numériques, c’est-à-dire les métros, les gares et les aéroports (…) On aboutit à un texte qui ne change pas grand-chose à la situation actuelle ». Trop molle pour les uns, trop dure pour les autres, nul doute que cette partie de la loi Climat sera vivement débattue la semaine prochaine dans l’Hémicycle.

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