Royaume-Uni : Uber reconnaît aux chauffeurs un statut de travailleur salarié

AUTOENTREPRENEUR L'entreprise va notamment leur octroyer un salaire minimum et des congés payés

20 Minutes avec AFP
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Des chauffeurs Uber britanniques réagissent à l'annonce de la décision de justice reconnaissant leur statut de travailleur salarié le 19 février 2021.
Des chauffeurs Uber britanniques réagissent à l'annonce de la décision de justice reconnaissant leur statut de travailleur salarié le 19 février 2021. — Frank Augstein/AP/SIPA

C’est une première mondiale pour l’entreprise américaine. Uber va octroyer à ses chauffeurs britanniques le statut de travailleurs salariés, avec salaire minimum et congés payés, en plein chamboulement du modèle des plateformes numériques au Royaume-Uni.

Le géant américain de réservation de voitures annonce dans un communiqué mardi que l’ensemble de ses plus de 70.000 chauffeurs dans le pays bénéficieront de ces avantages dès mercredi. Il s’agit d’un profond changement pour Uber dont les conducteurs étaient jusqu’à présent des travailleurs indépendants.

Après une décision de justice

La plateforme a agi rapidement après avoir lancé une vaste consultation auprès de ses chauffeurs et un mois tout juste après une retentissante défaite devant la Cour suprême. La plus haute juridiction britannique avait estimé le 19 février que les chauffeurs pouvaient être considérés comme des « travailleurs » et donc bénéficier de droits sociaux.

La justice a donné raison à un groupe d’une vingtaine de chauffeurs qui estimaient avoir droit au statut de travailleur, compte tenu du temps passé connectés à l’application et du contrôle exercé par le groupe par exemple sur leur évaluation. La loi britannique distingue le statut de travailleurs (« workers »), qui peut recevoir le salaire minimum et d’autres avantages, de celui de salariés au sens strict (employees), qui bénéficient d’un contrat de travail en bonne et due forme.

Désormais les chauffeurs Uber au Royaume-Uni toucheront au moins le salaire minimum, auront droit à des congés payés et pourront cotiser à un plan d’épargne-retraite, auquel contribuera la société. Le salaire minimum est de 8,72 livres de l’heure au Royaume-Uni, et doit passer à 8,91 livres en avril. Un chauffeur Uber gagne plus que cette somme en moyenne, soit 17 livres à Londres et 14 livres dans le reste du pays.

L’ensemble des conducteurs auront toujours la possibilité de travailler avec Uber quand ils veulent.

Ces avantages s’ajoutent à ceux déjà existants, comme l’accès gratuit à des assurances maladie, ainsi qu’à des indemnisations pour des congés parentaux.

Hausse des tarifs ?

Uber ne dévoile pas le coût de ces mesures, qui devrait peser un peu plus sur de fragiles finances d’une société pas encore rentable et dans une mauvaise passe avec les restrictions sanitaires. Le groupe devrait absorber une partie du coût car il peut difficilement augmenter ses tarifs, notamment à Londres où la concurrence est vive.

Il n’a en tout cas pas modifié ses prévisions financières sur son excédent brut d’exploitation ajusté pour l’année, selon un document boursier. Mais en accordant le statut de travailleurs salariés, la société s’épargne de longues procédures judiciaires. Uber ne fait ce geste pour l’instant qu’au Royaume-Uni et va désormais regarder marché par marché comment il peut faire évoluer son modèle.

Le directeur général Dara Khosrowshahi a proposé en février une série de propositions aux gouvernements et syndicats en Europe. L’objectif est de garantir une rémunération transparente et juste aux chauffeurs et de leur offrir plus d’avantages. Uber souhaite répliquer en Europe ce qu’elle a proposé en Californie, à savoir des conducteurs indépendants mais qui reçoivent des compensations.

En France, les chauffeurs sont des travailleurs indépendants, même si en 2020 la Cour de cassation a reconnu un ancien conducteur comme salarié.