Nantes : « On n’a plus le choix… » Inquiets et excédés, les livreurs annoncent une grève ce week-end

LIVRAISONS La mairie de Nantes interdit depuis lundi les scooters non électriques dans les zones piétonnes, là où se trouvent la plupart des restaurants. La galère des livreurs s'est accentuée

Frédéric Brenon
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Des livreurs travaillant pour les plateformes Deliveroo et Ubert Eats à Nantes (illustration).
Des livreurs travaillant pour les plateformes Deliveroo et Ubert Eats à Nantes (illustration). — S.Salom-Gomis/Sipa
  • L’arrêté d’interdiction de la ville de Nantes a pris effet le lundi 8 mars.
  • La mesure complique fortement le travail des jeunes livreurs travaillant pour Uber Eats ou Deliveroo.
  • Une grève de trois jours est annoncée en signe de protestation.

« Si on reste chacun dans notre coin, on est morts. Mais si on agit ensemble on peut faire bouger les choses. » Depuis le début de la semaine, les livreurs nantais travaillant pour les plateformes Uber Eats ou Deliveroo sont en plein désarroi. La mairie de Nantes leur interdit en effet de circuler dans les zones piétonnes avec un scooter non électrique à partir de 11h30. Objectif : réduire les nuisances sonores et les risques d’accident. Mais cette mesure complique fortement la tâche de la majorité d’entre eux ayant préféré le scooter au vélo pour répondre plus rapidement aux commandes et ainsi gagner « un peu plus d’argent ». En signe de protestation, une partie des livreurs annoncent qu’ils feront grève « tout le week-end » et ce « dès vendredi soir ». « On n’a plus le choix. Ce n’est pas possible de ne pas réagir », expliquent-ils.

Jeudi après-midi, une trentaine d’entre eux s’est réunie en centre-ville pour discuter de la grève. Si la plupart n’ont pas encore renoncé au scooter en zone piétonne, plusieurs ont déjà tenté l’expérience. Ils expliquent la difficulté d’ajouter parfois « 10 minutes de marche à pied à l’aller, 10 minutes au retour », alors que les plateformes poussent à récupérer deux commandes à la fois, dans deux lieux différents. « On perd beaucoup trop de temps. Les commandes arrivent froides, le client va nous le reprocher. Et puis c’est beaucoup de fatigue. On ne va pas tenir », s’inquiète Jean-Michel, qui travaille pour Uber Eats.

« On ne nous respecte pas, on est une cible facile »

Sognonty, lui, a choisi de pousser son scooter à la main, moteur éteint. « Je ne veux pas prendre le risque de me le faire voler. Il y a trois à quatre livreurs par semaine qui se font voler leur scooter, vous vous rendez compte ? Et on ne peut pas se payer de scooter électrique [autorisé dans les rues piétonnes], c’est beaucoup trop cher. »

Un livreur travaillant pour Uber Eats place Royale à Nantes.
Un livreur travaillant pour Uber Eats place Royale à Nantes. - F.Brenon/20Minutes

Leurs échanges débordent sur leurs conditions de travail. Tour à tour, ils racontent les « journées à rallonge, jusqu’à 23 h 30, pour gagner à peine 80 euros », l’attente sous la pluie, la « mauvaise humeur » de certains restaurateurs, les blocages de compte intempestifs des plateformes après des critiques de clients, les « agressions » dans certains quartiers… « On ne nous respecte pas. On est isolés, une cible facile », déplore Xey, livreur pour Deliveroo. « Le statut d’autoentrepreneur ne nous donne aucune reconnaissance. On a travaillé à fond pendant le Covid, on n’a droit à rien. Si on se blesse, on n’a droit à rien. Pareil si notre compte se fait bloquer », ajoute Jean-Michel. « Si on ne peut plus gagner notre vie comment on fait ? J’ai des enfants moi », s’alarme son voisin.

Rassemblement ce vendredi midi

Exaspérés, ils rapportent, photo à l’appui, avoir « déjà reçu des verbalisations » dressées par la police nationale alors que la municipalité avait promis une tolérance jusqu’au 1er avril. Plusieurs affirment également avoir vu leurs comptes bloqués par les plateformes juste après avoir participé à une manifestation lundi midi, laquelle avait entraîné une interruption du service. « On a été géolocalisés, c’est sûr », considère Xey.

Un nouveau rassemblement de la profession est annoncé ce vendredi midi sur le parvis Feydeau. Les organisateurs demandent à la mairie la mise à disposition de scooters électriques et aux plateformes une « garantie de revenus ». Ils appellent « un maximum de livreurs » à rejoindre le mouvement. Ils invitent aussi les restaurateurs, forcément pénalisés par la grève qui s’annonce, à « venir nous soutenir ».