Coronavirus : Croissance, emploi… Que prévoit l’Insee pour les prochains mois ?

PREVISIONS Beaucoup d’éléments dépendront de l’évolution de la situation épidémique

Nicolas Raffin
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Des terrasses fermées à Menton.
Des terrasses fermées à Menton. — ROMUALD MEIGNEUX/SIPA
  • L’Insee a publié jeudi un point de conjoncture sur l’économie française.
  • L’institut anticipe une dégradation de l’emploi et une consommation plutôt morose.
  • Une reprise est possible au printemps, à condition que les restrictions (couvre-feu…) soient levées.

Les beaux jours vont-ils bientôt revenir ? L’Insee a publié ce jeudi sa note de conjoncture, qui esquisse la météo économique de ces prochains mois. Sans surprise, celle-ci s’annonce plutôt mitigée. « L’évolution de l’activité économique [sera] étroitement liée à celle de la situation sanitaire et des mesures de restrictions associées » indique la note.

Au premier trimestre 2021, la croissance devrait ainsi atteindre 1 %. Le PIB resterait néanmoins largement en dessous de son niveau d’avant-crise (d’environ 4 %), signe d’une reprise très lente. Pour les mois suivants, « il y a à la fois des signes de lassitude face à une crise qui dure, mais beaucoup de signes de résistances, notamment sur la consommation », relève Julien Pouget, chef du département de la Conjoncture à l’Insee. 20 Minutes vous résume tout ça.

Un fort rebond du taux de chômage

En 2020, 284.000 emplois ont été détruits, un solde négatif qui n’était plus arrivé depuis 2012. « Cette baisse est essentiellement le fait du tertiaire marchand, qui recouvre les secteurs les plus durablement affectés par la crise comme l’hébergement-restauration et les services aux ménages [incluant la culture et les loisirs] », indique l’Insee.

Et 2021 ne s’annonce pas mieux. Les auteurs prévoient une accélération des destructions d’emplois en ce début d’année (- 77.000 au premier trimestre, contre - 21.000 fin 2020). D’après l’étude, « le caractère durable de la crise conduirait les entreprises à progressivement renoncer à retenir de la main-d’œuvre dans leurs effectifs, en abaissant notamment l’ampleur de leur recours au chômage partiel », en privilégiant donc les licenciements et les non-renouvellements de contrats. Là encore, ce serait les secteurs mentionnés précédemment qui paieraient le plus lourd tribut.

Une question de définition

À cela va s’ajouter un autre phénomène : de nombreuses personnes qui n’avaient pas d’emploi en 2020 n’étaient pas en recherche « active ». Elles ne pouvaient tout simplement pas postuler aux offres d’emploi du fait des différentes restrictions (confinement, limitations des déplacements, secteurs à l’arrêt…). De fait, elles n’étaient pas comptabilisées comme étant au « chômage » au sens du Bureau international du travail (BIT, dont la définition sert aux comparaisons internationales).

La levée des restrictions depuis la mi-décembre 2020 va donc conduire toute cette population à reprendre ses recherches et à réintégrer les statistiques. Selon l’Insee, le taux de chômage (au sens du BIT) devrait donc grimper à 8,5 % au premier trimestre, soit 0,7 point de plus que début 2020.

Un timide rebond pour la consommation

Pilier essentiel de la croissance économique, la consommation des ménages n’est pas à la fête en ce début d’année. Selon l’Insee, « après un net rebond en décembre, avec la réouverture des commerces "non essentiels" », les Français n’ont pas entamé 2021 en faisant chauffer la CB de manière débridée. Certes, les soldes d’hiver, décalés de quelques semaines, ont bien conduit à un léger rebond en février. Mais au final, le niveau de consommation resterait inférieur de 6 % à celui de l’année passée.

Par ailleurs, indique l’étude, « le renforcement des mesures de restrictions sanitaires, avec la mise en place de confinements locaux le week-end, est susceptible d’affecter la consommation des ménages […] ». Ce contexte sanitaire pesant et l’impossibilité de consommer dans certains secteurs (restrictions sur les voyages, interdictions des remontées mécaniques, fermeture des restaurants…) conduisent logiquement à une forte tendance à l’épargne.

Une reprise économique encore très incertaine

Au vu de ces éléments, l’Insee parie sur une reprise très progressive dans les prochains mois. Pour le deuxième trimestre 2021, elle prévoit ainsi une croissance du PIB de 1 %. Mais attention, cette prévision se base sur un scénario optimiste. À savoir, « un allègement progressif des mesures de restrictions à partir de la mi-avril […] avec une potentielle réouverture des restaurants et des bars et une reprise des activités de loisirs actuellement fermées, mais aussi plus généralement une levée du couvre-feu en semaine ». Mais vu la progression actuelle de l’épidémie en France, et la vitesse toute relative de la campagne de vaccination, c’est loin d’être gagné.