Coronavirus : « On représente une forme de culture populaire »… Privés de manèges, les forains ont hâte de refaire la fête

RESTRICTIONS La profession attend avec impatience de pouvoir accueillir à nouveau du public

Nicolas Raffin

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Une fête foraine à Bourgoin-Jallieu, en septembre 2020.
Une fête foraine à Bourgoin-Jallieu, en septembre 2020. — ALLILI MOURAD/SIPA
  • Les fêtes foraines sont interdites depuis octobre 2020 en France.
  • Après une année 2020 catastrophique, les forains espèrent relever la tête cette année.
  • La limitation des grands rassemblements pourrait néanmoins pénaliser les grosses foires.

Sale temps pour la pêche aux canards et les palais du rire. Depuis la fin octobre 2020, les fêtes foraines ont été totalement interdites en France, en raison de l’épidémie de coronavirus. Une situation qui n’a pas bougé avec le déconfinement, puisqu’un décret daté du 14 décembre a maintenu leur fermeture. Dernière déconvenue en date: l'interdiction, par le tribunal administratif de Dijon, de la fête foraine prévue à Chalon-sur-Saône à partir de ce week-end. 

Les forains, comme beaucoup d’autres professions sinistrées par la crise, sont dans l’attente de jours meilleurs. « Nous souhaiterions que les petites et moyennes fêtes foraines (jusqu’à 100 manèges) puissent rouvrir en même temps que les parcs d’attractions et les cinémas, avance Norman Bruch, vice-président de la Fédération française des forains. Nous attendons un signal positif ».

« Il faut se donner un horizon, sinon c’est trop difficile »

Il faut dire que l’année 2020 a laissé des traces sur les finances et le moral. « L’an passé, j’ai fait deux fêtes, contre une vingtaine habituellement », témoigne Karl Toquard, président de l’association de défense des forains et circassiens. Sa chenille et son stand de gaufres n’ont pas vu passer beaucoup de visiteurs, puisque son chiffre d’affaires a baissé de 95 % par rapport à une année normale. « Cela a été un vrai coup de massue et financièrement, c’est compliqué » reconnaît-il.

Les forains ont en effet dû attendre novembre 2020 avant d’être inscrits par le gouvernement dans la liste « S1 », aux côtés des restaurateurs et des professions liées au tourisme. Auparavant, ils devaient se contenter d’aides plafonnées à 1.500 euros mensuels. Avec ce changement, ils ont pu bénéficier de mesures de soutien supplémentaires (exonération de charges, aides en proportion du chiffre d’affaires). « Cela m’a permis d’acquitter l’assurance de mon manège, explique Norman Bruch. Après, ça ne rattrapera pas tout ce que l’on a perdu ». De plus, « de nombreux forains n’ont pas fait de formation reconnue et n’ont pas de diplôme. Donc c’est difficile pour eux de trouver un autre métier en attendant la reprise ».

Un commerce comme les autres ?

« On n’a pas le choix, il faut attendre », poursuit Karl Morel, forain installé en Normandie. Lui n’a pu travailler que deux mois complets en 2020, avant de devoir ranger ses peluches et ses autos tamponneuses. Depuis l’interdiction des fêtes foraines, il est à l’arrêt forcé et prend son mal en patience dans sa caravane. « J’ai envie de croire qu’en mai, ce sera possible de reprendre la route. De toute façon, il faut se donner un horizon, sinon c’est trop difficile de tenir moralement. On a l’habitude de vivre dans l’ambiance de la fête, mais tout a disparu depuis des mois ».

Afin de mettre toutes les chances de son côté et de convaincre les mairies et les préfectures, la profession se dit prête à respecter un protocole sanitaire strict. « Le port du masque est évidemment obligatoire sur les manèges, qui sont désinfectés à chaque tour », détaille Karl Morel. D’autres mesures, comme la mise en place d’une jauge maximale par attraction, sont aussi étudiées.

« Les allées d’une fête foraine doivent être considérées comme une rue piétonne », estime Norman Bruch. « Je suis commerçant, abonde Karl Morel. Je ne vois pas pourquoi je ne pourrais pas me comparer à un magasin dans un centre-ville, avec les mêmes règles et les mêmes droits ». Les forains sont donc ouverts à des compromis, mais pas à n’importe quel prix.

« Culture populaire »

« Si on reste sur une jauge maximale de 1.000 personnes, les petites fêtes foraines avec une vingtaine de manèges pourront s’en sortir financièrement, détaille Karl Toquard. Mais si vous prenez une manifestation comme la foire du Trône à Paris [avec un pic de 180.000 personnes les week-ends], ce ne sera jamais rentable avec aussi peu de monde. » Des discussions sont d’ailleurs en cours avec les pouvoirs publics pour le report de cet événement, qui démarre normalement fin mars.

Les forains attendent donc, comme beaucoup, l’arrivée des beaux jours et l’accélération de la campagne de vaccination pour pouvoir à nouveau installer leurs manèges. « Nous représentons une forme de culture populaire, argumente Karl Toquard. N’importe qui peut se venir se promener, dépenser un peu d’argent dans les attractions même s’il n’a pas un gros salaire. Par ailleurs, beaucoup de gens qui fréquentent les fêtes foraines ne peuvent pas partir en vacances. Donc pour eux, c’est un loisir important ».