L’économie bretonne peut-elle relocaliser ses emplois pour cinq milliards d’euros ?

O BREIZH MA BRO L’association Produit en Bretagne a dévoilé une étude sur les secteurs qui pourraient revenir dans la région

Camille Allain

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Illustration d'un tracteur orné d'un drapeau breton, ici lors d'une manifestation.
Illustration d'un tracteur orné d'un drapeau breton, ici lors d'une manifestation. — JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP
  • L’association Produit en Bretagne a mené une étude de potentiel de relocalisation dans la région.
  • Elle estime que 130.000 emplois pourraient être créés avec un potentiel de cinq milliards d’euros.
  • Les secteurs de l’industrie et du tourisme sont privilégiés.

Ils décrivent cette étude comme « une base », un projet « encore à affiner ». Mais ils y croient. Les têtes pensantes de l’association Produit en Bretagne viennent de rendre public leur enquête menée par le cabinet Goodwill Management. Baptisée « Reloc’h », cette étude avait pour but d’analyser les possibilités de relocalisation d’emplois en Bretagne. Les résultats font pâlir d’envie tous les élus locaux. D’après cette étude, plus de 130.000 emplois seraient susceptibles de « revenir » au pays, soit 6 % de la population active. Un potentiel énorme que le cabinet a estimé à cinq milliards d’euros de PIB.

Pour obtenir ces chiffres, le cabinet a réalisé une étude macroéconomique basée sur les données de l’Insee, des douanes, sur des études sectorielles réalisées par Bretagne Développement Innovation ou par France Stratégie. Il a également mené une enquête terrain auprès d’acteurs du territoire comme Naval Group, les groupes Le Graët, Hénaff ou BA Systèmes. « On sait que les délocalisations ont fait mal à la France et à la Bretagne. Mais on voit que depuis dix ans, on est sur un plateau et que ça s’équilibre. Il y a sans doute des réflexions à mener pour relocaliser certains secteurs », estime Loïc Hénaff, président de Produit en Bretagne et patron de la société finistérienne célèbre pour son pâté.

« Des produits que nous consommons et que nous importons »

Le premier secteur à privilégier serait l’industrie. D’après les responsables de l’association, un grand rattrapage pourrait être opéré dans des secteurs comme l’aéronautique, le traitement des déchets ou la plasturgie. « Ce sont des produits que nous consommons et que nous importons. Pour les déchets, c’est pareil, nous devrions pouvoir les valoriser sur place et ainsi éviter qu’ils ne partent par camions », estime Malo Bouëssel du Bourg. Le directeur de la structure pense également au secteur des énergies renouvelables, où la région a du mal à exister, alors qu’elle sera l’une des premières à accueillir des éoliennes offshore. L’enquête estime que 30.000 emplois pourraient être créés dans ce secteur.

Ces pistes de réflexion, Produit en Bretagne espère les voir se diffuser dans l’esprit des patrons de ses 472 adhérents. Des petites structures associatives aux géants de l’agroalimentaire comme Lactalis, Savéol à la grande distribution avec Intermarché en passant par la fabrique de matériaux de Quéguiner, l’association sait qu’elle va devoir cravacher pour poursuivre son rêve de relocalisation. Et surtout être patiente. « Cette étude n’est pas là pour répondre aux besoins urgents. Il faut être conscient que relocaliser un secteur d’activité, ça peut prendre dix ans. Nous ne sommes que les instigateurs de cette enquête, c’est aux décideurs de s’en saisir », prévient Malo Bouëssel du Bourg.

Le tourisme, futur pilier ?

Dans ses conclusions, l’association mise aussi sur un développement de l’économie touristique régionale. Boostée par la tendance au voyage vert et au boom des pistes cyclables, la Bretagne pourrait être la grande gagnante de ce « slow tourisme ». Ce pilier de l’économie pourrait créer 20.000 nouveaux emplois d’après Produit en Bretagne.

Mais avant de penser plus grand, ne faudrait-il réussir à pourvoir tous les postes saisonniers actuels ? La question est sur la table.