La fraude à l’identité, un fléau croissant en période de crise

ARGENT Permis de conduire trafiqué, photo de passeport échangée, visa falsifié… La fraude à l’identité en ligne représente un danger pour les particuliers et les entreprises

Julie Polizzi pour 20 Minutes
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La crise sanitaire a entraîné une hausse des tentatives de fraude à l'identité en ligne.
La crise sanitaire a entraîné une hausse des tentatives de fraude à l'identité en ligne. — IStock / City Presse

Se faire passer pour un autre peut rapporter gros. Ouvrir un compte bancaire avec une fausse identité, obtenir des aides financières publiques sans droits ou encore faire son shopping au détriment d’autrui sont quelques-unes des nombreuses opérations qui incitent les fraudeurs à falsifier des documents officiels. Et les périodes de crise sont une aubaine pour les délinquants.

Une question d’opportunité

Selon le baromètre annuel établi par Onfido, entreprise spécialisée dans la vérification d’identité et l’authentification en ligne pour le compte de services financiers et de plateformes web, le taux moyen de ce type de fraude a connu une forte hausse dès le printemps 2020 au niveau mondial (+ 41 % de tentatives en un an) et en France (+ 29 %, avec un pic à 13,4 % en juin), en passant de 6,6 % à 8,5 % en une année à l’échelle nationale.

Gimena Diaz, vice-présidente Europe du Sud de la société et ancienne dirigeante de PayPal France, explique les causes de ce phénomène. « Toutes les crises, de façon générale, ont un impact sur la fraude, puisque deux éléments principaux sont alors réunis : le besoin, autrement dit les problématiques financières qui incitent à passer à l’acte, mais aussi l’opportunité de le faire. Or, 2020 a été une année d’accélération de la digitalisation en très peu de temps. » Entre un développement rapide de services en ligne et un flot de consommateurs qui avaient l’habitude de réaliser un certain nombre de transactions dans le monde physique et qui se sont retrouvés digitalisés par la force des choses, de nombreuses failles de sécurité ont laissé le champ libre aux délinquants.

La fraude « facile »

Après avoir passé au crible plusieurs millions de transactions, Onfido s’est aperçue que ce sont surtout les fraudeurs occasionnels qui ont profité de la pandémie. En effet, la fraude dite « facile » a explosé de + 25 % dans l’Hexagone et représente deux tentatives sur trois (66 %) en 2020. On parle ici de personnes qui ont utilisé des techniques à la portée de tous pour falsifier le texte ou la photo de documents d’identité officiels du type passeport, carte d’identité, visa, carte de séjour ou permis de conduire.
Certains tentent aussi de contourner les procédures de vérification nécessitant de faire un selfie.

Et en 2020, le déguisement a été particulièrement à la mode. « Même si ces techniques existaient déjà, on a assisté à l’utilisation importante des photos de visage en 2D qu’on met devant soi en faisant des trous pour les yeux, ainsi que des masques plus élaborés en résine imprimés en 3D et enfilés sur la tête », détaille Gimena Diaz. De leur côté, les fraudeurs aguerris recourent de plus en plus aux deep fakes, ces techniques permettant de créer un visage de façon complètement numérisée et même de l’intégrer dans une vidéo truquée.

Les opérations sensibles en ligne de mire

Le secteur financier est une cible de choix pour les fraudeurs. Toutefois, en France, c’est le e-commerce​ qui a été le plus touché par le phénomène, avec plus de 2,5 % de suspicions de fraudes, contre 2 % pour les services bancaires en 2020. Des résultats une fois encore expliqués par l’augmentation très forte des services web du fait des restrictions sanitaires.

Les transactions qui ont le plus de valeur sont en ligne de mire. Il peut ainsi s’agir d’achats de plusieurs centaines d’euros payables de façon échelonnée sur un site d’e-commerce qui impose une vérification d’identité. De même, l’ouverture d’un compte bancaire, son activation mais aussi la récupération de son mot de passe sont autant de procédures sensibles.

Quels conseils suivre ?

La tendance à la digitalisation impose de prendre certaines précautions. Les particuliers doivent être très prudents dans la numérisation de leurs informations personnelles, afin de s’assurer qu’elles ne se retrouvent pas à la portée du premier venu sur Internet. De même, en cas de vol ou de perte de vos papiers, portez immédiatement plainte, prévenez votre banque et surveillez de près toute nouvelle opération.

Les entreprises ont quant à elles un devoir de sécurisation des données de leurs clients et doivent adapter leurs outils de vérification à l’évolution des nouvelles attaques. Au-delà du mail, d’un numéro de téléphone et de la fourniture d’un document officiel, de plus en plus de plateformes web imposent par exemple de confirmer son identité en prenant un selfie pour toute transaction importante.