Coronavirus : Déjà sous tension, des agents Pôle emploi redoutent les licenciements liés à la crise

TEMOIGNAGES Le meurtre d’une salariée de Pôle Emploi jeudi a bouleversé les agents

Nicolas Raffin

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Une agence Pôle Emploi à Clichy sous Bois.
Une agence Pôle Emploi à Clichy sous Bois. — NICOLAS MESSYASZ/SIPA
  • Une salariée de Pôle Emploi a été tuée dans une agence de Valence jeudi.
  • Les agents sont parfois victimes d’agressions physiques ou verbales.
  • Certains redoutent une montée des tensions avec les demandeurs d’emplois en 2021.

« C’est un vrai choc émotionnel. Honnêtement, ça fait peur ». Comme Clémence, employée d’une agence Pôle Emploi en Seine-Saint-Denis, ce sont tous les salariés de l’organisme qui ont été profondément bouleversés après la mort d’une de leur collègue jeudi. La victime a été tuée  sur son lieu de travail à Valence, dans la Drôme. Les motivations du suspect, arrêté par la police, demeurent encore floues.

Par solidarité et pour permettre le recueillement des employés, toutes les agences de Pôle Emploi ont été fermées ce vendredi. « Avant ce meurtre, ça nous arrivait parfois, entre collègues, de se demander si un jour quelqu’un n’allait pas débarquer et tirer sur tout le monde » confie Clémence. Si le drame de Valence reste heureusement une exception, il y a tout le reste, qui pèse aussi sur les épaules des agents. Les chômeurs fatigués, perdus dans les méandres de longues démarches. Des usagers parfois à bout ou simplement impatients, qui finissent par s’en prendre, verbalement ou physiquement, aux personnes derrière le guichet. 

Un afflux de chômeurs encore limité

Avec l’épidémie de coronavirus et la crise économique qui a suivi, les salariés de Pôle Emploi ont craint le pire en 2020, à savoir un afflux massif de chômeurs et le risque d’avoir des agences saturées. Mais les milliards d’euros déversés par l’État sur les entreprises, notamment via le chômage partiel, ont retardé l’échéance. Selon un bilan publié il y a deux jours, 3,81 millions de demandeurs d’emploi étaient inscrits en catégorie A fin 2020, soit une hausse de 7,5 % sur un an (+ 265.000 inscrits). Une augmentation impressionnante, mais qui reste deux fois moins élevée que lors de la précédente crise économique, en 2009. A l’époque, le chômage avait bondi de 18,5 % sur un an, avec 407.000 nouveaux chômeurs d’un coup. 

« On a du mal à estimer le nombre d’inscriptions à venir dans les prochains mois, explique David Vallaperta, délégué CFDT Pôle Emploi. Néanmoins, il faudra sûrement lancer une nouvelle vague de recrutements afin de maintenir une qualité de service, car le marché du travail va sûrement se dégrader ».

« Au niveau de l’accueil du public, on commence vraiment à voir arriver la vague depuis quelques semaines », assure pour sa part Clémence. Mais pour l’instant, les incivilités et les tensions n’ont pas augmenté dans son agence. « L’agressivité, l’animosité envers nous, cela fait longtemps que ça existe, constate l’agente. Mais en ce moment, les gens ne sont pas plus nerveux que d’habitude, alors que parfois on doit les faire attendre dehors, sous la pluie, pour faire respecter les jauges d’accueil. Je les trouve même très patients vu la situation ! ».

Des arrêts maladie en augmentation

« En Ile-de-France, nous avons chaque semaine au moins une intervention de police en raison de demandeurs d’emplois agressifs, indique Christophe Moreau, membre du bureau national SNU Pôle Emploi. Mais ce n’est pas spécifique à l’année 2020 ». Le syndicaliste craint néanmoins que plus la crise perdure, plus les chômeurs se sentent abandonnés : « cette situation exacerbe les difficultés de personnes déjà fragiles. Or, Pôle Emploi a pris le virage du numérique et de la dématérialisation. Cela peut avoir du positif, mais vous enlevez quand même du contact humain, et donc vous mettez à distance ces personnes fragilisées, qui en plus ont du mal avec les outils numériques ».

Face à eux, des agents parfois en souffrance. Selon un rapport de la Cour des comptes publié en juillet 2020, le nombre de jours d’arrêts maladie des salariés de Pôle Emploi a augmenté de 11 % entre 2015 et 2018, alors que les effectifs diminuaient de 2 % sur la même période. Le rapport explique cette augmentation en partie par le vieillissement des agents (l’âge augmente le risque de tomber malade), mais aussi par « l’accroissement de la pénibilité lié à l’augmentation du chômage et à un développement du stress et des tensions au travail pour les personnels en agence ».

Contactée sur la question d’une éventuelle augmentation des violences à l’encontre des agents de Pôle Emploi, la direction de l’organisme a indiqué à 20 Minutes ne pas pouvoir donner de chiffres dans l’immédiat. « La priorité est donnée à l’accompagnement des équipes suite aux drames de Valence », indique le service communication.