Coronavirus : Après une année 2020 difficile, les producteurs de champagne veulent pétiller en 2021

ALCOOL La filière a été touchée, comme beaucoup d’autres, par le repli de la consommation

Nicolas Raffin

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Des vignobles de Champagne à proximité de Reims.
Des vignobles de Champagne à proximité de Reims. — FRANCOIS NASCIMBENI / AFP
  • Les représentants de la filière champagne ont présenté ce mardi leurs résultats 2020.
  • Les ventes ont connu une baisse de 18 %, une année « noire » selon les représentants.
  • Néanmoins, il n’y a pas eu de « casse sociale ».

 

Pour la filière du champagne, 2020 a été, sans surprise, une année beaucoup moins festive que les précédentes. Avec l’épidémie de coronavirus qui a fait partir les touristes et réduit les occasions de faire la fête, les bouchons ont moins sauté. Selon le bilan présenté ce mardi par les représentants de la filière, le « Comité champagne »*, les ventes ont baissé de 18 % l’année dernière, avec 245 millions de bouteilles écoulées.

« C’est une année noire », constate Jean-Marie Barillère, président de l’Union des maisons de Champagne (UMC), puisque cette baisse représente un milliard d’euros de chiffre d’affaires perdu. Néanmoins, il estime que la profession a bien redressé la barre en fin d’année : « Au moment des vendanges, les ventes étaient en baisse de 25 à 35 %. Donc finir à - 18 %, c’est mieux que ce nous avions prévu à l’époque ».

L’export résiste un peu mieux que la France

Ce sursaut est dû à de très bonnes ventes au mois de septembre, mais aussi au moment des fêtes de fin d’année. « Il y a quand même eu des réunions en famille ou entre amis à arroser, comme les anniversaires ou Noël, explique Maxime Toubart, président du Syndicat Général des Vignerons (SGV). Le champagne reste le symbole de la fête, même si on la fait différemment ».

Dans le détail, le marché français, avec un recul des ventes de 20 % par rapport à 2019 (114 millions de bouteilles vendues en 2020), s’en sort un peu moins bien que l’export, en baisse de « seulement » 16 % (131 millions de bouteilles expédiées à l’étranger).

Une production limitée

Malgré cette année difficile, « il n’y a pas eu de casse sociale ou de faillites dans la filière [qui emploie directement 27.000 personnes], se réjouit Jean-Marie Barillère. Certaines entreprises vont mieux que d’autres, mais les décisions que nous avons prises ont permis de maintenir la valeur du champagne et de ne pas brader le produit ».

Ces « décisions » portent notamment sur le rendement des vignobles, fixés chaque année par le Comité champagne. Un rendement élevé signifie une production abondante, un rendement faible l’inverse. En 2020, il a été fixé à 8.000 kilos par hectare (contre 10.200 kg en 2019). Cette limitation dans la production doit permettre de ne pas trop faire gonfler les stocks de champagne. En effet, si ces derniers sont trop élevés, cela pourrait amener les maisons à vendre leurs bouteilles moins cher afin de vider les caves, et donc à « brader » leur produit. Difficilement concevable pour une filière qui entend garder une certaine image de rareté et de prestige.

« Retour à la convivialité »

Pour l’avenir, le Comité champagne ne se montre pas trop inquiet. « Le rebond aura lieu avec la fin de la crise sanitaire et la reprise du secteur événementiel, indique Jean-Marie Barillère. Le retour à la convivialité est un point majeur ». « Je suis assez optimiste, poursuit Maxime Toubart. Il va y avoir une envie de se retrouver, comme à la fin d’une guerre. Je crois que le monde aura envie de passer du bon moment avec ses amis, sa famille. Nous avons été surpris de la baisse, on peut être surpris de la hausse ».

* Le Comité regroupe les « maisons » de champagne (Bollinger, Dom Pérignon, Taittinger, Ruinart…) et les vignerons. Les maisons achètent la plus grosse partie de la production des vignerons (qui possèdent 90 % des vignes de champagne), avant de gérer elles-mêmes l’assemblage de leurs différents crus, et de les commercialiser.