Les soldes d’hiver vont-ils pâtir du couvre-feu à 18 heures ?

CONSOMMATION Les Français n’ont pas toujours la possibilité de changer leurs horaires de courses pour s’adapter

Nicolas Raffin

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Un centre commercial à Lyon pendant l'hiver 2020.
Un centre commercial à Lyon pendant l'hiver 2020. — ROMAIN DOUCELIN/SIPA
  • Initialement prévus le 6 janvier, les soldes d’hiver démarrent ce mercredi, le 20 janvier.
  • Mais ils arrivent dans un contexte très particulier, avec le couvre-feu à 18h instauré dans l’ensemble du pays pour faire face à l’épidémie de Covid-19.
  • Les commerçants réclament plus de facilité pour ouvrir les dimanches.

Les soldes d’hiver s’ouvrent ce mercredi, et pour les commerçants, la période qui arrive sera teintée d’inquiétude et de soulagement. Soulagement, d’abord, parce que les boutiques échappent pour l’heure à un reconfinement, qui aurait été particulièrement désastreux pour leurs chiffres d’affaires. Mais inquiétude, forcément, parce que la situation épidémique reste tendue, et surtout parce qu’il faut baisser le rideau à 18h, pour respecter le couvre-feu national, instauré (pour le moment) durant deux semaines.

« Ce qu’on ignore, c’est le comportement des clients : est-ce qu’ils vont pouvoir aller en magasin à d’autres moments de la journée ? », s’interroge auprès de l’AFP Yohann Petiot, directeur général de l’Alliance du commerce, qui regroupe 450 enseignes et 180.000 salariés. L’enjeu n’est pas mince : selon le Conseil national des centres commerciaux (CNCC), « la fréquentation des centres commerciaux au-delà de 18h correspond à 20 % de leur activité ». Or, tous les clients n’ont pas forcément le temps de reporter leurs achats non essentiels à un autre moment de la journée.

Un changement dans les habitudes de consommation ?

« On perd entre 15 % et 20 % de la vente journalière, déplore Bernard Cohen-Hadad, président de la CPME Paris Ile-de-France. L’effet est particulièrement sensible dans les grandes métropoles, où les gens ont souvent des longs trajets à faire entre leur domicile et leur travail. Si vous mettez 45 minutes pour rentrer chez vous, vous n’allez plus avoir le temps de faire vos courses le soir ».

« La fermeture à 18h est une pénalité supplémentaire, déplore de son côté Véronique Discours-Buhot, déléguée générale de la Fédération française de la franchise. D’autant que les soldes, ce sont des achats dits "d’impulsion" et pas de première nécessité. Les gens ne flânent plus dans les boutiques, ils n’ont plus le temps pour essayer les vêtements, par exemple ».

Un budget moyen de 319 euros

Au-delà de l’adaptation ou non des clients aux nouveaux horaires, les commerçants scruteront également avec intérêt d’éventuels changements dans les achats. En effet, traditionnellement, les soldes sont l’occasion pour les magasins d’habillement de déstocker et de réaliser de belles ventes, qui représentent en moyenne 20 % du chiffre d’affaires annuel. Mais 2020 est passée par là, et le confinement a bouleversé les habitudes.

Ainsi, les ventes de chaussures en magasin ont dégringolé, tout comme celle de vêtements. Les consommateurs sortent moins, marchent moins, et ont donc moins besoin de renouveler leur garde-robe. Et la vente en ligne ne suffit pas toujours à compenser les pertes. Maigre consolation : selon un sondage YouGov réalisé les 7 et 8 janvier (soit avant l’annonce du couvre-feu national), les Français prévoient de dépenser en moyenne 319 euros dans les boutiques ou en ligne, et 50 % de celles et ceux qui profiteront des soldes le feront avec un budget inchangé par rapport à l’an dernier.

Ouverture le dimanche pour compenser

Pour essayer de contrer l’effet du couvre-feu, les représentants des différentes fédérations de commerçants font pression pour pouvoir ouvrir tous les dimanches pendant les soldes. La CPME Ile-de-France a ainsi adressé un courrier au préfet de Région – le seul habilité à valider les ouvertures – en lui demandant des dérogations pour les boutiques les 24 et 31 janvier, ainsi que les 7 et 14 février.

« Nous demandons que l’ouverture dominicale pendant les soldes soit systématisée, comme cela avait été le cas pendant le déconfinement en novembre, appuie Véronique Discours-Buhot. Pour l’instant ce n’est pas le cas, puisque chaque commerce doit remplir une demande individuelle. Il faut donc simplifier les démarches ». Pour éviter, à tout prix, que les soldes soient un échec.