Deliveroo : Flexibilité, protection sociale… la question du statut des livreurs à vélo en débat

COURSIERS La plateforme de livraison de repas à domicile, qui voit son activité augmenter en France, réunit des représentants de livreurs ce mardi notamment pour débattre de la question du statut de ses 14.000 coursiers

Mickaël Bosredon

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Livreurs Deliveroo à Bordeaux
Livreurs Deliveroo à Bordeaux — UGO AMEZ/SIPA
  • Quelque 25 coursiers seront présents ce mardi au Forum des représentants des livreurs Deliveroo, pour débattre notamment de la question de leur statut.
  • Ce rendez-vous intervient un mois après la remise d’un rapport qui préconise de salarier ces travailleurs, via une coopérative ou une société de portage salarial.
  • La question des revenus sera aussi très présente, alors que le nombre de restaurants affiliés à Deliveroo a progressé de 66 % en 2020.

Revenus des coursiers, gestion du temps d’attente dans les restaurants, statut des livreurs… Les sujets abordés seront nombreux ce mardi au Forum des représentants des livreurs de Deliveroo, qui se tient dans le quartier de Paris-Défense. Président de l’Association des plateformes indépendantes (API) qui regroupe plusieurs entreprises du secteur, et « inventeur » du statut d’auto-entrepreneur, l’ancien secrétaire d’Etat au Commerce  Hervé Novelli prendra la parole à cette occasion, notamment concernant le statut des indépendants travaillant avec des plateformes.

Les 25 représentants des coursiers Deliveroo en France seront très attentifs à ce qu’il se dira concernant leur statut, le sujet qu’il faut régler « en urgence » en ce début d’année, estiment-ils. « Actuellement, nous sommes tous sous le statut d’auto-entrepreneur, rappelle Jeremy Wick, livreur bordelais et représentant du syndicat des coursiers à vélo-CGT de la Gironde. Nous sommes plusieurs à demander une requalification en salariés, car en réalité, nous sommes déjà salariés de fait… »

Un secteur qui « produit des travailleurs pauvres dans une situation précaire »

Ce rendez-vous intervient un mois après la remise du rapport de la mission Frouin, créée pour régulariser les plateformes de chauffeurs VTC ou de livreurs à vélo. Soulignant que le secteur « produit des travailleurs pauvres et dans une situation précaire », et que les actions en justice de plusieurs salariés « ont pour effet de créer de l’insécurité juridique », le rapport préconise entre autres mesures de salarier les travailleurs, via une coopérative ou une société de portage salarial. Une proposition qui a été timidement accueillie par les différents acteurs. Le rapport insiste également sur la mise en place d’un dialogue social, aujourd’hui quasi inexistant au sein des plateformes.

Contacté par 20 Minutes, Damien Stéffan, responsable de la communication de Deliveroo France, explique que, « pour nous, le cœur du sujet est de préserver la flexibilité offerte par le statut d’indépendant, à laquelle les livreurs sont attachés. » « Notre position est qu’il est possible de préserver cette flexibilité sans passer par le modèle du salariat qui n’est pas adapté, tout en offrant de meilleures protections sociales aux livreurs. Le gouvernement a d’ailleurs mandaté trois experts pour lui faire des recommandations quant au débat sur le dialogue social qui doit avoir lieu au printemps. »

« On s’adresse à des gens qui ne sont pas forcément bien intégrés au marché de l’emploi »

Sur la question du dialogue social, Damien Stéffan souligne que « nous sommes la première boîte de l’économie des plateformes à avoir mis en place une instance de dialogue social avec ce Forum. Les 25 livreurs élus sont très présents, et s’il reste beaucoup à faire, c’est déjà une première pierre. » Jérémy Wick regrette pour sa part que dans ces « supposés moments d’échange, on ne tient jamais compte des remontées que nous formulons. »

Sur la question de la précarité, poursuit le directeur de la communication, « les travailleurs indépendants ne sont pas dépourvus de protection sociale, insiste-t-il. Ce qui ne veut pas dire que l’on ne peut pas faire mieux. Mais je dirais que l’opportunité que l’on offre de gagner des revenus avec Deliveroo s’adresse en particulier à des gens qui ne sont pas forcément bien intégrés au marché de l’emploi en France, et nous pouvons aussi être une passerelle vers autre chose. »

Réduire le temps d’attente au restaurant

Jérémy Wick travaille, lui, depuis plus de trois ans déjà pour Deliveroo. Et il assure voir ses revenus diminuer en raison de tarifs de courses « constamment revus à la baisse. » « Aujourd’hui, pour 35 à 40 h de travail par semaine, minimum, je plafonne à 1.500 euros brut. Et encore je suis passé au vélo électrique pour couvrir des courses de plus en plus longues. Du coup je fais moins d’heures que ceux qui sont à vélo classique, qui ne sont plus très nombreux d’ailleurs… » Ce qui ralentit énormément les coursiers, « ce sont les temps d’attente au restaurant, beaucoup trop longs, poursuit le livreur bordelais. Et on n’est pas payé pendant qu’on attend, du coup la plateforme n’est pas si pressée que cela de régler ce problème… »

Damien Stéffan reconnaît que c’est une pierre dans le jardin de Deliveroo. « C’est un sujet qu’il faut améliorer, car il est évident que si un livreur attend un quart d’heure, cela dilue le tarif de sa course. Nous y travaillons d’arrache-pied », assure-t-il.

En 2020, Deliveroo est passé de 12.000 à 20.000 restaurants affiliés

Sur la situation générale du secteur, le responsable de la communication de Deliveroo souligne qu’en 2020, « nous sommes passés de 12.000 à 20.000 restaurants affiliés en France, soit 66 % de taux de croissance. A Bordeaux, nous sommes passés de 755 restaurants à 915. Ceci s’explique en raison du marché de la livraison, qui est en pleine croissance en France depuis cinq ans. A cela s’est superposé l’effet du Covid – confinements, couvre-feux – obligeant les restaurateurs à se tourner quasi exclusivement vers la vente à emporter et la livraison. Cela représente des opportunités de courses en plus pour nos livreurs. »

Les coursiers demandent toutefois que la flotte des livreurs ne grossisse pas trop vite. « Nous sommes attentifs à cela, puisque dans le même temps nous sommes passés de 11.000 à 14.000 livreurs, donc une croissance moindre que l’évolution des restaurants », assure Damien Stéffan. Une analyse qui n’est pas partagée par Jérémy Wick, qui dit voir de son côté un taux de livreurs par course « augmenter constamment, réduisant notre activité. »