Coronavirus : Pour les jeunes sans emploi, le gouvernement préfère un accompagnement rémunéré au RSA

JEUNESSE La Garantie jeunes assure aux jeunes de 16 à 25 ans qui ne sont « ni en emploi ni en études ni en formation » une allocation mensuelle

J.-L.D. avec AFP

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Elisabeth Borne ne veut pas d'un RSA jeunes
Elisabeth Borne ne veut pas d'un RSA jeunes — DICOM / Konrad K/SIPA

Pour aider les jeunes sans emploi dont la précarité s’aggrave avec la crise du Covid, le gouvernement veut généraliser le principe de l’accompagnement rémunéré de la Garantie jeunes, préférable selon lui à une extension du RSA aux moins de 25 ans qui sera défendue la semaine prochaine au Sénat par le PS.

Créée sous le quinquennat Hollande, la Garantie jeunes assure aux jeunes de 16 à 25 ans qui ne sont « ni en emploi ni en études ni en formation » une allocation mensuelle (d’un montant maximal de 497 euros contre 564 pour le RSA). En contrepartie, les bénéficiaires s’engagent à suivre un parcours d’insertion intensif en mission locale pendant 12 à 18 mois.

Objectif 1er emploi

Le dispositif a été évalué positivement : selon la Dares, le service de statistiques du ministère du Travail, fin 2019, 43 % des bénéficiaires – dont 75 % n’avaient pas le niveau Bac – avaient accédé à un emploi, une formation, un contrat en alternance ou une création d’entreprise. Fin novembre, dans le cadre de son plan « un jeune, une solution », le gouvernement a annoncé le doublement de son nombre de bénéficiaires en 2021 à 200.000.

Il en a aussi étendu le principe à d’autres dispositifs : les jeunes entrant sur le marché du travail pourront bénéficier d’un accompagnement intensif à Pôle emploi – pour 240.000 d’entre eux – ou d’un atelier « Objectif 1er emploi », via l’Apec (30.000), qui pourront donner, si besoin, accès à une allocation limitée à trois fois le RSA, soit 1.700 euros, par période de six mois.

Une Garantie jeunes suffisante ?

La ministre du Travail, Elisabeth Borne, vante cela comme « une première étape » vers « une Garantie jeunes universelle » qui vise « à s’assurer qu’aucun jeune ne renonce à un parcours vers l’emploi à cause de difficultés financières ». Elle a indiqué vendredi que serait lancé « mi-janvier » le travail sur ce thème auquel « seront associés les acteurs de l’écosystème jeunesse, les parlementaires et les élus ».

Mais pour le sénateur socialiste Rémi Cardon, auteur d’une proposition de loi sur l’extension du RSA aux moins de 25 ans qui sera discutée ce mercredi en commission au Sénat, la Garantie jeunes ne suffira pas « à répondre à l’urgence d’un filet de sécurité pour les 18-25 ans ». Un RSA jeunes, soutenu par de nombreuses associations, est « plus simple à mettre en œuvre », plaide-t-il, mais aussi beaucoup plus onéreux avec un budget de « 5 milliards par an pour 800.000 jeunes ».

« La Garantie Jeunes Universelle, c’est mieux que le RSA jeune car il y a en plus un accompagnement vers l’emploi », rétorque Elisabteth Borne, fidèle à la ligne de « l’émancipation par le travail ». « La force de la Garantie jeunes, c’est que l’accompagnement est financé alors qu’il a toujours été le point faible des minima sociaux », souligne Antoine Dulin, président de la commission insertion jeunes du Conseil d’orientation des politiques de jeunesse, une instance auprès du Premier ministre.

La crainte que les jeunes « ne se bougent pas les fesses »

Dans un rapport remis jeudi au gouvernement, il propose d’en faire « la porte d’entrée pour tous les parcours d’accompagnement des jeunes en situation de précarité », ce qui permettrait « de sortir du débat sur l’ouverture des minima sociaux ». Le rapport propose d’en assouplir les conditions de ressources ainsi que de supprimer le critère « sans emploi, ni études, ni formation » car cela exclut des jeunes qui ne travaillent que quelques heures par semaine.

Directeur de la mission locale de Rennes, Philippe Jourdan estime qu’il faudra aussi « renforcer les moyens » en personnel et en locaux des missions locales (censées toucher 1.600 euros par Garantie jeune, mais beaucoup moins dans les faits selon lui) et assouplir le déroulé du parcours d’accompagnement régi par un cadre assez strict. La généralisation des dispositifs d’accompagnement rémunérés serait pour lui « une façon de répondre à la question du RSA jeunes » sur laquelle il se dit « réservé » par crainte que certains jeunes « hésitent à se bouger les fesses ».

Côté syndicats, tout en regrettant « une logique dogmatique » du gouvernement dans son opposition au RSA jeunes, Laurent Berger (CFDT) a reconnu mercredi « qu’une autre manière c’est de rendre universelle la Garantie jeunes. Le gouvernement ne perdra pas la face, mais on aura une solution pour les jeunes ».