La crise sape le moral du luxe

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L'industrie du luxe s'enfonce dans une crise plus profonde qu'anticipée, à une semaine de la publication des résultats annuels du français et leader mondial LVMH. Les analystes interrogés par l'Agence France-Presse s'attendent à une croissance quasi nulle des ventes en fin d'année, un indice grave pour un secteur normalement protégé par l'opulence de sa clientèle. Après plusieurs années d'un développement ininterrompu, l'activité des maroquiniers, joailliers, parfumeurs et maisons de haute couture a subi l'an dernier un net ralentissement qui vire à la récession.

Les mauvaises nouvelles pleuvent déjà : les producteurs de champagne viennent d'annoncer un recul de leurs ventes de 6 % sur les onze premiers mois de 2008 ; le joaillier Cartier, trois mois de chômage partiel pour 180 salariés ; et la maison Chanel, la fin des contrats de 200 CDD et intérimaires. A l'étranger, le britannique Burberry va supprimer 540 emplois et les grands magasins de luxe américains Saks, 1 100 postes. Le joaillier Tiffany va lui aussi tailler dans ses effectifs. Même le britannique Bentley, dont les voitures peuvent coûter jusqu'à 260 000 euros, va interrompre sa production pendant six à sept semaines.

La contraction de l'activité du secteur est plus forte que celle du début des années 2000. Il faut s'attendre à « un flot de mauvaises nouvelles en termes de consommation et de marché du luxe », confirme Shamina Bhaidjy, de Natixis Securities. Par exemple, une chute de « plus de 25 % » des ventes dans l'horlogerie, « surtout dans le moyen et le haut de gamme », indique la maison de courtage Raymond James. Au final, le marché mondial du luxe devrait reculer de 5 % à 10 % à taux de change constant en 2009. ■