Epargne : De nouveaux fonds euros à garantie variable

ARGENT Les fonds euros des assurances-vie constituent le placement phare des Français. Mais les professionnels misent sur de nouvelles offres plus dynamiques et moins garanties

Julie Polizzi pour 20 Minutes

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En quête de rentabilité, les assureurs-vie remettent en cause la garantie en capital des fonds euros.
En quête de rentabilité, les assureurs-vie remettent en cause la garantie en capital des fonds euros. — IStock / City Presse

Les Français sont des épargnants particulièrement prudents. Et les fonds euros répondent à ce besoin de sécurité. Sur les 144,6 milliards d’euros de cotisations versés sur les assurances-vie en 2019, 73 % ont ainsi été injectés dans ces fonds au capital garanti, contre 27 % sur les supports en unités de compte.

Le prix de la sécurité

Depuis longtemps privilégiés par les ménages, les fonds euros permettent de se constituer une épargne sur le moyen terme sans prendre de risques, puisque l’argent est investi majoritairement sur des placements sûrs tels que des obligations. Plus encore, le capital investi est garanti par la compagnie d’assurances, tandis qu’un effet cliquet permet de conserver définitivement les intérêts annuels crédités sur le contrat.

Mais avec la baisse continue des taux d’intérêt, leur rendement s’est effondré, passant de 3,40 % en moyenne en 2010 à 1,30 % en 2019. « Auparavant, les assureurs engrangeaient suffisamment de bénéfices pour pouvoir les redistribuer lors des années difficiles. Mais avec la chute des taux d’intérêt, les provisions diminuent et les compagnies ne peuvent plus servir des taux décents », estime Olivier Moustacakis, cofondateur du comparateur spécialisé Assurland.com.

Gare aux frais de gestion

Pour rester compétitif, la plupart des assureurs misent sur des contrats multisupports qui imposent de répartir l’épargne entre les fonds euros et des unités de compte, afin de réaliser des investissements diversifiés. À la clé, le rendement de ces supports est potentiellement plus élevé, en contrepartie d’un capital non garanti.

Certaines compagnies d’assurances défalquent désormais leurs frais de gestion annuels sur l’argent investi. C’est une enquête de l'association CLCV publiée fin 2019 qui l'a révélé. Traditionnellement, si un assuré versait 100 euros, après paiement des frais sur le versement, il était sûr de récupérer 100 quoi qu’il arrive et quels que soient les autres frais. Or, 49 % des contrats analysés ouverts à la souscription n’offrent plus cette sécurité. La garantie du capital baisse donc avec le temps pour atteindre 92 % au bout de huit ans, ce dont les épargnants se doutent rarement.

Des fonds réinventés

Cette optique de rentabilité a incité le gouvernement à mettre en place une alternative aux fonds euros : les fonds euro-croissance. Leur particularité ? Le capital n’est garanti qu’à l’échéance du contrat, soit entre huit et dix ans en général, pour permettre aux assureurs de mieux diversifier les actifs placés. Grâce à une fiscalité avantageuse, une garantie solide et des rendements au rendez-vous, ces produits offrent un bon compromis si vous avez un horizon de placement long. Mais avec un peu plus de 2 milliards d’euros d’encours comptabilisés depuis leur lancement en 2014, ils peinent à trouver leur public.

En parallèle, les assureurs multiplient les offres commerciales. Certains misent sur des fonds euros avec une garantie partielle du capital. Elle atteint par exemple 96 % dans le contrat Euroflex lancé par le groupe Apicil, contre 98 % pour la formule de Spirica (Crédit Agricole). De son côté, Allianz propose un fonds à garantie de rendement dont les gains générés ne sont restitués qu’après cinq ans de placement. La compagnie s’engage toutefois à reverser un minimum de 10 % d’intérêts à cette échéance, soit moins de 2 % par année d’immobilisation.

Les questions à se poser

Si la multiplicité des formules donne l’avantage du choix, elle risque également d’entraîner des confusions. Car dans l’esprit collectif, les fonds euros riment toujours avec une garantie à 100 % du capital, ce qui n’est plus toujours le cas.

Avant de souscrire une assurance-vie, il faut donc redoubler de vigilance et se poser les bonnes questions, comme le rappelle Olivier Moustacakis, le cofondateur d’Assurland.com : « Il faut bien comprendre ce qui est garanti par le contrat et selon quelles modalités. Est-ce une garantie à 100 % ou à 98 ou 96 % ? S’applique-t-elle dès le premier versement et à tout moment ou à une échéance donnée ? Dans quelle mesure les frais de gestion sont-ils pris en compte ? ».