Strasbourg : Huawei tourne le dos à l'agglomération strasbourgeoise mais s'implante en Alsace

ECONOMIE Le géant chinois a choisi d'installer son usine à Brumath, à une dizaine de kilomètres au nord de Strasbourg

T.G. avec AFP

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La marque Huawei va implanter sa première usine européenne en Alsace.
La marque Huawei va implanter sa première usine européenne en Alsace. — Geeko
  • C’était dans les cartons depuis quelques mois : Huawei va bien implanter son usine 5G en Alsace, à Brumath, au nord de Strasbourg. A terme, 500 emplois pourraient être créés.
  • Cette usine européenne permettra à Huawei de s’offrir un point d’ancrage sur les terres d’origine de ses deux principaux concurrents sur le marché des équipements de télécommunications, le Suédois Ericsson et le Finlandais Nokia.
  • Le choix du site de Brumath ressemble à un camouflet pour l’eurométropole de Strasbourg, qui avait proposé le site d’Illkirch-Graffenstaden. Sauf que la maire Jeanne Barseghian et la présidente de l’agglomération Pia Imbs avaient aussi signé une tribune peu favorable à la 5G dans le même temps…

Le géant chinois des télécoms a tranché : il va s’implanter à Brumath, une petite ville située à une dizaine de kilomètres au nord de Strasbourg. Huawei va installer un site de production d’équipements liés notamment à la technologie 5G, sa première usine de ce type hors de Chine. Le site, qui représentera un investissement minimal de 200 millions d’euros et emploiera dans un premier temps 300 personnes, produira ces solutions technologiques de réseaux mobiles pour l’ensemble du marché européen.

Selon l’entreprise, l’équivalent d’un milliard d’euros d’équipements par an devrait être produit sur le site. « Avec cette usine implantée au carrefour de l’Europe, Huawei vient enrichir sa présence sur le continent déjà forte de 23 centres de R & D, de plus de 100 universités partenaires, de plus de 3.100 fournisseurs et d’une chaîne d’approvisionnement performante », a indiqué le géant chinois.

De quoi ravir Jean Rottner (Les Républicains, droite), président du conseil régional de la région Grand-Est, pour qui l’annonce de l’implantation de la première usine de production hors de Chine de Huawei à Brumath représente « une excellente nouvelle qui témoigne de la dynamique économique de notre territoire transfrontalier ».

« Nous sommes en Europe et pour l’Europe »

Cette usine européenne permettra à Huawei de s’offrir un point d’ancrage sur les terres d’origine de ses deux principaux concurrents sur le marché des équipements de télécommunications, le Suédois Ericsson et le Finlandais Nokia. « Il s’agit de l’illustration du principe directeur qui régit notre travail ici : nous sommes en Europe et pour l’Europe », avait assuré le président de Huawei, Liang Hua, lors de la première annonce de ce projet d’implantation en France en février dernier.

Un choix stratégique qui intervient dans un contexte difficile pour le groupe chinois, sur fond de guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine. Washington a appelé de nombreux pays, notamment européens, à ne pas utiliser les infrastructures Huawei pour le déploiement du nouveau réseau téléphonique 5G.

L’administration du président sortant Donald Trump a mis en avant un risque d’espionnage pour le compte du gouvernement chinois. Ces accusations sont systématiquement niées par Huawei qui rappelle n’avoir jamais été pris en défaut de sécurité pendant ses 30 années d’existence, tout en attribuant l’offensive dont elle fait l’objet à la volonté des Etats-Unis d’éliminer un puissant concurrent.

Strasbourg peu accueillant

Si la France n’a jamais explicitement franchi le pas, refusant l’idée d’un boycott malgré de fortes restrictions, le Royaume-Uni et la Suède sont les deux pays européens à avoir officiellement exclu l’équipementier du réseau mobile de dernière génération.

Les opérateurs français utilisant déjà des équipements Huawei bénéficieront d’autorisations d’exploitation uniquement limitées à huit ans pour la 5G. « Conscientes de la volonté manifeste de Huawei de s’implanter dans notre département, nous avons adressé au Premier ministre et à la Commission européenne un certain nombre de questions relatives à la sécurité et à la souveraineté économique, largement partagées par nos concitoyens », avait réagi dès mercredi la maire de Strasbourg Jeanne Barseghian (EELV, écologiste). « En responsabilité, je serai attentive aux conditions d’installation de Huawei à Brumath et à ses impacts sur le territoire », avait-elle ajouté.

Cela n’avait pas empêché la présidente de l’Eurométropole, Pia Imbs, de recevoir des représentants de Huawei mi-octobre pour une réunion jugée alors « positive ». Au sein de l’agglomération, le site d’Illkirch-Graffenstaden avait été proposé et semblait tenir la corde. Jusqu’au choix final de Huawei, en faveur de Brumath donc.

Vetter tacle Barseghian et Imbs

Un raté pour la mairie écologiste de la capitale alsacienne ? C’est ce qu’a souligné dans l’opposition Jean-Philippe Vetter (LR). « Lorsqu’une entreprise a le choix entre un territoire qui l’accueille les bras ouverts et une collectivité qui montre ouvertement ses réticences, le choix est aisé […] La défiance exprimée par la présidente de la métropole et la maire de Strasbourg aura sans aucun doute pesé dans la balance », a réagi l’ancien candidat aux municipales.

« Au final, des antennes 5G s’installeront quoi qu’il en soit mais notre territoire sera passé à côté de 500 emplois qualifiés et de recettes fiscales non négligeables pour des raisons purement idéologiques. On aura donc les antennes de Huawei mais pas les emplois de Huawei. Quel gâchis… », conclut-il.