Coronavirus : Mais quand les bars et restaurants pourront-ils vraiment rouvrir ?

CALENDRIER Le gouvernement est tiraillé entre l’impératif sanitaire et l’urgence économique

Nicolas Raffin

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Des restaurateurs manifestent à Paris, le 14 décembre 2020.
Des restaurateurs manifestent à Paris, le 14 décembre 2020. — ROMUALD MEIGNEUX/SIPA
  • Le calendrier fixé fin novembre par l'exécutif prévoyait une réouverture des bars et restaurants le 20 janvier.
  • Plusieurs membres du gouvernement ont indiqué ces derniers jours que cette date n’est plus garantie.
  • Les études scientifiques sur les modes de contamination et la situation sanitaire ne laissent pas voir d’amélioration à court terme pour les restaurateurs.

Déjà contraints de rester fermés pendant les fêtes de fin d’année, les restaurateurs et cafetiers ont sûrement pris un nouveau coup au moral ce matin. Invité d’Europe 1 ce mardi, le Premier ministre Jean Castex a en effet expliqué qu’il ne pouvait pas « garantir » la réouverture des établissements le 20 janvier. Un propos similaire à celui tenu par le ministre de l’Economie Bruno Le Maire, interrogé lundi sur France Info : « Je ne peux pas vous dire avec certitude que nous rouvrirons les bars et les restaurants le 20 janvier ».

L’exécutif préfère se laisser du temps pour voir si la période de Noël ne va pas conduire à un rebond des contaminations. « Ça va dépendre de la façon dont nous aurons passé la période de fêtes, dont j’ai déjà dit qu’elle pouvait être propice à une circulation accélérée [du coronavirus] » a indiqué Jean Castex. Pour les restaurateurs, fermés depuis la fin octobre, et qui ont manifesté ce lundi à Paris, ce n’est de toute façon qu’une demi-surprise.

Réouverture peu après la Saint-Valentin… ou pas

« Le gouvernement nous a fait sentir dès le début du reconfinement que la date de réouverture n’était pas certaine. C’était un secret de polichinelle », assure Jean Terlon, vice-président de l’Umih-Restauration, l’un des syndicats qui représente les gérants de cafés et de restaurants. Alors, quand les établissements pourront-ils à nouveau accueillir des clients ? « Au minimum, je pense que ce sera après la Saint-Valentin [le 14 février], pour éviter des regroupements massifs dans les restaurants, avance Jean Terlon. Mais tout dépendra de la situation sanitaire après Noël ».

L’exécutif a en effet les yeux rivés sur les indicateurs hospitaliers et le nombre de contaminations. Or, depuis plusieurs jours, le nombre d’hospitalisations quotidiennes de malades du coronavirus se stabilise autour de 1.200 et ne diminue plus. Au moment du premier déconfinement en mai, c’était moitié moins (environ 500 hospitalisations par jour), avec une tendance à la baisse. Si ces chiffres sont importants pour le gouvernement, c’est parce que les moments où l’on mange sont aussi ceux où l’on peut se contaminer le plus facilement du fait de l’absence de masque.

Des lieux à risque

C’est notamment ce qu’assure le conseil scientifique dans sa dernière note en date du 12 décembre. « L’étude ComCor menée en France [et non-publiée à cette date] en octobre-novembre dernier sur les lieux et les circonstances des nouvelles contaminations montre le risque élevé de transmission du virus lors des repas, qu’ils aient lieu en milieu privé (familial, amical) ou public (cafés, restaurants…) » précise le document.

Malgré les dénégations des restaurateurs – « le gouvernement ne peut pas justifier la fermeture des restaurants par des études » assure notamment Jean Terlon –, l’exécutif considère qu’il dispose de suffisamment de preuves scientifiques. Saisi en référé par l’Umih afin de suspendre la fermeture des cafés et restaurants, le Conseil d’Etat a d’ailleurs rejeté cette demande et validé le raisonnement du gouvernement le 8 décembre.

Le Conseil d’Etat enfonce le clou

« Il n’est (…) pas contesté que la contamination à la Covid-19 s’opère principalement par gouttelettes respiratoires, par contact et par voie aéroportée et qu’une distance d’un mètre ne suffit pas à elle seule à limiter la contagion en espace clos » rappelle le Conseil d’Etat, qui cite la fameuse étude parue le 10 novembre dans la revue Nature qui pointe le rôle des bars et restaurants dans les chaînes de contamination aux Etats-Unis.

« Si les requérants [les restaurateurs] font valoir que la situation française est différente, de par l’existence de protocoles sanitaires comme d’habitudes de consommation et de déplacements différentes de celles des consommateurs américains, il ne résulte pas de l’instruction que les conclusions de cette étude, fondée sur l’étude du taux de fréquentation et du temps passé dans chaque lieu de brassage de population (…) ne puissent pas être valablement prises en compte par les pouvoirs publics pour apprécier le risque » indique l’ordonnance du Conseil d’Etat, qui assure par ailleurs que le ministère de la Santé a produit d’autres études avec des conclusions similaires.

Des stratégies massives difficiles à mettre en place

En résumé, les bars et restaurants risquent de rester fermés tant que le risque sanitaire sera jugé trop élevé par le gouvernement. « Logiquement, pour pouvoir les rouvrir, on devrait attendre d’avoir contrôlé l’épidémie, argumente l’épidémiologiste Catherine Hill. Or, on n’y est jamais vraiment parvenu depuis le début ». Elle poursuit : « Dès que les cafés et restaurants vont rouvrir, vous allez avoir des gens qui vont aller s’entasser à l’intérieur, et évidemment le virus va circuler. Pour contrôler l’épidémie, il faut dépister massivement la population ou la vacciner. Et pour l’instant on ne sait pas dans combien de temps on va arriver à une couverture vaccinale suffisante ».

L’autre option, celle du dépistage massif, semble également difficile à mettre en place, comme nous l’évoquions dans un article fin octobre. « Pour dépister toute la population en deux semaines, il faudrait faire 35 millions de tests par semaine, c’est 17 fois plus que ce que l’on fait actuellement. Or nous sommes au maximum de nos capacités », assurait par exemple Stéphanie Haïm-Boukobza, responsable du pôle infectiologie d’un laboratoire et membre du Syndicat des jeunes biologistes médicaux (SJBM). « On a les moyens de faire un vrai dépistage massif, certes au prix d’un effort important mais on peut y arriver », réplique Catherine Hill.

Au vu des faiblesses de ces deux stratégies (dépistage et vaccination), une nouvelle vague de coronavirus en 2021 – « on va en avoir une », assure Catherine Hill – retarderait donc encore plus la réouverture des cafés et restaurants.

« Rouvrir, c’est dangereux économiquement »

Paradoxalement, ces derniers ne sont pas si pressés pour recevoir des clients à table dans le contexte actuel. « Ouvrir dans des conditions sanitaires renforcées, c’est-à-dire avec moins de clients en salle, c’est forcément moins de chiffre d’affaires qui rentre, argumente Jean Terlon. Par ailleurs, si vous rouvrez, vous avez des salaires à payer, puisqu’il n’y a plus le chômage partiel, sans parler d’un potentiel couvre-feu qui réduit le temps de service. Rouvrir, c’est dangereux économiquement ». Bref, « on n’est pas sorti de l’auberge », constate Jean Terlon, fataliste. On n’est surtout pas prêt d’y entrer pour déguster un bon repas.