Confinement en Bretagne : La filière pêche compte sur les fêtes pour ne pas boire la tasse

COQUILLAGES ET CRUSTACÉS Fragilisés par la crise sanitaire et le Brexit, les professionnels de la pêche espèrent que les Français vont se faire plaisir pour les fêtes

Jérôme Gicquel
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Illustration d'un pêcheur de langoustines dans le port du Guilvinec (Finistère).
Illustration d'un pêcheur de langoustines dans le port du Guilvinec (Finistère). — Fred Tanneau / AFP
  • Entre les confinements, la fermeture des restaurants et les inquiétudes liées au Brexit, la filière pêche bretonne a connu une année 2020 pour le moins compliquée.
  • Les acteurs comptent sur les fêtes de fin d’année pour retrouver un peu le sourire.
  • Ils espèrent que les Français se feront plaisir à table pour oublier toutes les restrictions.

Avec la dinde, le foie gras ou la bûche, le poisson ou les fruits de mer sont des produits incontournables pour les fêtes de fin d’année. Des fêtes qui tombent d’ailleurs à point nommé pour la filière pêche bretonne qui navigue en eaux troubles depuis le printemps, entre crise sanitaire et inquiétudes liées au Brexit. « Les fêtes sont les bienvenues mais elles ne sauveront pas non plus la filière, cela va juste nous apporter un délai supplémentaire », reconnaît Lionel Faure, secrétaire général de l’Association bretonne des acheteurs des produits de la pêche (Abapp).

A dix jours du réveillon de Noël, l’ambiance est pourtant étonnamment calme dans les criées bretonnes. « Normalement à cette période de l’année c’est de la folie avec des prix qui flambent, mais il n’y a pas de demande cette année », se désole Marie Bercegeay, à la tête de la société de mareyage Marie Luxe implantée au Rheu près de Rennes. La faute notamment aux acteurs de la grande distribution qui tardent cette année à passer leurs commandes. « Ils nous annoncent qu’ils sont confiants pour les fêtes mais on ne voit rien venir pour l’instant, on est en plein brouillard », souligne Lionel Faure.

Les grosses pièces ne se vendront pas cette année

Le secrétaire général de l’Abapp pense toutefois que les Français et les Françaises auront envie de se faire plaisir pour les fêtes afin d’oublier une année 2020 bien pourrie. « Avec toutes les restrictions qu’on a connues, je pense que le consommateur aura envie de produits fins et frais », assure-t-il. Le marché va toutefois devoir s’adapter une nouvelle fois aux consignes sanitaires. « Avec la règle des six adultes à table, on sait que les grosses pièces ne partiront pas comme les lottes de trois kilos ou les homards de 2,5 kilos, indique Lionel Faure. Même bradées, elles ne se vendront pas et elles seront donc laissées dans les viviers en attendant des jours meilleurs ».

Fournissant de grands chefs étoilés aux quatre coins du globe, Marie Bercegeay attend aussi l’embellie avec impatience. Privée de débouchés avec la fermeture des restaurants, la mareyeuse s’est donc lancée dans la vente aux particuliers de paniers de produits de la mer pour les fêtes. « Cela ne compensera pas la perte d’activité mais il faut bien essayer de s’adapter », assure la cheffe d’entreprise.

Certains pêcheurs s’en sont bien tirés cette année

Dans ce contexte plutôt morose, certains acteurs s’en sortent tout de même. C’est le cas de Julien Le Brun, à la tête d’une flotte de six bateaux dans le port du Guilvinec (Finistère). « Contrairement à la pêche hauturière, la pêche côtière ne se porte pas si mal, assure-t-il. Sans être exceptionnelle, l’année devrait être correcte car on a bien vendu au printemps grâce notamment à toutes les personnes qui sont venues se confiner dans la région ».

L’armateur attend donc plutôt sereinement les fêtes de fin d’année, voyant d’un bon œil les prix repartir à la hausse. Il espère désormais que la météo ne sera pas trop capricieuse afin que ses hommes puissent partir en mer. « Mais au vu des prévisions, cela ne s’annonce pas gagné, indique-t-il. On s’adaptera en essayant de profiter de chaque ouverture ».